Ce village du Gers est bâti en rond : c’est la seule bastide circulaire du département

Le village de Fourcès, dans le Gers
Fourcès, seule bastide au plan circulaire du Gers. Photo : Pierre-Selim Huard, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Mis à jour le 20 septembre 2026 : Ajout d'un parallèle européen (Rundling) et de conseils pour percevoir la forme au sol.

Vu du ciel, Fourcès ne ressemble à aucun autre village du Gers. Sa place est ronde, et les rues en partent comme les rayons d’une roue. C’est la seule bastide au plan circulaire du département.

Le village compte 260 habitants. Il figure parmi Les Plus Beaux Villages de France, comme Larressingle à quinze kilomètres, et sa singularité tient entièrement à sa forme, que l’on ne perçoit vraiment que depuis les airs.

Une place ronde posée sur une ancienne motte

Fourcès a d’abord été un castelnau, c’est-à-dire un village né au pied d’un château. La place circulaire correspond vraisemblablement à une ancienne motte castrale arasée : le tertre qui portait la fortification aurait été nivelé, et le village se serait organisé autour de cet espace vide. Les rues partent de ce cercle vers l’extérieur, et les maisons qui le bordent ont conservé leurs arcades, leurs couverts et leurs colombages.

Cette forme circulaire est une anomalie dans une région où les villes neuves médiévales suivent presque toujours un damier. Entre 1222 et 1373, trois cents à cinq cents bastides ont été fondées dans le Sud-Ouest, avec une place centrale rectangulaire bordée d’arcades. Fourcès a gardé la trame d’un bourg castral plus ancien, et c’est ce mélange qui produit son plan unique.

Une seigneurie disputée jusqu’au XVe siècle

L’existence de Fourcès est mentionnée dans une charte de 1068. La place forte est alors l’une des seigneuries les plus importantes de Gascogne, et elle sera très disputée entre la France et l’Angleterre jusqu’au XVe siècle. Cette position explique la fortification du bourg et la présence, encore aujourd’hui, de la tour de l’Horloge du XIIIe siècle, classée au titre des monuments historiques, ainsi que du pont d’entrée du XVe siècle.

Un château en deux ailes inachevées

Le château du XVe siècle se situe le long de l’Auzoue. Ses deux ailes, incomplètes, se rejoignent sur une tour ronde de même hauteur, et la haute façade extérieure a gardé ses fenêtres à meneaux ainsi qu’un escalier aux larges volutes dallées. Vue d’en haut, cette dissymétrie saute aux yeux : le bâtiment n’a jamais reçu la forme régulière prévue. Il abrite aujourd’hui un hôtel-restaurant.

Ce qu’il reste à voir dans le village

  • La tour de l’Horloge, du XIIIe siècle, classée monument historique.
  • Le pont d’entrée du XVe siècle, qui commande l’accès au bourg.
  • L’église Saint-Laurent, médiévale, partiellement refaite à la fin du XIXe siècle.
  • L’église Sainte-Quitterie de Laspeyres, vraisemblablement pré-romane, à l’écart du village.
  • Les maisons à couverts de la place, sur arcades et colombages.

Un village de 260 habitants qui vit de ses marchés

Fourcès appartient à la couronne de Condom : une partie de ses actifs travaille dans ce pôle voisin. La commune comptait 128 ménages fiscaux et 242 personnes en 2018, pour 84 emplois sur son territoire. Son calendrier est rythmé par des rendez-vous qui remplissent la place ronde plusieurs fois par an.

Rendez-vousPériode
Marché aux fleursDernier week-end d’avril
BrocantesDeuxième dimanche de mai à août
Marché nocturneTroisième jeudi de juillet et troisième week-end d’août
Marché des livres anciensTroisième dimanche de juillet
Concerts de jazzEn partenariat avec Jazz in Marciac
Les manifestations qui animent la place circulaire.

Ces événements expliquent aussi la conservation du bourg : une place ronde bordée de couverts est un décor commercial autant qu’un héritage médiéval, et sa valeur d’usage a protégé ses façades.

