La rivière a quitté ce méandre il y a 6 000 ans : le cirque de Navacelles, entre Hérault et Gard

Le cirque de Navacelles vu d'en haut, avec le méandre abandonné de la Vis
Le cirque de Navacelles, entre Hérault et Gard. Photo : Dourbies-drone, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le cirque de Navacelles ressemble à un cratère, et ce n’en est pas un. C’est une boucle de rivière que l’eau a cessé d’emprunter il y a environ six mille ans, laissant derrière elle un amphithéâtre de calcaire au fond duquel s’est installé un hameau.

Le site se trouve dans la partie méridionale des Grands Causses, au sud du Massif central. La rivière, la Vis, coule dans des gorges profondes entre deux plateaux : le causse du Larzac au sud, dans l’Hérault, et le causse de Blandas au nord, dans le Gard.

Ce qu’est un méandre recoupé

Une rivière qui serpente use la rive extérieure de chaque boucle et dépose des matériaux à l’intérieur. Avec le temps, le col qui sépare l’entrée et la sortie de la boucle s’amincit, jusqu’à ce que l’eau le franchisse et prenne le raccourci. La boucle, elle, reste dessinée dans le paysage, mais à sec.

À Navacelles, le mécanisme a été accéléré par un phénomène particulier : l’accumulation de tufs, ces dépôts calcaires que forment les eaux chargées en carbonate, a progressivement exhaussé le lit de la Vis. Après le recoupement, intervenu il y a environ 6 000 ans, ces mêmes tufs se sont incisés sur une dizaine de mètres de profondeur en aval du hameau.

C’est une boucle de rivière que l’eau a cessé d’emprunter il y a environ six mille ans.

Le résultat est ce que l’on voit depuis les belvédères : une boucle parfaite, un piton central resté au milieu, une cascade au point de recoupement, et un fond de vallée cultivable, minuscule, isolé au milieu des causses.

Un hameau partagé entre deux départements

Le hameau de Navacelles est implanté à proximité immédiate du point de recoupement. Sa particularité administrative est rare : il est partagé entre deux communes et deux départements. En rive gauche de la Vis, les quartiers de Rochebelle et de la Paro sont dans le Gard ; les trois quartiers de la rive droite sont dans l’Hérault.

La population a beaucoup changé. En 1845, Navacelles comptait deux moulins à céréales, six truffeurs, un menuisier, un maréchal-ferrant, un cordonnier, deux tourneurs sur bois, deux chaufourniers, cinq écorceurs, un tondeur, un coiffeur, trois brodeuses sur bas et deux couturières. C’était une économie complète, tirée du causse et de la rivière.

Aujourd’hui, une vingtaine d’adultes y vivent à l’année, et un peu moins de la moitié d’entre eux tirerait ses revenus du tourisme. Les autochtones ont laissé leurs maisons à de nouveaux habitants.

RepèreValeurCe que ça change pour le visiteur
Recoupement du méandreil y a environ 6 000 ansle fond du cirque est un ancien lit de rivière, donc plat et cultivable
Départements concernésHérault et Garddeux accès distincts, par le sud ou par le nord, et deux belvédères
Habitants à l’annéeune vingtaine d’adultesles services sont rares, mieux vaut prévoir
Classement du site1943, périmètre fixé en 1983toute construction y est contrôlée, d’où l’aspect préservé
Label Grand Site de France19 décembre 2016flux de visiteurs organisé depuis les plateaux
Randonnée depuis le hameau10 km, environ 3 h 30l’aller longe la Vis jusqu’à la résurgence de la Foux
Un site minuscule au fond, immense vu d’en haut.

Une rivière qui disparaît et reparaît

La Vis n’est pas une rivière ordinaire. En amont du cirque, elle ressort du sous-sol à la résurgence de la Foux, après un parcours souterrain dans le calcaire du causse. C’est le régime classique des Grands Causses : l’eau s’infiltre en surface, circule dans la roche, et réapparaît là où une couche imperméable l’y oblige.

