Trois cents à cinq cents villes neuves ont été fondées dans le Sud-Ouest entre 1222 et 1373. Leur plan est encore lisible aujourd’hui, mais seulement depuis le ciel.
Bastide, castelnau, sauveté, village fortifié : ces mots désignent des réalités différentes, souvent confondues. Cette page explique ce qui les distingue, et comment reconnaître chacune de ces formes sur une vue aérienne.
Ce qu’est une bastide, et ce qu’elle n’est pas
Le mot vient de l’occitan bastida, « construction ». Dans le Sud-Ouest médiéval, il désigne une ville neuve fondée par une autorité féodale, laïque ou religieuse, qui la dote d’une charte permettant aux habitants de s’administrer par un conseil élu. Les bastides apparaissent entre la fin de la croisade des Albigeois et le début de la guerre de Cent Ans, dans un contexte de forte croissance démographique et de rivalité entre Capétiens et Plantagenêts.
- Un acte fondateur, souvent un contrat de paréage entre deux seigneurs qui partagent les revenus et la justice.
- Un plan régulier, organisé autour d’une place centrale bordée d’arcades et de couverts.
- Une charte de franchise qui met les habitants sur un pied d’égalité.
- Une création à neuf, parfois sur un hameau existant, mais toujours avec un projet d’urbanisme explicite.
Un castelnau, lui, n’a pas été planifié : c’est un village né au pied d’un château, dont les rues épousent le relief. Une sauveté est une fondation religieuse placée sous protection ecclésiastique. Ces trois formes coexistent parfois dans le même canton.
Fourcès, l’exception circulaire
Le Gers compte de nombreuses bastides, mais une seule est ronde. À Fourcès, la seule bastide circulaire du Gers, la place centrale correspond vraisemblablement à une motte castrale arasée : le tertre qui portait la fortification a été nivelé, et le bourg s’est organisé autour de ce vide. Les rues partent du cercle comme les rayons d’une roue, et les maisons qui le bordent ont conservé arcades, couverts et colombages. Au sol, on traverse une place agréable ; d’en haut, on comprend qu’il s’agit du fantôme d’un château.
Larressingle, le village qui n’a jamais débordé
À quelques kilomètres, Larressingle, le village des évêques de Condom applique une autre logique : celle de l’enceinte close. Le rempart polygonal de 270 mètres de tour est presque intact, percé à l’ouest d’une haute porte fortifiée. À l’intérieur, un château-donjon, une église romane et quelques maisons. Le village n’a jamais eu de faubourg, et c’est précisément ce gel qui l’a conservé. Il appartient aujourd’hui au réseau des Plus Beaux Villages de France, comme Fourcès.
Reconnaître chaque forme depuis le ciel
| Forme | Origine | Indice visible d’en haut | Exemple dans nos pages |
|---|---|---|---|
| Bastide | Ville neuve fondée par charte, 1222-1373 | Plan régulier, place centrale à couverts | Fourcès (plan circulaire) |
| Castelnau | Village né au pied d’un château | Rues qui rayonnent ou suivent la pente | Lavardens |
| Village fortifié | Bourg enfermé dans une enceinte | Périmètre fermé, aucun faubourg | Larressingle |
| Sauveté | Fondation sous protection religieuse | Église au centre, parcellaire en couronne | Autour de Condom |
Pourquoi ces plans ont survécu
- Ces bourgs ont cessé de croître tôt, souvent dès la guerre de Cent Ans, ce qui a figé leur emprise.
- L’exode rural du XIXe siècle a vidé les maisons sans les remplacer, évitant les reconstructions.
- Les extensions récentes se sont faites à l’écart, dans la campagne, plutôt qu’en écrasant le noyau ancien.
- Le classement au titre des monuments historiques et les labels touristiques ont verrouillé les façades et les volumes.
C’est ce qui rend la lecture aérienne du Gers si nette : les plans médiévaux y sont restés presque intacts, quand ailleurs ils ont été effacés par la croissance urbaine.
À lire aussi : Notre page sur les châteaux et forteresses du Sud-Ouest, celle sur les abbayes et sanctuaires des Pyrénées, et le dossier Le Gers vu du ciel.