Le château de Tiffauges, en Vendée, est surnommé château de Barbe-Bleue. Le surnom vient de Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d’Arc devenu l’un des criminels les plus célèbres du Moyen Âge, dont le procès de 1440 mentionne des faits commis dans ces murs.
Le château lui-même est bien antérieur. Bâti au début du XIIe siècle, probablement par Geoffroy de Thouars, il occupe une butte en rive gauche, au confluent de la Sèvre Nantaise et de la Crûme, face à l’Anjou : une position qui lui donne une protection naturelle et une vraie valeur stratégique.
Un plateau granitique et vingt tours
L’ensemble est bâti sur un plateau granitique ovale de 220 mètres sur 150, entièrement bordé par une enceinte flanquée de vingt tours. À l’intérieur subsistent les ruines d’un donjon carré à contreforts et celles de la chapelle castrale, tous deux du XIIe siècle. Le village, au pied du promontoire, était lui aussi protégé par un rempart muni de tours.
- Le donjon roman, construit dans le premier quart du XIIe siècle, mesurait 18 mètres de côté pour 24 mètres de haut. Il n’en reste que 18 mètres de hauteur.
- Des contreforts aplatis aux angles, qui rattachent l’édifice à la tradition des châteaux de Thouars.
- Des tours à archères ajoutées à l’enceinte entre 1280 et 1340.
- Une chemise ajoutée autour du donjon vers 1420-1460.
- Les boulevards et les tours du Pertuis, Ronde et Vidame, entre 1490 et 1530, qui donnent à la forteresse son extension finale.
1420 : l’arrivée de Gilles de Rais
En 1420, Gilles de Rais enlève puis épouse Catherine de Thouars, fille de Miles II de Thouars, seigneur de Pouzauges et de Tiffauges. L’union, d’abord annulée pour cause de consanguinité, est régularisée en 1422. Le contrat de mariage prévoit que les châteaux restent détenus en douaire par la veuve de Miles II, Béatrice de Montjean.
Le remariage de celle-ci déclenche un conflit successoral. Gilles de Rais et son grand-père Jean de Craon font enlever Béatrice de Montjean pour la contraindre à renoncer à son douaire. Malgré des poursuites devant le parlement de Paris et plusieurs condamnations restées sans effet, ils obtiennent la possession des deux châteaux.
Le procès de 1440
En 1440, Gilles de Rais est condamné à mort pour hérésie, sodomie et meurtres de nombreux enfants. Selon les aveux consignés lors de son procès, certains de ces crimes auraient été commis au château de Tiffauges. C’est ce dossier judiciaire, et non une légende tardive, qui fonde la noirceur attachée au lieu, même si l’assimilation au personnage de Barbe-Bleue, elle, relève du folklore.
Après lui, l’histoire du château redevient ordinaire. Sa veuve épouse Jean II de Vendôme, qui fait élever en 1520 la tour qui porte son nom, la tour du Vidame. Le fief passe ensuite de mains en mains.
| Date | Événement |
|---|---|
| Début du XIIe siècle | Construction du château, probablement par Geoffroy de Thouars |
| 1420-1422 | Mariage de Gilles de Rais et de Catherine de Thouars |
| 1440 | Condamnation à mort de Gilles de Rais |
| 1520 | Construction de la tour du Vidame |
| 1569 | Le château est incendié pendant les guerres de Religion |
| 1626 | Une ordonnance royale de démantèlement, restée sans grand effet |
| 19 septembre 1793 | Le château joue un rôle à la bataille de Torfou |
| 1955 | Vente à la commune pour le franc symbolique |
Des guerres de Religion à la restauration
Attaqué à plusieurs reprises, le château est incendié en 1569 pendant les guerres de Religion. Une ordonnance royale ordonne son démantèlement en 1626, sans grand effet, mais les fortifications sont en ruine lorsque la famille Jousseaume de La Bretesche en devient propriétaire en 1702 et le conserve deux siècles et demi. Le site joue encore un rôle lors de la bataille de Torfou, le 19 septembre 1793.
En 1885, l’architecte Georges-Eugène Balleyguier procède à des dégagements et des relevés. Le château est vendu à la commune pour le franc symbolique en 1955, et des aménagements municipaux menés sans fouilles font alors disparaître certaines ruines. Les travaux archéologiques et les restaurations ne commencent qu’à la fin des années 1980.
Tiffauges est un lieu où la réputation a précédé l’étude. Le surnom de Barbe-Bleue attire, le donjon du XIIe siècle et l’enceinte à vingt tours retiennent, et c’est l’archéologie, entreprise tardivement, qui redonne au site son épaisseur historique.
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Sources : notice du château de Tiffauges, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.
