Dans les années 1950, le gardien du château de Gisors s’est mis à creuser un puits sous la motte pour y trouver le trésor des Templiers. Il a fissuré le donjon, provoqué des fouilles officielles en 1964, et n’a rien prouvé du tout. Le château, lui, a une histoire autrement documentée.
Les vestiges dominent le centre-ville de Gisors, dans l’Eure, à l’extrémité arrondie d’un plateau qui s’avance dans le coude de l’Epte. C’était la clé d’une ligne de châteaux, avec Neaufles-Saint-Martin, Château-sur-Epte, Baudemont et Dangu, chargée de défendre le duché de Normandie contre les prétentions du roi de France.
De la motte de terre au donjon de pierre
Une motte castrale est édifiée dès 1097 par Robert II de Bellême, sur l’ordre du roi d’Angleterre Guillaume II le Roux, alors régent du duché. Un donjon de bois la complète l’année suivante. En 1120, un premier siège convainc les Anglais de tout revoir : dès 1123, un donjon octogonal en pierre de taille remplace le précédent, ceint d’une chemise en gros appareil.
- Une motte d’environ 30 mètres de haut, pour 70 mètres de diamètre à la base.
- Une enceinte de 200 mètres sur 155, haute de 10 mètres, flanquée de tours.
- La tour du Prisonnier, témoin de l’architecture philippienne dans la région.
- La tour du Diable, bâtie dans les années 1190, l’une des premières tours cylindriques à archères, commencée sous les Plantagenêts et achevée après 1193.
- Des caves souterraines, aménagées pour stocker les réserves.
Le château des entrevues royales
Sa position frontalière en fait un lieu de négociation. En 1113, le site accueille une rencontre entre Louis VI le Gros et Henri Ier d’Angleterre. Le 19 janvier 1144, Geoffroy Plantagenêt fait allégeance à Louis VII et lui remet le château et le Vexin normand.
En 1188, à la veille de la troisième croisade, Henri II d’Angleterre et Philippe Auguste s’y retrouvent : une trêve est conclue et les deux souverains promettent de partir ensemble reprendre Jérusalem. Le château finira par être annexé par Philippe Auguste, avant de perdre toute portée stratégique.
1310 : la prison des dignitaires du Temple
C’est ce déclassement militaire qui produit le lien réel avec les Templiers. Devenu prison, le château accueille, de mars 1310 à mars 1314, le grand-maître de l’ordre Jacques de Molay, rejoint par trois autres dignitaires : Hugues de Pairaud, Geoffroy de Gonneville, maître de la province du Poitou et d’Aquitaine, et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie.
Détenir quatre dignitaires de l’ordre pendant quatre ans ne signifie pas abriter son trésor. C’est pourtant de ce fait avéré qu’est partie la légende.
| Date | Fait établi |
|---|---|
| 1097 | Édification de la motte castrale |
| 1123 | Donjon octogonal en pierre |
| 1188 | Entrevue entre Henri II et Philippe Auguste |
| 1310-1314 | Détention de Jacques de Molay et de trois dignitaires |
| 1419-1449 | Occupation anglaise |
| 1591 | Déclassement de la forteresse |
| 1862 | Classement au titre des monuments historiques |
| 1964 | Fouilles officielles sans résultat |
Le puits de Roger Lhomoy
Dans les années 1950, le gardien du château, Roger Lhomoy, entreprend de creuser un puits et d’explorer les cavités qu’il met au jour. Le résultat est double : il déstabilise la motte et provoque des fissures dans le donjon, et il affirme avoir découvert des salles souterraines, plus une chapelle contenant 30 coffres médiévaux, 19 sarcophages de pierre et plusieurs statues.
Le maire et des habitants se déplacent, mais le souterrain est jugé trop profond et trop dangereux : personne ne descend. Le gardien reçoit l’ordre de reboucher, et la cour est bétonnée. Il raconte ensuite son aventure à Gérard de Sède, qui en tire un article de magazine puis un livre publié en 1962, où il lance le prieuré de Sion.
Les fouilles organisées en 1964 par le ministère de la Culture, à la suite de son signalement, n’aboutissent à rien. Leur seul effet durable aura été d’affaiblir un peu plus les fondations du château.
Les fouilles organisées en 1964 par le ministère de la Culture, à la suite de son signalement, n’aboutissent à rien.
Ce que la vue d’ensemble montre
Du ciel, Gisors est un manuel d’archéologie militaire : la motte circulaire au centre, couronnée par son donjon, la vaste enceinte ovale qui l’entoure, le fossé en arc de cercle rejoignant les deux vallées, et la ville en contrebas, au bord de l’Epte. On y lit d’un coup l’évolution d’un château de l’an mil vers une forteresse de pierre.
Le mécanisme de la légende, lui, est le même qu’ailleurs : un fait réel, un témoin unique, un auteur à succès. Le même Gérard de Sède a lancé la vogue de Rennes-le-Château, où aucun trésor n’a jamais été prouvé non plus.
À voir autour
- Rennes-le-Château : l’autre trésor jamais trouvé du même auteur
- Montségur : le trésor cathare, autre légende du XIXe siècle
- Tiffauges : quand le dossier judiciaire suffit à noircir un lieu
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notice du château de Gisors, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.
