Quatre-vingts volcans alignés sur plus de 45 km, aux portes de Clermont-Ferrand, et un dossier de candidature renvoyé deux fois avant d’être accepté. La chaîne des Puys a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO le 2 juillet 2018, non comme un paysage, mais comme un haut lieu tectonique.
L’ensemble, aussi appelé monts Dôme, s’étire du nord au sud sur une bande de 3 à 5 km de large dans le nord du Massif central. Il fait partie des volcans d’Auvergne, eux-mêmes inclus dans le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne. Le mot puy vient de l’occitan puèi, variante auvergnate de puech, qui désigne une hauteur au sommet plus ou moins arrondi.
Une chaîne posée sur le bord d’un rift
La géographie explique l’inscription. La chaîne des Puys, qui culmine entre 1 000 et 1 465 m, repose sur le plateau des Dômes, un horst situé entre 700 et 1 000 m d’altitude. À l’est, ce plateau domine le graben de la plaine de Limagne, c’est-à-dire un rift continental. Les deux ensembles sont séparés par une faille normale, la faille de Limagne, dont l’escarpement présente une déclivité d’environ 30° et une dénivellation pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres.
Autrement dit, les volcans ne sont pas un accident local : ils sont la conséquence visible de l’ouverture d’un rift, et c’est à ce titre que le site a été retenu, associé à la faille de Limagne et à la montagne de la Serre. Le volcanisme s’est propagé tardivement vers le nord, avec la chaîne de la Sioule, les monts Dore, puis, au Pléistocène et à l’Holocène, la chaîne des Puys.
Les premières éruptions remontent à 95 000 ans, les plus récentes à 8 600 ans seulement.
Trois types de volcans dans un même paysage
La chaîne est une vitrine, parce que plusieurs types d’édifices y cohabitent sur quelques kilomètres.
- Le type strombolien, le plus fréquent : un cône formé par l’accumulation de scories, appelées pouzzolane dans la région, avec un cratère au sommet et des coulées de lave, les cheires, parfois très longues. Certaines ont barré le lit d’une rivière et formé des lacs, comme le lac d’Aydat.
- Le type péléen : l’extrusion progressive d’une lave très visqueuse qui s’accumule en dôme, sans cratère visible et pratiquement sans coulée. Le puy de Dôme en est l’exemple le plus connu, avec le Grand Sarcouy, le puy de Clierzou ou le petit Suchet.
- Les maars : des dépressions creusées par une éruption phréatomagmatique, souvent occupées aujourd’hui par un lac, comme le gour de Tazenat. Certains maars anciens ont été entièrement comblés par les sédiments, dont celui de Jaude, sous le centre de Clermont-Ferrand.
Cette diversité s’accompagne d’une particularité : la quasi-totalité des puys sont des édifices monogéniques, construits lors d’une seule phase d’activité éruptive. C’est ce qui explique leur taille modeste, de 100 à 300 m de hauteur absolue. Seul le puy de Dôme, à 1 465 m, domine nettement l’ensemble, en s’élevant à environ 600 m au-dessus du plateau.
| Repère | Donnée | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Nombre de volcans | environ 80 sur plus de 45 km | une bande de 3 à 5 km de large seulement |
| Premières éruptions | il y a environ 95 000 ans | le maar de Saint-Hippolyte ouvre la série |
| Éruptions les plus récentes | il y a 8 600 ans | une reprise d’activité est jugée possible |
| Point culminant | puy de Dôme, 1 465 m | 600 m au-dessus du plateau des Dômes |
| Chambre magmatique sous le Grand Sarcouy | 6 à 15 km3 | un magma trachytique resté en partie liquide |
| Inscription UNESCO | 2 juillet 2018 | après deux renvois, en 2014 et en 2016 |
Des forges romaines aux sismomètres
Il a fallu attendre 1751 pour que Jean-Étienne Guettard détermine la nature volcanique de ces reliefs. C’est tardif : des formations comparables situées dans des régions bien plus reculées du globe avaient été reconnues depuis longtemps. Jusque-là, les savants locaux voyaient dans ces taupinières les résidus de gigantesques forges romaines. Après contestation, Malesherbes attribua définitivement la paternité de la découverte à Guettard.
