Le château de Lavardens n’a jamais été terminé : la peste de 1653 a arrêté le chantier

Le château de Lavardens perché sur son éperon rocheux, dans le Gers
Le château de Lavardens (Gers). Photo : Jcb-caz-11, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Perché sur un éperon rocheux à vingt kilomètres d’Auch, le château de Lavardens n’a jamais été terminé. Une épidémie a arrêté le chantier en 1653, et l’étage supérieur n’a jamais été construit.

Vu d’en haut, le village de Lavardens tient tout entier dans l’ombre de son château. Le bourg s’étire le long d’une rue principale que rejoignent des ruelles abruptes, et la masse du bâtiment domine la vallée de la Guzerde. La commune compte aujourd’hui 363 habitants. Elle en abritait 1 408 en 1831. C’est l’un des sites que nous suivons dans notre dossier Le Gers vu du ciel.

Un château attesté dès 1140

Un premier château existe à cet emplacement en 1140. Son châtelain, Géraud de l’Isle-Arbéchan, est alors vassal du comte de Fezensac. La forteresse passe ensuite aux comtes d’Armagnac. Jean Ier en fait sa résidence principale et y donne des coutumes entre 1400 et 1410. Il y dépose ses archives, et son épouse Odile de Goth y meurt.

La suite est brutale. Après la prise de Lectoure par Louis XI et la mort du comte d’Armagnac en 1473, les possessions de la famille tombent dans le domaine royal. Charles Ier d’Armagnac tente de les conserver, passe de longues années emprisonné à la Bastille, et ne rentre à Lavardens qu’en 1484, très affaibli. En 1496, les troupes de Charles VIII prennent le château d’assaut, au terme d’un demi-siècle de reculs pour une famille qui avait tenu la plupart des places fortes de Gascogne. Abandonné, il tombe en ruine.

Reconstruit par un ami d’Henri IV

Il faut attendre 1585 et l’arrivée d’Antoine de Roquelaure pour que le site retrouve un propriétaire ambitieux. Proche d’Henri IV, familier de la cour de Jeanne d’Albret, il reçoit la seigneurie de Lavardens en récompense de sa loyauté. À partir de 1620, gouverneur de Lectoure et remarié à la jeune Suzanne de Bassabat, il lance la construction d’un château neuf sur les fondations médiévales.

Il s’offre deux des architectes les plus réputés de son temps, Pierre Souffron et Pierre Levesville. On ignore encore aujourd’hui la part exacte de chacun dans les plans. Le maréchal de Roquelaure meurt en 1625, à 81 ans, sans voir l’achèvement du chantier.

La peste arrête le chantier en 1653

En 1653, une épidémie de peste chasse les ouvriers. Les travaux ne reprendront pas. L’étage supérieur reste à l’état de projet, et le château demeure inachevé : c’est cette silhouette tronquée que l’on observe encore aujourd’hui depuis la vallée.

Un siècle plus tard, en 1752, la petite-fille d’Antoine de Roquelaure vend le bâtiment à Victor de Riqueti, marquis de Mirabeau, père du révolutionnaire, qui dépense sa fortune en travaux dans l’espoir d’obtenir le titre de duc attaché à Roquelaure. En 1765, le château est revendu à un capitaine de dragons, Laclaverie de Soupex, dont la fille épouse en 1770 le marquis de Pins. Celui-ci émigre à la Révolution.

Vendu à douze familles, puis promis à la démolition

La dégringolade se poursuit au XIXe siècle. En 1850, les héritiers de Pins cherchent en vain à revendre l’édifice inachevé. Il change de propriétaire en 1852, et douze familles s’installent dans ses murs. Faute d’entretien, le toit s’effondre en 1923, et la ruine s’accélère.

