Vingt moulins à vent brûlés par l’armée du Prince Noir en octobre 1355, selon un chroniqueur : Avignonet-Lauragais

La tour, le toit tournant et les ailes d'un moulin à vent du Lauragais
Le moulin à vent de Montbrun-Lauragais, inscrit depuis 1965 : la tour, le toit tournant et la charpente des ailes. Photo : Raphael Isla, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le vendredi 30 octobre 1355, l’armée du Prince de Galles loge à Avignonet, en Lauragais. Un chroniqueur anglais, tenu pour un probable participant à l’expédition, note que vingt moulins à vent y ont été incendiés.

La veille, à Montgiscard, il en avait compté douze près de la ville, qui brûlent avec elle. Ces deux chiffres sont parmi les plus anciens décomptes de moulins à vent que l’on ait pour ce pays.

Ils ne reposent que sur lui. C’est pourquoi nous écrivons selon un chroniqueur, dans le titre comme dans le texte, et nous allons dire exactement pourquoi.

Douze moulins à Montgiscard le 29 octobre, vingt à Avignonet le 30 : un seul témoin les compte.

Ce que dit le texte latin

Le récit est celui de Geoffroy le Baker, dans l’édition critique publiée à Oxford en 1889. Le passage sur Montgiscard place l’étape un jeudi et dit que douze moulins à vent se trouvaient près de la ville, et qu’ils furent pareillement dévorés par les flammes.

Le lendemain, vendredi, l’armée passe par deux autres bourgs et loge à Avignonet, que le texte décrit comme une grande ville appartenant au roi de France. Là, dit-il, vingt moulins à vent furent réduits en cendres. L’appendice de l’édition résume la même étape par une mention d’incendie de moulins.

Une historienne qui a consacré un livre aux campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge reprend ces chiffres et qualifie le chroniqueur de probable participant à l’expédition. Elle n’apporte pas de source nouvelle : elle le lit.

Une seconde source qui ne confirme pas le chiffre

Il existe pourtant un autre témoignage d’époque sur cette même journée, et il vient du chef de l’expédition. Le Prince de Galles écrit à l’évêque de Winchester une lettre, conservée dans une autre chronique, où il raconte la campagne en ancien français.

Il y dit que l’on prit le chemin du Toulousain, où beaucoup de bonnes villes et forteresses furent brûlées et détruites, car la terre était très riche et abondante. Il ajoute que la ville d’Avignonet fut prise de force et que toutes ses batailles y furent logées.

Cette lettre confirme donc l’étape, la prise de la ville et le cantonnement. Elle ne dit pas un mot des moulins. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas écrire que vingt moulins ont brûlé comme un fait établi : nous avons un second témoin pour la journée, et aucun pour le décompte.

Le piège de la troisième ville : au retour, le 15 novembre, le chroniqueur mentionne une ville à laquelle appartenaient vingt et un moulins à vent. Plusieurs reprises modernes écrivent que ces vingt et un moulins ont brûlé. Le latin ne le dit pas : il emploie un verbe de possession, là où Montgiscard et Avignonet avaient des verbes explicites de destruction. L’identification de cette ville avec Fanjeaux est celle de l’éditeur de 1889 lui-même, dans l’itinéraire placé en appendice et dans l’index du volume, reprise ensuite par les historiens.

Des moulins à vent dès 1223

Le Lauragais est, pour l’histoire du moulin à vent, un pays précoce. Les travaux que nous avons lus donnent le premier moulin de ce type à Prouille, près de Fanjeaux, dès 1223, puis à Pexiora et Besplas en 1245, et à Saint-Papoul en 1255.

Nous n’avons vu aucun de ces actes. Ils nous viennent d’une historienne et d’une association qui s’appuie sur les travaux d’un ethnologue des pays d’oc. Nous les rapportons comme des lectures de seconde main, parce que c’est ce qu’ils sont.

