La villa gallo-romaine de Séviac et ses 625 mètres carrés de mosaïques restaurées

Une mosaïque de la villa gallo-romaine de Séviac, à Montréal-du-Gers
Une mosaïque de la villa de Séviac, à Montréal-du-Gers. Photo : Benjamin Bellamy, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

En 1959, une femme se met à creuser seule, une bêche à la main, à la recherche d’un palais enseveli dont son père lui avait parlé. Elle l’a trouvé, et il couvre aujourd’hui 625 mètres carrés de mosaïques restaurées.

La villa gallo-romaine de Séviac se trouve à Montréal-du-Gers, sur un plateau au confluent de l’Auzoue et de l’Argentans. Depuis 2008, elle fait partie du pôle archéologique Elusa Capitale Antique.

Un siècle de découvertes manquées

La position du site répond aux conditions habituelles pour ce genre d’établissement : à 135,25 mètres d’altitude, il échappe à l’humidité et aux inondations, et il se trouve à une douzaine de kilomètres de la cité antique d’Elusa, aujourd’hui Eauze.

Sa redécouverte a été longue et interrompue. Le site a peut-être été mis au jour par hasard en 1864, pendant la construction d’une ferme, d’après J. Noulens. En 1868, l’abbé Monnier, curé de Labarrère, entreprend des fouilles, découvre une mosaïque et écrit au ministre des Beaux-Arts de Napoléon III pour obtenir de l’argent et poursuivre. Des fouilles sérieuses sont menées avant la guerre de 1914, puis le lieu tombe dans l’oubli jusqu’à la fin des années 1950.

Ce qui le ramène au jour tient à une transmission familiale. En 1959, Paulette Aragon-Launet, née en 1913 et membre de la Société archéologique du Gers, se met à chercher seule, une bêche à la main, le palais enseveli dont son père lui avait parlé : il avait été témoin de la campagne de fouilles financée en 1911 par le docteur Odilon Lannelongue.

Aidée de ses enfants, elle met au jour des mosaïques déjà inventoriées, puis dirige en 1961 une campagne de fouilles qui dégage l’aile ouest de la villa. En 1966, elle fonde l’Association pour la sauvegarde des monuments et sites de l’Armagnac, qui devient propriétaire du site. Des fouilles y sont organisées chaque été pendant trente ans, de 1967 à 1997. La propriété est transférée à la commune de Montréal-du-Gers en 2003.

Les fouilles ont eu lieu chaque été pendant trente ans, de 1967 à 1997.

Un ensemble de mosaïques unique en France

Séviac est classée monument historique par arrêté du 28 mars 1978. La partie nord de la villa a d’abord été inscrite le 14 mai 2012, puis classée par arrêté du 3 février 2014, l’inscription étant abrogée. Sa renommée tient à son ensemble de mosaïques, que les spécialistes désignent sous le nom d’École d’Aquitaine, et qui est unique en France.

Elles ont été posées entre le dernier tiers du IVe siècle et la première moitié du Ve, et couvraient les espaces de réception et de circulation. Polychromes, elles passent d’une trame géométrique à une trame végétale.

Leur sauvegarde a demandé près de trente ans. La restauration commence dans les années 1990, un diagnostic est posé en 2013, et la SOCRA, entreprise basée à Périgueux, est mandatée en 2016 pour une restauration pérenne. En 2018, près de 625 mètres carrés ont retrouvé une seconde jeunesse. Remises en place, les mosaïques sont aujourd’hui protégées des intempéries par une structure de 2 070 mètres carrés à toiture translucide : il a fallu construire un bâtiment plus de trois fois plus grand que la surface à protéger.

Le site a livré d’autres objets, dont l’un pose une énigme. Un orteil en bronze de cinq centimètres de long, pesant 390 grammes, considéré comme un élément d’une statue monumentale. La statue n’a jamais été retrouvée, et l’objet lui-même, découvert en 1910, a disparu depuis. Des chapiteaux de pilastre en marbre pyrénéen, réalisés entre 420 et 440, ont également été mis au jour.

Plusieurs pièces font l’objet d’une exposition temporaire après avoir été présentées à Montréal-du-Gers : une tête en marbre datée des environs de 400, des fragments de statuettes dont une Vénus anadyomène et un putto, et la mosaïque aux arbres. Celle-ci est exceptionnelle par sa qualité et par son originalité, puisqu’elle ne reprend pas un motif habituel. Des lampes à huile, des clous, des outils, des poids de métiers à tisser et des fibules disent le quotidien des habitants.

PériodeCe qui se passe à Séviac
milieu du Ier siècleun modeste local est implanté
IIe siècleune villa est construite, puis agrandie
dernier tiers du IVe sièclela villa est restructurée autour d’une cour-jardin
vers 420-440pose de la mosaïque aux arbres
début du VIe siècleconstruction d’un baptistère
VIIe siècledes maisons s’installent dans les ruines
VIIIe au XIe sièclele site devient église et nécropole
Près d’un millénaire d’occupation.

