Sept cents hectares classés en 1993, quatorze mille à l’enquête publique en 2025 : les Hautes Chaumes du Forez

Les landes rases des Hautes Chaumes, dans les monts du Forez
Les Hautes Chaumes du Forez : une lande rase sur un dos de granite, au-dessus de la limite des arbres. Photo : Communauté de communes Ambert Livradois Forez, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

À notre connaissance, les sommets du Forez ne comptaient qu’un seul site classé avant 2025, d’environ sept cents hectares. Cette année-là, l’État a soumis à enquête publique un classement de 14 118 hectares.

Le site actuel, dit Haut-Forez Central, résulte d’un décret du 18 mars 1993 et porte sur les communes de Job et Valcivières. Le projet mis à l’enquête du 13 juin au 12 juillet 2025 couvre treize communes, six dans la Loire et sept dans le Puy-de-Dôme.

Le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable daté du 11 août 2025. Si le décret est pris, il abrogera celui de 1993 : ce n’est pas une contradiction entre deux textes, c’est une succession, le nouveau remplaçant l’ancien sur un périmètre bien plus vaste.

Sept cents hectares classés en 1993, quatorze mille en projet en 2025.

Ce que nous ne pouvons pas vous dire

Une limite doit être posée tout de suite, parce qu’elle porte sur le point le plus important. Nous ne savons pas si le décret a été pris depuis le mois d’août 2025.

Le service public de diffusion du droit nous a opposé une vérification destinée aux robots, et nous ne l’avons pas contournée. Tout ce que nous rapportons, l’enquête publique et l’avis favorable, reste exact quelle que soit la suite donnée. Mais l’état final du dossier nous échappe.

Le rapport de près de vingt pour un entre les deux périmètres est d’ailleurs notre calcul, pas une donnée publiée. Et la presse donne une surface légèrement différente du projet, d’environ 14 161 hectares, sans que nous ayons pu expliquer l’écart avec les 14 118,29 du rapport officiel.

ÉlémentCe qui est établiSource
Site classé actuelenviron 700 hectares, Job et Valcivièresdécret du 18 mars 1993
Projet14 118,29 hectares, treize communesrapport du commissaire enquêteur
Enquête publiquedu 13 juin au 12 juillet 2025même rapport
Avis du commissairefavorable, daté du 11 août 2025conclusions motivées
Effet prévuabrogation du décret de 1993même rapport
Décret de classementnon vérifié après août 2025accès au service de diffusion du droit refusé
Le rapport de près de vingt pour un entre les deux surfaces est notre calcul, et la presse donne 14 161 hectares sans que l’écart soit expliqué.

Classer un site, et ce que cela change

Un classement de site n’est pas une mise sous cloche. Il soumet à autorisation les travaux qui modifient l’état ou l’aspect des lieux, ce qui vise d’abord les constructions, les défrichements et les aménagements lourds. Les usages existants, pastoraux notamment, ne sont pas interdits par l’acte lui-même.

Le rapport du commissaire précise que, dans le dossier mis à l’enquête, les travaux d’exploitation courante des fonds ruraux et d’entretien normal du bâti ne demandent pas d’autorisation spécifique. Nous nous gardons toutefois d’énumérer les obligations précises que le classement créerait ici : nous n’avons pas lu le projet de décret, et chaque acte fixe son propre périmètre.

Reste l’enjeu principal, qui est d’échelle. Sept cents hectares protègent un morceau de crête. Quatorze mille couvrent un système entier, avec ses pentes, ses tourbières et ses bâtiments d’estive. Ce n’est pas la même chose que l’on protège.

Un commissaire enquêteur qui critique le dossier de l’État

Le rapport contient un passage qu’on ne s’attend pas à lire sous la plume d’un commissaire enquêteur favorable. Il juge le dossier présenté par l’administration très emphatique quand il s’agit de décrire le vide.

Il relève aussi une omission : le dossier ne décrit pas l’installation militaire de Pierre-sur-Haute. Nous ne décrivons pas cette installation nous-mêmes, faute de sources autres qu’une encyclopédie collaborative et des sites d’amateurs, mais le fait qu’un rapport officiel signale son absence du dossier mérite d’être noté.

Ce genre de réserve est précieux, parce qu’il donne la mesure de ce qu’un dossier de classement est : un plaidoyer administratif, qui insiste sur ce qui sert son objet et passe plus vite sur le reste. L’avis reste favorable, mais il n’est pas complaisant.