Ce que la vue aérienne montre, et que l’on ne voit pas au sol

Depuis la rue, Fourcès ressemble à n’importe quel bourg gascon : des couverts, des façades à colombages, un clocher. La forme ne se révèle qu’à la verticale, et elle raconte alors la fabrication du village.

  • Le cercle de la place n’est pas un rond parfait : son léger ovale suit le contour de la motte disparue.
  • Les rues rayonnantes ne se coupent jamais à angle droit, contrairement au damier des bastides classiques.
  • Le château et l’Auzoue forment une limite nette au sud : le bourg n’a pas pu s’étendre de ce côté.
  • Les extensions récentes se sont faites à l’écart, le long des routes, laissant le noyau ancien intact.

Cette lecture vaut pour tout le nord du Gers, où la Ténarèze, l’ancienne voie de crête qui relie les Pyrénées à la Garonne, a fixé l’emplacement des bourgs bien avant les fondations médiévales.

Un plan que l’on retrouve ailleurs en Europe, sous une autre forme

Le cercle de Fourcès n’est pas une invention isolée. Ce type d’urbanisme, où les habitations s’organisent en couronne autour d’un espace central vide, existe dans d’autres régions d’Europe, notamment en Allemagne de l’Est et en Europe centrale, sous le nom de « Rundling » : des villages d’origine slave bâtis autour d’une place commune, souvent liée à un usage collectif du bétail ou à une fortification disparue. La logique est proche de celle de Fourcès, une fortification centrale qui structure durablement l’espace, même après sa disparition. Ce parallèle rappelle que la forme circulaire n’est pas un simple accident esthétique, mais une réponse fonctionnelle ancienne à un besoin de défense et d’organisation collective, que les siècles suivants n’ont pas effacée.

Pour un visiteur qui n’a pas accès à une vue aérienne, quelques repères au sol permettent tout de même de deviner la forme du bourg :

  • Suivre à pied une rue qui part de la place : sa courbure progressive, plutôt qu’une ligne droite, trahit l’organisation radioconcentrique.
  • Observer l’angle des façades sous les couverts : elles ne sont jamais parfaitement alignées, contrairement aux bastides en damier.
  • Repérer, depuis le pont d’entrée, la légère élévation du sol vers la place, souvent le seul indice visible de l’ancienne motte.

Ces détails, minces au sol, deviennent une évidence dès que l’on consulte une carte ou une image satellite avant la visite.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les bastides et villages fortifiés, le dossier Le Gers vu du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : monographie de la commune de Fourcès, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques ; données Insee 2018.

Questions fréquentes

Pourquoi la place de Fourcès est-elle ronde ?

Parce qu’elle correspond vraisemblablement à une motte castrale arasée : le tertre qui portait la fortification a été nivelé, et le village s’est organisé autour de ce vide circulaire, les rues partant du cercle vers l’extérieur.

Fourcès est-il vraiment une bastide ?

Le village est présenté comme une bastide, mais son plan circulaire le distingue des bastides classiques, fondées entre 1222 et 1373 avec un plan régulier et une place rectangulaire. Fourcès a d’abord été un castelnau, un village né au pied d’un château.

Que peut-on visiter à Fourcès ?

La place à couverts et ses maisons à colombages, la tour de l’Horloge du XIIIe siècle classée monument historique, le pont d’entrée du XVe siècle, l’église Saint-Laurent et, à l’écart, l’église Sainte-Quitterie de Laspeyres.

Peut-on entrer dans le château de Fourcès ?

Le château du XVe siècle, situé le long de l’Auzoue, abrite un hôtel-restaurant. Sa façade extérieure a conservé ses fenêtres à meneaux et son escalier aux larges volutes dallées.

Quand faut-il venir à Fourcès ?

Le marché aux fleurs du dernier week-end d’avril est le rendez-vous le plus fréquenté. Le village accueille aussi des brocantes de mai à août, un marché des livres anciens le troisième dimanche de juillet et des marchés nocturnes en été.
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