Une ville romaine de 32 hectares et d’environ 10 000 habitants occupait la plaine. Il reste aujourd’hui 250 habitants, une cathédrale sur une butte, et des vestiges en contrebas que l’on ne lit bien que d’en haut.
Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne, est un cas rare : le nom actuel de la commune date précisément du moment où la cité antique a cessé d’exister sous son propre nom. Avant 1222, on écrivait Lugdunum Convenarum.
Une fondation attestée par une seule phrase
Avant la conquête romaine, la région est le siège des Convènes, un peuple ibéroaquitain distinct des Gaulois. Selon saint Jérôme, dans un texte de la fin du IVe siècle, leur ville aurait été fondée par Pompée à la fin de la guerre sertorienne. C’est la seule source qui l’indique, et aucune preuve archéologique ne confirme cette fondation à ce jour.
Ce que l’on sait avec certitude est plus tardif. Vers 72 av. J.-C., le site devient romain sous le nom de Lugdunum Convenarum. Au début du règne d’Auguste, vers les années 20 av. J.-C., la ville connaît une première phase de développement autour d’un champ de foire installé dans la plaine, dans le cadre de la réorganisation des Gaules et de la création de la province d’Aquitaine. L’empereur lui octroie l’usage du droit latin.
Trois siècles suffisent à faire une vraie ville. Lugdunum Convenarum se dote d’un forum, d’un temple, de thermes, d’un théâtre, d’un trophée, d’un marché et de vastes villas aux mosaïques nombreuses. Sa position en fait aussi un poste douanier, ce qui lui vaut une importante activité commerciale. Elle porte le titre de colonie romaine, que lui donne le géographe Ptolémée.
La cité s’étend sur 32 hectares et compte environ 10 000 habitants.
Trois siècles de chute
Le déclin est administratif avant d’être violent. Au IVe siècle, la ville est intégrée à la province de Novempopulanie et perd peu à peu son importance : Lugdunum devient Civitas Convenarum, puis simplement Convenae. En 410, elle est acquise par les Wisigoths, dont la capitale est Toulouse. Une partie de la ville est abandonnée, tandis que des villas sont restaurées.
Le christianisme s’installe pendant cette descente. Vers 430, la basilique paléochrétienne est construite ; au Ve siècle, le rempart de la ville haute est élevé, alors que la ville basse continue d’exister et de s’embellir.
Puis vient la guerre civile mérovingienne. Après la mort de Chilpéric Ier, en 585, la ville est assiégée lors du conflit de succession : Gondovald, prince franc venu de Constantinople, s’y réfugie, en chasse l’évêque Rufinus, et les habitants finissent par le livrer. Selon Grégoire de Tours, la ville haute est incendiée et détruite.
La vie n’y cesse pourtant pas. La basilique paléochrétienne fonctionne toujours après cette date, le quartier du Plan reste habité, et des évêques de Lugdunum siègent à plusieurs conciles, à Agde en 506, à Orléans en 533 et en 549, à Mâcon en 585. Entre le VIIe et le Xe siècle, on ne sait presque rien de la ville, sinon que les inhumations continuent autour de la basilique.
| Date | Étape | Ce qu’elle change |
|---|---|---|
| vers 72 av. J.-C. | le site devient Lugdunum Convenarum | statut romain, puis droit latin sous Auguste |
| Ier au IIIe siècle | 32 hectares, environ 10 000 habitants | forum, thermes, théâtre, trophée, villas |
| vers 430 | basilique paléochrétienne | le christianisme s’installe dans la ville basse |
| 585 | siège et incendie de la ville haute | la cité antique ne s’en relève pas |
| 1083 | Bertrand de l’Isle élu évêque | début de la cathédrale et du cloître |
| 1222 | la ville prend le nom de Saint-Bertrand | Lugdunum Convenarum disparaît des usages |
| 1304-1350 | église gothique lancée par Clément V | le tombeau devient un grand pèlerinage |
Un évêque relance la ville, un pape la remplit
En 1083, Bertrand de l’Isle, petit-fils du comte Guillaume III Taillefer de Toulouse, est élu évêque du Comminges à la demande des habitants. Formé dans l’esprit de la réforme grégorienne, il améliore les conditions de vie de la population en développant l’agriculture, l’élevage et le commerce, et il entreprend la construction de la cathédrale et du cloître. C’est aussi sous son autorité que débute la construction de la basilique Saint-Just de Valcabrère. À sa mort, le 16 octobre 1123, il est déjà tenu pour un saint dans la région pyrénéenne.
La canonisation vient un siècle plus tard, et elle change le nom du lieu. En 1218, le pape Honorius III charge l’archevêque d’Auch, l’évêque de Couserans et l’abbé de Bonnefont d’ouvrir une enquête, à la demande de l’évêque Grimoard de Lafaye. Dès 1222, la ville épiscopale s’appelle Saint-Bertrand-de-Comminges. Vers 1207, elle avait déjà reçu une charte des coutumes communales de l’évêque Adhémar de Castillon.
Le second élan est pontifical. En 1295, Boniface VIII nomme Bertrand de Got évêque de Comminges ; en 1305, celui-ci devient le premier pape d’Avignon sous le nom de Clément V. Dès 1304, il lance la construction d’une nouvelle église gothique, et en 1309 il transporte lui-même les reliques de saint Bertrand, faisant du tombeau le centre d’un grand pèlerinage. L’église gothique est achevée en 1350 sous l’autorité de Hugues de Castillon, et la ville devient une étape du chemin du piémont pyrénéen vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
La suite tient en quelques coups durs. En avril 1598, les huguenots pillent plusieurs fois la cathédrale et emportent la châsse, mais sans les reliques. En 1456, le comté de Comminges avait été rattaché au domaine royal ; en 1790, l’évêché est démantelé et partagé entre trois diocèses, Toulouse et Bayonne en France, La Seu d’Urgell en Espagne pour le Val d’Aran. Les Commingeois cachent les reliques, et en 1793 la Convention rebaptise la ville Hauteville.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la rupture saute aux yeux. La cathédrale et les quelques maisons de la ville haute couronnent une butte isolée, tandis que les vestiges romains s’étalent dans la plaine, en contrebas, sur une surface sans rapport avec le village actuel. On voit littéralement une petite ville médiévale posée sur le bord d’une grande ville antique.
La vue aérienne explique aussi le choix du site. La butte commande tout ce qui l’entoure, et c’est elle que l’on fortifie au Ve siècle, alors que la ville basse continue d’exister et de s’embellir. Un voyageur de 1852 décrivait déjà ce bassin très boisé et serré de buttes, dont la principale est couronnée de quelques maisons et de la cathédrale comme d’une forteresse.
Elle donne enfin la mesure du renversement. Trente-deux hectares et 10 000 habitants à l’époque romaine, 250 habitants aujourd’hui, et près de 80 000 visiteurs par an pour les deux sites réunis : la ville ne vit plus de son commerce, mais de ce qu’il en reste.
À voir autour
- La villa de Montmaurin : 5 800 m2 de palais à vingt kilomètres
- Le trophée d’Auguste : 44 peuples gravés sur 49 mètres
- Les thermes de Chassenon : bâtis en pierre de météorite
Pour aller plus loin : Le dossier Haute-Garonne et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice de Saint-Bertrand-de-Comminges, Wikipédia en français.