Un précédent qui éclaire le projet actuel : le décret de 1993 a été pris malgré l’absence de consentement de certains propriétaires. Un classement de site n’est pas un contrat, et il ne requiert pas l’accord de tous ceux qu’il concerne. Pour le projet de 2025, le rapport rappelle que la décision revient au Premier ministre, par un décret en Conseil d’État, après l’enquête publique.

Ce que ce massif ne fournit pas

Les jasseries, ces bâtiments d’estive où l’on montait fabriquer le fromage, font l’image des Hautes Chaumes. Elles sont pourtant l’exemple parfait de ce que ce dossier ne permet pas d’écrire.

Nous n’avons trouvé aucun recensement chiffré et daté, ni dans le rapport du commissaire enquêteur, qui fait cent dix pages, ni dans le document d’objectifs du site Natura 2000, qui en fait deux cent trois. L’export national des immeubles protégés, avec ses 46 761 notices, n’en contient aucune, et ne rend rien non plus pour la commune de Valcivières.

  • La consultation officielle des communes est datée de novembre 2023 dans le rapport du commissaire et de novembre 2024 dans ses conclusions.
  • En mars 1993, le rapport du commissaire parle d’une mesure d’inscription sur un ensemble plus vaste, quand la presse locale parle d’un périmètre plus large : nous ne tranchons pas.
  • L’altitude du point culminant est donnée à 1 631 ou 1 634 mètres ; notre propre mesure sur le modèle altimétrique national rend 1 633,89 mètres.

Vu d’en haut, les Hautes Chaumes sont exactement ce que le commissaire reproche au dossier de trop célébrer : un vide. Une lande rase d’estive posée sur une crête, entourée de versants boisés. C’est ce vide que l’État veut classer, et c’est bien pour cela qu’il est difficile à décrire sans emphase. Un paysage qui doit sa valeur à ce qu’il ne porte pas se prête mal à l’inventaire, et c’est peut-être la vraie raison pour laquelle il aura fallu trente-deux ans pour que le projet d’un périmètre élargi arrive à l’enquête publique.

Sources : décret du 18 mars 1993 portant classement du site dit Haut-Forez Central, dans sa version numérisée hébergée par une direction régionale de l’environnement ; rapport et conclusions motivées du commissaire enquêteur publiés par la préfecture du Puy-de-Dôme, lus par reconnaissance de caractères, pour les surfaces, les dates de l’enquête, l’avis favorable du 11 août 2025 et les réserves sur le dossier ; les chiffres du commissaire proviennent du dossier de l’administration, leur indépendance est donc partielle. Export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, 46 761 notices, pour l’absence de jasserie protégée. Modèle altimétrique de l’institut géographique national pour notre mesure d’altitude. Le service public de diffusion du droit n’a pas pu être consulté, et nous ne savons donc pas si un décret de classement est intervenu après le mois d’août 2025.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui était classé dans le Forez avant le projet de 2025 ?

À notre connaissance, un seul site, dit Haut-Forez Central, qui couvre environ sept cents hectares sur les communes de Job et Valcivières, par un décret du 18 mars 1993. C'est peu au regard de l'étendue des sommets, et c'est précisément ce que le projet de 2025 vise à changer.

Que prévoit le projet de 2025 ?

Le classement des Hautes Chaumes sur 14 118,29 hectares, répartis sur treize communes, six dans la Loire et sept dans le Puy-de-Dôme. L'enquête publique s'est tenue du 13 juin au 12 juillet 2025, et le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable daté du 11 août 2025. Si le décret est pris, il abrogera celui de 1993.

Le classement a-t-il été prononcé ?

Nous ne le savons pas, et nous préférons le dire. Le service public de diffusion du droit nous a opposé une vérification destinée aux robots, que nous n'avons pas contournée. Nous ne pouvons donc pas dire si un décret est intervenu depuis le mois d'août 2025. Ce que nous rapportons, l'enquête et l'avis favorable, reste vrai quelle que soit la suite.

Le rapport est-il vraiment de vingt pour un ?

C'est notre calcul, pas un chiffre publié : 14 118 divisé par environ 700 donne un peu moins de vingt. Nous le présentons comme un ordre de grandeur et non comme une donnée officielle, d'autant que la presse donne une surface légèrement différente, d'environ 14 161 hectares, sans que l'écart soit expliqué.

Combien reste-t-il de jasseries ?

Nous ne le savons pas. Les jasseries sont les bâtiments d'estive de ces sommets, et elles font l'image du massif. Mais nous n'avons trouvé aucun recensement chiffré et daté, ni dans le rapport du commissaire enquêteur, qui fait cent dix pages, ni dans le document d'objectifs du site Natura 2000, qui en fait deux cent trois. L'export national des monuments historiques n'en contient aucune non plus.
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