Une maison bâtie pour recevoir

De sa reconfiguration de la fin du IVe siècle, la villa garde son plan : une vaste cour-jardin de 30 mètres de côté, entourée de galeries à colonnade, elles-mêmes bordées de pièces aux dimensions et aux usages multiples. Au nord se trouvent les pièces domestiques, qui donnent sur la pars rustica, pratiquement pas fouillée.

À l’est, un grand vestibule jouxte une salle de réception chauffée à abside, remplacée dans la première partie du Ve siècle par un espace beaucoup plus vaste, avoisinant les 240 mètres carrés. C’est là que se trouve la mosaïque aux arbres, l’une des plus tardives du site.

L’aile sud sert de passage, avec une cour méridionale qui donne accès aux thermes. Au début du Ve siècle, ce bâtiment dépassait 500 mètres carrés et se partageait en deux secteurs de part et d’autre du frigidarium. La partie occidentale comprenait deux petites salles chauffées par le sol et par les murs, chacune dotée d’un bassin, la salle tiède et la salle chaude, avec des latrines : un secteur d’usage privé. La partie orientale, à l’origine faite de vastes pièces chauffées plutôt réservées à la réception, devient un secteur froid au Ve siècle.

Ce basculement n’est pas anodin. Une villa qui cesse de chauffer ses salles de réception est une villa qui change de train de vie, au moment précis où elle se dote de ses plus belles mosaïques.

Ce que la vue d’ensemble montre

Vue d’en haut, Séviac se lit en deux couches qui ne coïncident pas. La structure moderne à toiture translucide dessine un rectangle net de 2 070 mètres carrés, posé sur un plan antique dont la logique est circulaire : une cour-jardin carrée de trente mètres, cernée de galeries, autour de laquelle tout s’organise.

La vue explique aussi le choix du terrain. Le plateau domine le confluent de l’Auzoue et de l’Argentans, assez haut pour rester au sec, assez proche d’Elusa pour que son propriétaire soit dans le jeu social de la cité. Les villas d’Aquitaine tardive ne sont pas des retraites rurales : ce sont des maisons de représentation, et l’implantation le dit avant les mosaïques.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier Gers et la rubrique Archéologie.

Sources : notice de la villa gallo-romaine de Séviac, Wikipédia en français ; Archéologia, no 566, juin 2018.

Questions fréquentes

Où se trouve la villa ?

Sur la commune de Montréal-du-Gers, dans le Gers, sur un plateau au confluent de l'Auzoue et de l'Argentans, à 135,25 mètres d'altitude. Cette position lui évite l'humidité et les inondations, comme c'est la règle pour ce type d'établissement. Elle est à une douzaine de kilomètres de la cité antique d'Elusa, aujourd'hui Eauze.

Qui a redécouvert le site ?

Paulette Aragon-Launet, membre de la Société archéologique du Gers, en 1959. Elle a cherché seule, une bêche à la main, le palais enseveli dont son père lui avait parlé, ayant été témoin de la campagne de fouilles financée en 1911 par le docteur Odilon Lannelongue. Aidée de ses enfants, elle met au jour des mosaïques déjà inventoriées, puis dirige en 1961 une campagne qui dégage l'aile ouest.

Que sont les mosaïques de l'École d'Aquitaine ?

Un ensemble que les spécialistes désignent sous ce nom et qui est unique en France. Les mosaïques ont été posées entre le dernier tiers du IVe siècle et la première moitié du Ve, et couvraient les espaces de réception et de circulation. Elles sont polychromes, à trame géométrique puis végétale.

Comment ont-elles été restaurées ?

La restauration commence dans les années 1990. Un diagnostic est posé en 2013, et la SOCRA, basée à Périgueux, est mandatée en 2016 pour une restauration pérenne. En 2018, près de 625 mètres carrés ont été traités. Remises en place, les mosaïques sont aujourd'hui protégées des intempéries par une structure de 2 070 mètres carrés à toiture translucide.

Quelle est la mosaïque aux arbres ?

Un ouvrage exceptionnel par sa qualité artistique et par son originalité, puisqu'il ne reprend pas un motif habituel. Réalisée entre 420 et 440, elle est l'une des plus tardives de la villa, et se trouvait dans la grande salle de réception orientale, qui avoisinait les 240 mètres carrés au début du Ve siècle.

À quoi ressemblait la villa ?

Après sa reconfiguration à la fin du IVe siècle, elle se développe autour d'une vaste cour-jardin de 30 mètres de côté, entourée de galeries à colonnade bordées de pièces aux dimensions et aux usages variés. Les pièces domestiques sont au nord, le vestibule et la salle de réception à l'est, les thermes au sud.

Qu'est devenu le site ensuite ?

Le christianisme s'implantant dans la région au début du VIe siècle, un baptistère est construit. L'ensemble perdure en partie tout au long du VIe siècle, toujours occupé par un aristocrate. Au VIIe siècle, quelques maisons sont bâties dans les ruines. Entre le VIIIe et le XIe siècle, le lieu est surtout un espace d'inhumation, avec une église et une nécropole.
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