La cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges domine les vestiges romains de Lugdunum Convenarum

La cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges sur sa butte
Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne. Photo : FrDr, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Une ville romaine de 32 hectares et d’environ 10 000 habitants occupait la plaine. Il reste aujourd’hui 250 habitants, une cathédrale sur une butte, et des vestiges en contrebas que l’on ne lit bien que d’en haut.

Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne, est un cas rare : le nom actuel de la commune date précisément du moment où la cité antique a cessé d’exister sous son propre nom. Avant 1222, on écrivait Lugdunum Convenarum.

Une fondation attestée par une seule phrase

Avant la conquête romaine, la région est le siège des Convènes, un peuple ibéroaquitain distinct des Gaulois. Selon saint Jérôme, dans un texte de la fin du IVe siècle, leur ville aurait été fondée par Pompée à la fin de la guerre sertorienne. C’est la seule source qui l’indique, et aucune preuve archéologique ne confirme cette fondation à ce jour.

Ce que l’on sait avec certitude est plus tardif. Vers 72 av. J.-C., le site devient romain sous le nom de Lugdunum Convenarum. Au début du règne d’Auguste, vers les années 20 av. J.-C., la ville connaît une première phase de développement autour d’un champ de foire installé dans la plaine, dans le cadre de la réorganisation des Gaules et de la création de la province d’Aquitaine. L’empereur lui octroie l’usage du droit latin.

Trois siècles suffisent à faire une vraie ville. Lugdunum Convenarum se dote d’un forum, d’un temple, de thermes, d’un théâtre, d’un trophée, d’un marché et de vastes villas aux mosaïques nombreuses. Sa position en fait aussi un poste douanier, ce qui lui vaut une importante activité commerciale. Elle porte le titre de colonie romaine, que lui donne le géographe Ptolémée.

La cité s’étend sur 32 hectares et compte environ 10 000 habitants.

Trois siècles de chute

Le déclin est administratif avant d’être violent. Au IVe siècle, la ville est intégrée à la province de Novempopulanie et perd peu à peu son importance : Lugdunum devient Civitas Convenarum, puis simplement Convenae. En 410, elle est acquise par les Wisigoths, dont la capitale est Toulouse. Une partie de la ville est abandonnée, tandis que des villas sont restaurées.

Le christianisme s’installe pendant cette descente. Vers 430, la basilique paléochrétienne est construite ; au Ve siècle, le rempart de la ville haute est élevé, alors que la ville basse continue d’exister et de s’embellir.

Puis vient la guerre civile mérovingienne. Après la mort de Chilpéric Ier, en 585, la ville est assiégée lors du conflit de succession : Gondovald, prince franc venu de Constantinople, s’y réfugie, en chasse l’évêque Rufinus, et les habitants finissent par le livrer. Selon Grégoire de Tours, la ville haute est incendiée et détruite.

La vie n’y cesse pourtant pas. La basilique paléochrétienne fonctionne toujours après cette date, le quartier du Plan reste habité, et des évêques de Lugdunum siègent à plusieurs conciles, à Agde en 506, à Orléans en 533 et en 549, à Mâcon en 585. Entre le VIIe et le Xe siècle, on ne sait presque rien de la ville, sinon que les inhumations continuent autour de la basilique.

DateÉtapeCe qu’elle change
vers 72 av. J.-C.le site devient Lugdunum Convenarumstatut romain, puis droit latin sous Auguste
Ier au IIIe siècle32 hectares, environ 10 000 habitantsforum, thermes, théâtre, trophée, villas
vers 430basilique paléochrétiennele christianisme s’installe dans la ville basse
585siège et incendie de la ville hautela cité antique ne s’en relève pas
1083Bertrand de l’Isle élu évêquedébut de la cathédrale et du cloître
1222la ville prend le nom de Saint-BertrandLugdunum Convenarum disparaît des usages
1304-1350église gothique lancée par Clément Vle tombeau devient un grand pèlerinage
Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne.

Un évêque relance la ville, un pape la remplit

En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du comte Guillaume III Taillefer de Toulouse, est élu évêque du Comminges à la demande des habitants. Formé dans l’esprit de la réforme grégorienne, il améliore les conditions de vie de la population en développant l’agriculture, l’élevage et le commerce, et il entreprend la construction de la cathédrale et du cloître. C’est aussi sous son autorité que débute la construction de la basilique Saint-Just de Valcabrère. À sa mort, le 16 octobre 1123, il est déjà tenu pour un saint dans la région pyrénéenne.

La canonisation vient un siècle plus tard, et elle change le nom du lieu. En 1218, le pape Honorius III charge l’archevêque d’Auch, l’évêque de Couserans et l’abbé de Bonnefont d’ouvrir une enquête, à la demande de l’évêque Grimoard de Lafaye. Dès 1222, la ville épiscopale s’appelle Saint-Bertrand-de-Comminges. Vers 1207, elle avait déjà reçu une charte des coutumes communales de l’évêque Adhémar de Castillon.