Un détail retenu par cette historienne mérite d’être cité, parce qu’il explique peut-être le nombre : les coutumes de Saint-Papoul, en 1255, consacrent un chapitre aux moulins que l’on peut faire sur ses terres. Elle en tire que le moulin n’était pas ici un privilège seigneurial. Nous n’avons pas lu ces coutumes, et nous n’énonçons donc aucune règle de droit au-delà de cette phrase.

DateFaitSource
1223premier moulin à vent mentionné, près de Fanjeauxtravaux d’historiens, acte non vu
29 octobre 1355douze moulins à Montgiscardchroniqueur anglais, source unique
30 octobre 1355vingt moulins incendiés à Avignonetmême source
1553dix-sept ou dix-huit moulins à vent à Castelnaudarydeux registres, cités par une historienne
1571le plus ancien moulin conservé du sud-ouest, à Mourvilles-Hautesnotice du ministère de la Culture
1807vingt moulins à vent à Castelnaudarystatistique départementale, citée
2026onze moulins à vent protégés dans les trois départementsnotre comptage dans l’export national
Les comptes de Castelnaudary ne portent ni sur les mêmes dates ni sur les mêmes catégories : ils ne se superposent pas.

Mille cinq cent soixante et onze, et ce que cela veut dire

Le plus ancien moulin à vent conservé du sud-ouest est, selon la notice que le ministère de la Culture lui consacre, celui de Mourvilles-Hautes, en Haute-Garonne. La notice indique une date portée de 1571, c’est-à-dire inscrite sur l’édifice, que nous n’avons pas vue.

Deux précisions s’imposent. D’abord, cette formule est celle de la notice, dans son champ historique, pas celle de l’arrêté. Ensuite, le plus ancien conservé n’est pas le premier : les actes de 1223 le rappellent. Trois siècles séparent la première mention écrite du plus vieux bâtiment debout.

Les protections de ce moulin sont étagées. La maison du meunier est inscrite par arrêté du 7 juin 1988, le moulin lui-même classé par arrêté du 17 janvier 1991, mécanisme subsistant compris. La notice précise que ces protections résultent de recherches ethnologiques menées dans le Lauragais, et que le mécanisme porte une date de 1682 sur un axe de bois, avec le nom d’un meunier.

Onze moulins protégés, et un chiffre qui circule sans origine

Nous avons interrogé nous-mêmes l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, qui compte 46 761 notices. En recherchant les notices dont le champ d’énergie utilisée mentionne l’éolien, nous en trouvons onze dans les trois départements : six en Haute-Garonne, quatre dans l’Aude, un dans le Tarn.

  • Mourvilles-Hautes, classé en 1991, daté de 1571.
  • Mascarville, dit En Carretou, inscrit le 27 janvier 1992, millésime 1648.
  • Montbrun-Lauragais, inscrit le 24 mai 1965, date de 1680 au-dessus du linteau.
  • Brignemont, dit le Moulin-Neuf, classé le 25 novembre 1991, construit en 1740.
  • Caragoudes, dit la Paillasse, inscrit le 11 avril 1950.
  • Dans l’Aude : Saint-Amans, Les Cassés, Montauriol et Laurabuc.
  • Les deux dernières ne sont pas des moulins isolés : un moulin compris dans la protection d’un château, à Espanès, et une notice du Tarn.

À Castelnaudary, en revanche, l’export ne rend aucun moulin, et le moulin le plus connu de la ville n’y a pas de notice à son nom. On lit souvent qu’il serait le dernier survivant de trente-deux moulins. Ce nombre circule sans origine, le siècle auquel on le rattache change d’une page à l’autre, et il ne coïncide avec aucun des comptes que nous avons lus : une trentaine de moulins à blé, à vent comme à eau, chez une historienne, dix-sept ou dix-huit moulins à vent en 1553, vingt en 1807.

