Le 15 avril 1875, un ballon redescend près de Ciron, dans l’Indre. Deux de ses trois occupants sont morts en altitude. Le troisième a survécu, et c’est à son récit que l’on doit presque tout ce que l’on sait.
Le Zénith était parti de Paris le matin même, à 11 h 32 selon ce survivant, Gaston Tissandier. Il a touché le sol vers seize heures, à environ deux cent cinquante kilomètres à vol d’oiseau de son point de départ, dans un choc que le survivant décrit comme d’une violence extrême. À l’arrivée, Sivel et Crocé-Spinelli étaient morts ; Crocé-Spinelli s’était pourtant réveillé un moment pendant la descente.
Un obélisque commémoratif existe à Ciron, rue de l’Église Saint-Georges. Il est inscrit au titre des monuments historiques par un arrêté du 4 avril 2017, cent quarante-deux ans après le drame. Nous ne savons pas s’il se trouve à l’endroit exact de l’atterrissage.
Le chiffre gravé sur la tombe est la borne haute d’une fourchette, pas une mesure.
Huit mille six cents mètres, ou un peu moins
Sur la tombe des deux aéronautes est gravé le chiffre de 8 600 mètres. Il est repris par d’autres sources, et pourtant le récit du survivant dit autre chose, de plus précis et de plus prudent.
Tissandier écrit une fourchette : entre 8 540 et 8 600 mètres. Cette estimation a été obtenue après coup, en analysant des tubes barométriques emportés dans la nacelle et passés sous la machine pneumatique d’un laboratoire parisien. Ce n’est donc pas une lecture faite en vol, c’est une reconstitution.
Le détail le plus parlant est ailleurs dans son récit : il a perdu connaissance au moment où il allait annoncer 8 000 mètres, et il situe la mort de ses compagnons pendant une seconde remontée, survenue après cette perte de conscience. Autrement dit, personne n’a vu l’altitude maximale.
Ce que nous n’écrivons pas : que le Zénith soit monté plus haut que tous ses prédécesseurs. Tissandier lui-même cite l’ascension de Glaisher en 1862 à 8 800 mètres, au-dessus de sa propre fourchette de 8 540 à 8 600 mètres, et nous n’avons comparé ni les méthodes de mesure ni les conventions employées.
| Élément | Ce qui est établi | Source |
|---|---|---|
| Date | 15 avril 1875 | récit du survivant, 1878 |
| Départ | 11 h 32 | même récit |
| Atterrissage | vers seize heures, près de Ciron | même récit |
| Distance de Paris, à vol d’oiseau | environ deux cent cinquante kilomètres | même récit |
| Altitude | entre 8 540 et 8 600 mètres, estimée après coup | même récit, source unique |
| Monument | inscrit par arrêté du 4 avril 2017 | export national, notice PA36000041 |
Pourquoi monter si haut
Ces ascensions n’étaient pas des exploits sportifs mais des expériences. On cherchait à savoir ce que devenait l’air en altitude, comment variaient la pression et la température, et ce que le corps humain pouvait supporter. Le ballon était alors le seul moyen d’aller voir.
Le danger était connu, et c’est ce qui rend l’épisode si frappant. Les trois hommes emportaient de l’oxygène, précisément parce qu’on savait l’air insuffisant là-haut. Tissandier cite pourtant, parmi les précédents, l’évanouissement soudain de Glaisher à 8 800 mètres en 1862.
Le récit du survivant est d’ailleurs un document clinique autant qu’un témoignage : il décrit sa propre défaillance de l’intérieur, la lecture des instruments qui continue alors que la volonté d’agir a disparu. C’est ce qui a fait la valeur scientifique de l’épisode, au prix que l’on sait.
Deux cent cinquante kilomètres de dérive
La distance entre Paris et Ciron, à vol d’oiseau, mérite qu’on s’y arrête. Un ballon libre ne se dirige pas : il suit le vent de la couche où il se trouve, et l’aéronaute ne choisit que son altitude. Deux cent cinquante kilomètres en quelques heures disent donc la force des vents rencontrés, pas une trajectoire voulue.
La fin du vol n’a pas pour autant été sans manœuvre : le survivant écrit avoir détaché l’ancre, puis saisi la corde de la soupape, le ballon se vidant avant de s’éventrer contre un arbre. Il situe l’atterrissage dans un champ voisin de la petite ville de Ciron.
Un dernier point de prudence sur la chronologie. Nous ne savons pas quand le monument a été élevé : trois années circulent pour sa construction, 1875, 1877 et 1881, et aucune n’est confirmée par une source que nous ayons pu lire. Nous donnons donc la date de sa protection, qui est établie, et pas celle de son érection, qui ne l’est pas. C’est frustrant, et c’est la seule attitude tenable.
Un récit, et une notice
Ce dossier repose sur deux sources de natures très différentes, et c’est ce qui lui donne sa solidité. La première est le récit publié en 1878 par le survivant : un témoin direct, mais un témoin unique, et qui raconte un épisode dont il a perdu une partie.
La seconde est la notice nationale des immeubles protégés, qui donne la formule exacte de l’inscription de 2017. Elle ne raconte rien, elle atteste une protection. Les deux ne disent pas la même chose, et c’est précisément pour cela qu’elles se complètent.
Nous n’avons pas pu lire l’arrêté de 2017 lui-même, seulement la notice qui le reprend, ni la presse scientifique de 1875. Le texte du récit que nous avons consulté provient d’une numérisation dont la reconnaissance de caractères comporte des coquilles.
- L’heure de départ est donnée à 11 h 32 par le témoin direct, et à 11 h 35 par des reprises postérieures.
- Ciron appartient au périmètre du parc naturel régional de la Brenne selon le répertoire officiel des collectivités.
- Nous ne donnons aucun nombre d’étangs pour la Brenne : aucun comptage signé et daté n’a été trouvé, et les valeurs qui circulent viennent toutes du même producteur.
Le survivant situe l’atterrissage dans un champ voisin de la petite ville de Ciron. L’obélisque, inscrit seulement en 2017, se trouve dans le bourg, rue de l’Église Saint-Georges, et nous ne savons pas à quelle distance du lieu de la chute.
Sources : récit publié en 1878 par le survivant de l’ascension, consulté dans une numérisation en accès libre, pour la date, l’heure de départ, l’atterrissage, la distance et la fourchette d’altitude ; export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA36000041, pour l’inscription du 4 avril 2017 ; répertoire officiel des collectivités pour le rattachement de Ciron au parc naturel régional. L’arrêté de 2017 n’a pas été lu directement, la presse scientifique de 1875 n’a pas pu être consultée, et la date d’érection du monument n’est pas établie.