Son débit à Navacelles peut d’ailleurs différer sensiblement de celui mesuré à la résurgence, quelques kilomètres en amont : une partie de l’eau est déviée dans un canal qui alimente la centrale hydroélectrique de Madières, à douze kilomètres en aval. Le paysage que l’on photographie est donc aussi, pour partie, un paysage géré.

Le sentier de randonnée le plus emprunté part du hameau, longe la Vis jusqu’à la résurgence de la Foux, et revient par le plateau : dix kilomètres, environ trois heures et demie. C’est la seule manière de comprendre physiquement le dénivelé que la vue d’en haut aplatit.

Pour l’accès en voiture, la route départementale 130 relie le cirque à l’autoroute A75 par le causse du Larzac et le belvédère de la Baume Auriol, au sud. C’est l’itinéraire privilégié, avec les sorties du Caylar à 32 kilomètres et de Soubès à 31 kilomètres. Par le nord, on arrive par le causse de Blandas, dans le Gard.

Un paysage protégé depuis 1943

Le cirque de Navacelles est classé depuis 1943, et le périmètre actuel du site classé a été défini par décret du 8 décembre 1983. Le syndicat mixte du Grand Site de Navacelles, qui intègre le cirque, a rejoint le réseau des Grands Sites de France et obtenu le label le 19 décembre 2016.

Les gorges alentour sont elles aussi protégées. Le site Natura 2000 des gorges de la Vis et de la Virenque couvre 5 513 hectares entre 150 et 750 mètres d’altitude, réparti pour 56 % dans le Gard et 44 % dans l’Hérault. Une seconde zone, consacrée aux oiseaux, englobe une douzaine de communes.

Le nom du lieu est ancien : la forme la plus ancienne connue apparaît dans une charte du cartulaire de Gellone, au Xe siècle, sous la forme Novacella. Les moines de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert ont été très actifs à Navacelles pendant plusieurs siècles.

Ce que la vue d’ensemble explique

  • La boucle complète du méandre, encore parfaitement lisible, alors que l’eau n’y coule plus depuis six mille ans.
  • Le piton central, ce qui reste du terrain que la rivière contournait.
  • La cascade, au point exact où la Vis a franchi le col.
  • Les terrasses cultivées du fond, seul sol arable à des kilomètres à la ronde.
  • Le contraste avec le causse, plateau sec et nu, qui rend le fond de vallée d’autant plus visible.

C’est le type même de paysage que seule la vue d’ensemble explique : au sol, on descend une route en lacets et on arrive dans un village ; d’en haut, on lit d’un coup l’histoire géologique du lieu. La même chose vaut pour l’étang de Montady, dont le dessin en roue ne prend son sens que vu du ciel.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice du cirque de Navacelles, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un méandre recoupé ?

Une boucle de rivière que le cours d'eau a fini par abandonner en se frayant un passage plus direct. La boucle reste dessinée dans le relief, mais l'eau n'y passe plus.

Quand la Vis a-t-elle changé de cours ?

Il y a environ 6 000 ans. Le recoupement tient autant à une accumulation de tufs, qui a exhaussé le lit de la rivière, qu'au mécanisme classique d'abandon de méandre.

Le cirque est-il dans l'Hérault ou dans le Gard ?

Dans les deux. Le causse du Larzac, au sud, relève de la commune de Saint-Maurice-Navacelles dans l'Hérault ; le causse de Blandas, au nord, de la commune de Blandas dans le Gard. Le hameau lui-même est partagé entre les deux.

Combien de personnes y vivent ?

Environ vingt adultes à l'année, répartis en cinq quartiers, dont un peu moins de la moitié vivrait du tourisme.

Comment y accéder ?

Par le causse du Larzac au sud, avec le belvédère de la Baume Auriol, ou par le causse de Blandas au nord. Les villes proches sont Le Vigan à 20 km, Ganges à 32 km et Lodève à 35 km.
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