Le second élan est pontifical. En 1295, Boniface VIII nomme Bertrand de Got évêque de Comminges ; en 1305, celui-ci devient le premier pape d’Avignon sous le nom de Clément V. Dès 1304, il lance la construction d’une nouvelle église gothique, et en 1309 il transporte lui-même les reliques de saint Bertrand, faisant du tombeau le centre d’un grand pèlerinage. L’église gothique est achevée en 1350 sous l’autorité de Hugues de Castillon, et la ville devient une étape du chemin du piémont pyrénéen vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

La suite tient en quelques coups durs. En avril 1598, les huguenots pillent plusieurs fois la cathédrale et emportent la châsse, mais sans les reliques. En 1456, le comté de Comminges avait été rattaché au domaine royal ; en 1790, l’évêché est démantelé et partagé entre trois diocèses, Toulouse et Bayonne en France, La Seu d’Urgell en Espagne pour le Val d’Aran. Les Commingeois cachent les reliques, et en 1793 la Convention rebaptise la ville Hauteville.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la rupture saute aux yeux. La cathédrale et les quelques maisons de la ville haute couronnent une butte isolée, tandis que les vestiges romains s’étalent dans la plaine, en contrebas, sur une surface sans rapport avec le village actuel. On voit littéralement une petite ville médiévale posée sur le bord d’une grande ville antique.

La vue aérienne explique aussi le choix du site. La butte commande tout ce qui l’entoure, et c’est elle que l’on fortifie au Ve siècle, alors que la ville basse continue d’exister et de s’embellir. Un voyageur de 1852 décrivait déjà ce bassin très boisé et serré de buttes, dont la principale est couronnée de quelques maisons et de la cathédrale comme d’une forteresse.

Elle donne enfin la mesure du renversement. Trente-deux hectares et 10 000 habitants à l’époque romaine, 250 habitants aujourd’hui, et près de 80 000 visiteurs par an pour les deux sites réunis : la ville ne vit plus de son commerce, mais de ce qu’il en reste.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier Haute-Garonne et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de Saint-Bertrand-de-Comminges, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Qui habitait là avant les Romains ?

La région est le siège des Convènes, un peuple ibéroaquitain distinct des Gaulois. Selon saint Jérôme, dans un texte de la fin du IVe siècle, leur ville aurait été fondée par Pompée à la fin de la guerre sertorienne ; c'est la seule source qui l'indique, et aucune preuve archéologique ne confirme cette fondation à ce jour.

Quelle était la taille de la ville romaine ?

Vers 72 av. J.-C., le site devient romain sous le nom de Lugdunum Convenarum. La ville porte, chez le géographe Ptolémée, le titre de colonie romaine, un statut privilégié : elle s'étend alors sur 32 hectares et compte environ 10 000 habitants, avec forum, temple, thermes, théâtre, trophée, marché et vastes villas à mosaïques.

Pourquoi la ville a-t-elle décliné ?

Au IVe siècle, elle est intégrée à la province de Novempopulanie et perd peu à peu son importance ; Lugdunum devient Civitas Convenarum, puis simplement Convenae. En 410, elle est acquise par les Wisigoths, qui ont fait de Toulouse leur capitale : une partie de la ville est abandonnée tandis que des villas sont restaurées.

Qui était Bertrand de l'Isle ?

Petit-fils du comte Guillaume III Taillefer de Toulouse, il est élu évêque du Comminges en 1083 à la demande des habitants. Formé dans l'esprit de la réforme grégorienne, il développe l'agriculture, l'élevage et le commerce, entreprend la construction de la cathédrale et du cloître, et lance celle de la basilique Saint-Just de Valcabrère. Il meurt le 16 octobre 1123.

Quand la ville a-t-elle changé de nom ?

En 1218, le pape Honorius III charge l'archevêque d'Auch, l'évêque de Couserans et l'abbé de Bonnefont d'ouvrir une enquête sur la canonisation de Bertrand. Elle est rapide : dès 1222, la ville épiscopale est appelée Saint-Bertrand-de-Comminges et non plus Lugdunum Convenarum.

Quel rôle a joué le futur pape Clément V ?

En 1295, le pape Boniface VIII nomme Bertrand de Got évêque de Comminges. Celui-ci devient en 1305 le premier pape d'Avignon sous le nom de Clément V. Dès 1304, il lance la construction d'une nouvelle église gothique, et en 1309 il transporte lui-même les reliques de saint Bertrand, faisant du tombeau le centre d'un grand pèlerinage.

Combien d'habitants aujourd'hui ?

La commune ne compte plus qu'environ 250 habitants et vit essentiellement du tourisme, surtout dans la ville haute autour de la cathédrale, la ville basse vivant surtout de l'agriculture. Chaque année, près de 80 000 visiteurs se rendent sur les sites de Lugdunum et de Saint-Bertrand-de-Comminges.
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