Au Ier siècle, Montmaurin est une exploitation agricole de plus de mille hectares qui fait travailler cinq cents personnes. Trois siècles plus tard, elle est devenue un palais de 5 800 mètres carrés.
La villa gallo-romaine de Lassalles, sur la commune de Montmaurin, est l’une des plus vastes villas de la Gaule aquitaine. Elle se lit aujourd’hui comme un plan au sol : une façade de 117 mètres, une cour d’honneur en demi-cercle, deux péristyles et une aile thermale. C’est le premier site de notre dossier La Haute-Garonne vue du ciel consacré à l’Antiquité.
Mille hectares, cinq cents employés
Vers le milieu du Ier siècle après J.-C., une immense exploitation agricole s’installe au pied des Pyrénées, dans le Comminges. Les terres couvrent plus d’un millier d’hectares. Plusieurs dizaines de constructions, logements des ouvriers et bâtiments agricoles, forment la pars rustica, groupée au bord de la Save autour de la maison du maître, la pars urbana. Un mur d’enceinte referme l’ensemble.
Le site connaît ensuite une période d’abandon ou de semi-abandon, peut-être liée à une crue de la Save, à la fin du IIe ou au IIIe siècle. C’est la phase suivante qui a laissé les vestiges visibles aujourd’hui.
D’une ferme à un palais de 5 800 mètres carrés
À la fin du IVe ou au début du Ve siècle, deux campagnes de travaux transforment l’exploitation en résidence de luxe. La villa est orientée sud-ouest / nord-est, et sa façade atteint 117 mètres dans sa plus grande longueur. Ses dimensions illustrent la prospérité exceptionnelle du Sud-Ouest de la Gaule entre le IVe et le VIe siècle.
- Une cour d’honneur en demi-cercle, bordée de colonnades, qui inclut un temple hexagonal de type gaulois.
- Un vestibule d’apparat ouvrant sur le corps de logis central.
- Un premier péristyle de 60 mètres de diamètre, entouré de chambres, prolongé par un second péristyle plus petit.
- Une aile thermale au nord-ouest, avec un nymphée et une piscine de plein air.
- Des cours et jardins intérieurs autour desquels s’organisent les quartiers d’habitation.
La villa reste habitée jusqu’à la fin du Ve siècle ou au début du VIe. Plusieurs chercheurs, dont Jean-Charles Balty, ont envisagé un lien avec une famille impériale romaine, sans que la question soit tranchée.
Prise pour un couvent de Templiers jusqu’en 1865
Le site est connu dès la fin du XIXe siècle, mais on y voit longtemps les restes d’un « couvent des Templiers ». C’est l’archéologue Anthyme Saint-Paul qui reconnaît en 1865 le caractère romain des vestiges. Entre 1879 et 1881, Isidore Miro achète les parcelles pour soustraire les ruines au pillage, puis mène avec l’abbé Jean-Marie Couret les premiers sondages. Un plan général de la villa, déjà très correct, est publié par l’abbé Couret en 1903.
Les fouilles exhaustives commencent fin 1947 avec l’archéologue Georges Fouet, et se poursuivent jusqu’en 1960. Elles livrent le plan complet, ainsi que les statues et les monnaies aujourd’hui exposées au musée de Montmaurin.
| Date | Événement |
|---|---|
| Milieu du Ier s. | Création de l’exploitation agricole, plus de 1 000 hectares |
| Fin IIe-IIIe s. | Abandon ou semi-abandon, peut-être après une crue de la Save |
| Fin IVe-début Ve s. | Transformation en résidence de 5 800 m² à deux péristyles |
| Fin Ve-début VIe s. | Abandon définitif du site |
| 1865 | Anthyme Saint-Paul reconnaît le caractère romain des vestiges |
| 1879-1881 | Isidore Miro achète les parcelles pour éviter le pillage |
| 1947-1960 | Fouilles exhaustives menées par Georges Fouet |
Le puits de dix mètres et son contenu
Vers l’extrémité sud de la façade, à une soixantaine de mètres de la Save, les ruines d’un bâtiment comprennent un massif de 3,42 mètres de hauteur qui semble avoir soutenu une masse pesante. À deux mètres de son angle nord s’ouvre un puits rempli de matériaux très divers : cendres et ossements, bracelet, monnaies, outils, matériaux de démolition. Son fond se situe à 10,60 mètres de profondeur, au-dessus d’une couche de marne bleue, et il ne montre aucune infiltration d’eau. Georges Fouet a rapproché cette structure des puits funéraires d’Aquitaine, dont il a publié l’étude en 1958.
Ce que le plan au sol raconte
- La géométrie du demi-cercle d’entrée n’apparaît qu’en vue zénithale : au sol, on ne voit qu’une suite de bases de colonnes.
- L’orientation sud-ouest / nord-est place les pièces de réception face au panorama pyrénéen.
- La séparation entre partie agricole et partie résidentielle reste lisible dans le parcellaire actuel.
- La proximité de la Save explique à la fois la richesse du domaine et son abandon temporaire après une crue.
À voir autour
- L’abbaye de Saint-Savin, posée sur un fort romain : un autre site antique réoccupé au Moyen Âge, dans les Hautes-Pyrénées
- Les 6 kilomètres d’allées de buis de Merville : la Haute-Garonne vue du ciel, quinze siècles plus tard
- Le château fort de Lourdes : un verrou pyrénéen occupé dès l’époque romaine
Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires des Pyrénées, le dossier La Haute-Garonne vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de la villa gallo-romaine de Montmaurin, Wikipédia en français ; travaux de Georges Fouet publiés dans Gallia ; base Mérimée des monuments historiques.