Nous ne le reprenons donc pas. Ce n’est pas qu’il soit faux : c’est qu’il n’est rattaché à rien.

Vu d’en haut, le Lauragais est une houle de collines basses entre Toulouse et Castelnaudary, semée de fermes et de bosquets. Les moulins occupaient les hauts, là où le vent passe. Il en reste des tours tronquées, onze protégées, et un décompte de 1355 qui tient à la plume d’un seul homme.

Sources : Chronicon Galfridi le Baker de Swynebroke, édition critique d’Oxford, 1889, texte latin lu par nos soins pour les trois passages sur Montgiscard, Avignonet et la ville du retour ; chronique de Robert d’Avesbury, éditée par le même érudit en 1889 mais à Londres, dans la collection des Rolls Series, pages 434 à 438, pour la lettre du Prince de Galles à l’évêque de Winchester, lue en ancien français ; Marie-Claude Marandet, Les campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge, Presses universitaires de Perpignan, 2006, pour les mentions de 1223, 1245 et 1255, pour les coutumes de Saint-Papoul et pour les comptes de Castelnaudary, lecture de seconde main des actes ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, interrogé par nos soins le 30 octobre 2026, pour les onze moulins protégés et pour les dates de protection de Mourvilles-Hautes, Mascarville, Montbrun-Lauragais, Brignemont et Caragoudes. Les actes médiévaux, les coutumes de 1255, la statistique de 1807 et la date portée de 1571 n’ont pas été vus par nous.

Questions fréquentes

Qui compte ces moulins ?

Geoffroy le Baker, chroniqueur anglais, dans un récit de la chevauchée du Prince de Galles en Languedoc à l'automne 1355. Le texte latin, dans son édition de 1889, place douze moulins à vent près de Montgiscard le jeudi 29 octobre, qui brûlent avec la ville, et vingt moulins incendiés à Avignonet le vendredi 30 octobre, où toute l'armée loge. Une historienne qui a travaillé sur les campagnes du Lauragais le qualifie de probable participant à l'expédition.

Ce chiffre est-il confirmé ailleurs ?

Non, et c'est pourquoi nous écrivons selon un chroniqueur. La lettre que le Prince de Galles adresse lui-même à l'évêque de Winchester, conservée dans une autre chronique, confirme de façon indépendante que l'armée a pris Avignonet par force et que toutes ses batailles y furent logées. Mais elle ne parle d'aucun moulin. Les historiens modernes qui reprennent le chiffre lisent le chroniqueur : ils ne le recoupent pas.

Et les vingt et un moulins de Fanjeaux ?

C'est le point où il faut lire le latin de près. Le texte dit que vingt et un moulins à vent appartenaient à cette ville. Il ne dit pas qu'ils ont été détruits, contrairement aux passages sur Montgiscard et Avignonet, qui emploient des verbes explicites. Plusieurs reprises modernes écrivent pourtant que les vingt et un moulins ont brûlé. Nous ne les suivons pas sur ce point.

Quel est le plus ancien moulin à vent conservé ?

Selon la notice du ministère de la Culture, celui de Mourvilles-Hautes, en Haute-Garonne, construit en 1571 d'après une date portée sur l'édifice, et présenté comme le plus ancien du sud-ouest. Cette formule est celle de la notice, pas de l'arrêté. Le moulin est classé par arrêté du 17 janvier 1991, et la maison du meunier inscrite le 7 juin 1988. Il ne s'agit pas du premier moulin à vent du Lauragais : des actes en mentionnent dès 1223.

Combien de moulins à vent sont protégés aujourd'hui ?

Onze dans les trois départements, selon notre propre comptage dans l'export national des immeubles protégés : six en Haute-Garonne, quatre dans l'Aude, un dans le Tarn. Ce nombre repose sur le champ qui indique l'énergie utilisée, et il inclut des moulins situés hors du coeur du Lauragais. C'est un inventaire de protection, pas un recensement des moulins existants.
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