En 1957, la municipalité décide d’utiliser le château comme carrière de pierre, en vue de sa destruction. De nombreuses voix s’élèvent contre ce projet. Sous l’impulsion de Vincent Steux, qui achète une partie de l’étage noble et lance les travaux avec le soutien de l’abbé Brach, l’édifice est classé au titre des monuments historiques en 1961. Des jeunes bénévoles du Club du Vieux Manoir viennent y travailler chaque été, et l’État intervient en 1970 pour mettre hors d’eau plus de 1 500 m² de toitures. Le château accueille aujourd’hui des expositions, la première ayant été consacrée en 2000 aux œuvres de Camille Claudel.

Deux tourelles qui ne servaient à rien, et c’est tout l’intérêt

L’édifice se présente comme un vaste parallélépipède rectangulaire auquel un second corps vient se greffer, avec un léger angle, au nord. Sur les angles de la façade ouest, deux tourelles carrées en encorbellement reposent sur des trompes appuyées aux contreforts : une prouesse technique rare à l’époque, et une prouesse purement décorative.

  • Ces tourelles n’avaient aucun rôle militaire : elles servaient de passage entre trois balcons établis sur arcades.
  • Les grandes fenêtres à meneaux poursuivent la même intention : profiter de la vue sur la vallée.
  • À la base, les murs épais percés de meurtrières rappellent la vocation défensive d’origine.
  • Deux salles voûtées en berceau subsistent au niveau inférieur, dont la salle des gardes, datée du XIIIe siècle.
  • Le clocher de l’église actuelle était une tour du château médiéval.
  • Dans les étages, dix-sept salles présentent des pavements de brique et de pierre calcaire, tous différents.

Ce qu’il faut regarder depuis le ciel

Vue d’avion ou de drone, l’implantation raconte l’histoire mieux qu’un plan. Le château occupe le point culminant de la commune, là où se dressait la forteresse médiévale. Les fondations du XIIe siècle dictent encore l’emprise du bâtiment du XVIIe, ce qui explique sa forme allongée et l’absence de cour d’honneur classique. Le village castral, lui, s’est développé en contrebas, adossé au relief : un castelnau typique du Gers, à distinguer des bastides voisines.

DateÉvénement
1140Premier château attesté, châtelain vassal du comte de Fezensac
1400-1410Jean Ier d’Armagnac y donne des coutumes et y dépose ses archives
1473Les possessions des Armagnac tombent dans le domaine royal
1496Le château est pris d’assaut par les troupes de Charles VIII
1620Antoine de Roquelaure lance la construction du château actuel
1653Une épidémie de peste arrête définitivement le chantier
1923Le toit s’effondre, la ruine s’accélère
1961Classement au titre des monuments historiques
Huit siècles d’occupation du même éperon rocheux.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les châteaux et forteresses du Sud-Ouest, le dossier Le Gers vu du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice du château de Lavardens et monographie de la commune, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.

Questions fréquentes

Pourquoi le château de Lavardens n’a-t-il jamais été terminé ?

Une épidémie de peste chasse les ouvriers du chantier en 1653. Les travaux ne reprennent jamais et l’étage supérieur prévu reste à l’état de projet, ce qui donne au bâtiment sa silhouette tronquée actuelle.

Qui a fait construire le château de Lavardens ?

Antoine de Roquelaure, maréchal de France et proche d’Henri IV, qui reçoit la seigneurie en 1585 et lance la construction à partir de 1620 sur les fondations médiévales. Il meurt en 1625 sans voir le chantier achevé.

Que reste-t-il de la forteresse médiévale ?

Les fondations, qui dictent encore l’emprise du bâtiment, deux salles voûtées en berceau dont la salle des gardes du XIIIe siècle, et le clocher de l’église actuelle, qui était une tour du château médiéval.

Le château de Lavardens se visite-t-il ?

Restauré à partir des années 1960 après son classement, il accueille aujourd’hui des expositions. Les périodes et horaires d’ouverture varient selon la programmation : ils sont à vérifier auprès du site officiel du château avant de se déplacer.

Où se trouve Lavardens ?

Dans le Gers, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest d’Auch. Le village, qui compte 363 habitants, figure parmi Les Plus Beaux Villages de France.
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