Les Romains, eux, avaient surtout vu une carrière. Au début de notre ère, ils tiraient des coulées de lave les pierres du temple de Mercure, au sommet du puy de Dôme. La pierre de Volvic a ensuite bâti d’innombrables édifices, dont la cathédrale de Clermont-Ferrand, chef-d’œuvre du genre. Sur l’ensemble de la chaîne, il y a eu au moins une centaine de carrières, une soixantaine encore en exploitation dans les années 1970, et il n’en subsiste plus que deux, celles du puy de Ténuzet et du puy de la Toupe.
La surveillance, elle, est récente et instrumentée. En 2023 et 2024, une centaine de sismomètres à large bande ont été installés temporairement pour sonder la structure profonde du Massif central, en complément du réseau permanent de l’infrastructure de recherche Epos-France. L’analyse a permis de détecter quelques séismes profonds de longue période, localisés près de la limite entre croûte et manteau, sous les volcans de la chaîne et sous la région du lac Pavin.
Sept ans de dossier
Le parcours administratif du site mérite d’être rappelé, parce qu’il dit la difficulté d’inscrire un paysage habité. La France inscrit le site sur sa liste indicative le 11 novembre 2011, dépose la candidature officielle en janvier 2013, puis voit le dossier renvoyé à deux reprises, en 2014 et en 2016. L’inscription est finalement prononcée le 2 juillet 2018 lors de la 42e session du Comité du patrimoine mondial, à Manama, au Bahreïn.
Les protections nationales étaient antérieures. La majeure partie de la chaîne est site classé depuis 2000 au titre de la loi de 1930, et le puy de Dôme et ses abords ont été labellisés Grand Site de France en 2008. Le GR 4, qui relie l’océan Atlantique à la mer Méditerranée, traverse l’ensemble.
Le tourisme y a aussi son histoire agitée. Le Centre européen du volcanisme Vulcania, initié dans les années 1990 et inauguré en 2002 par Valéry Giscard d’Estaing, alors président de la région Auvergne, a été critiqué pour son implantation au cœur même de la chaîne et pour son coût. Après une période difficile, marquée par une fréquentation en baisse et un plan social, un Nouveau Vulcania a été lancé en 2007.
Ce que la vue d’ensemble montre
C’est le cas rare d’un paysage qui ne se comprend qu’en altitude. Au sol, on voit des collines boisées. Vue d’avion, la chaîne apparaît pour ce qu’elle est : un chapelet de cônes réguliers, certains ouverts d’un cratère parfaitement circulaire, d’autres fermés en dôme, alignés sur une bande étroite orientée nord-sud.
La vue d’ensemble révèle aussi la faille. À l’est, la ligne de rupture entre le plateau des Dômes et la plaine de Limagne se lit comme un escarpement continu, et l’on comprend d’un coup pourquoi les volcans se sont installés là, et pas ailleurs. C’est précisément cette lisibilité qui a fondé le dossier d’inscription.
Les cratères les mieux conservés, montrent enfin ce que les carrières ont fait disparaître ailleurs : un cône intact, avec ses gradins de scories. Le contraste avec les puys entamés est saisissant, et il rappelle que ce paysage a longtemps été considéré comme un gisement avant d’être reconnu comme un patrimoine. À l’autre extrémité du Massif central, le cirque de Navacelles raconte l’histoire inverse : une forme creusée par l’eau, non par le feu.
À voir autour
- Le cirque de Navacelles : un méandre abandonné, à lire aussi d’en haut
- Le viaduc de Millau : le même Massif central franchi par l’ingénierie
- La dune du Pilat : un autre relief en mouvement, sur la côte atlantique
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice de la chaîne des Puys, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
