Onze hectares sur un verrou rocheux : la citadelle de Besançon a été commencée par les Espagnols

La citadelle de Besançon, dans la boucle du Doubs
La citadelle de Besançon (Doubs). Photo : Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

La citadelle de Besançon occupe onze hectares au sommet du mont Saint-Étienne, sur le seul point par lequel on peut entrer dans la boucle du Doubs sans traverser la rivière. Elle passe pour un chef-d’œuvre de Vauban, et elle l’est. Mais ce sont les Espagnols qui ont commencé le chantier.

L’importance du lieu n’a rien de récent. Jules César la signale dès 58 avant notre ère dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules : il indique qu’à cette époque, Vesontio possédait déjà une enceinte de murs. La géographie a fait le reste pendant vingt siècles.

Un chantier espagnol, achevé par la France

Besançon appartient alors à la Couronne d’Espagne, qui l’a obtenue en échange de la ville de Frankenthal. Vauban dessine un premier projet d’ouvrage militaire dès mars 1668, mais ce sont les Espagnols qui entreprennent la construction, pendant six années, sous la direction de Prosper-Ambroise de Precipiano, assisté de l’ingénieur flamand Cornelius Verboom.

La première pierre est posée le 29 septembre 1668. Deux fronts sortent de terre, le Front Royal et le Front de secours. Lors du siège de la ville, entre le 15 et le 22 mars 1674, un épisode militaire permettra à Vauban de concevoir à cet endroit le front Saint-Étienne, qui deviendra l’élément essentiel du dispositif.

Le traité de Nimègue, signé le 10 août 1678, rattache définitivement Besançon et sa région au royaume de France. Louis XIV décide alors de faire de la ville l’un des maillons essentiels de la défense de l’Est et confie à Vauban le soin de poursuivre l’ouvrage, chantier qui mobilise plusieurs centaines d’ouvriers.

La première pierre est posée le 29 septembre 1668.

Une architecture dictée par le rocher

Ce qui distingue Besançon des places fortes de plaine, c’est que rien n’y est théorique. Bastions, courtines, fossés et corps de garde sont adaptés au relief escarpé du site, et non l’inverse. Le tracé épouse la crête, les fronts se succèdent d’un bord à l’autre du plateau, et les fossés sont taillés dans la roche.

C’est cette adaptation au terrain qui fait la valeur démonstrative du lieu : on y voit un ingénieur composer avec une contrainte, là où Neuf-Brisach, trente ans plus tard, montrera le même homme libre de dessiner un octogone parfait sur un terrain plat.

RepèreValeurCe que ça change pour la visite
Surface11 hectarescompter une demi-journée pour en faire le tour
Première pierre29 septembre 1668sous domination espagnole, avant le rattachement
Rattachement à la France10 août 1678le traité de Nimègue change le statut du chantier
Fréquentation200 000 à 300 000 visiteurs par andeuxième monument payant de la région
Musées sur place3, labellisés musées de FranceRésistance et Déportation, Musée comtois, Muséum
Patrimoine mondial7 juillet 2008au sein des douze sites majeurs de Vauban
Une place forte devenue le premier équipement culturel de la ville.

Un puits de 132 mètres dans la roche

Une place forte sur un rocher a un problème : l’eau. Au XVIIe siècle, les besoins étaient couverts par des canalisations, mais un assiégeant pouvait les détruire dès les premières heures. En 1681, Vauban fait donc creuser un grand puits dont la profondeur est traditionnellement estimée à 132 mètres, pour assurer l’autonomie de la garnison.

Le reste du dispositif obéit à la même logique de redondance. Une demi-lune, ouvrage défensif de forme angulaire placé devant la courtine, est construite entre 1675 et 1683 pour protéger une porte d’entrée : l’assaillant qui la franchit se retrouve exposé au feu du front bastionné qu’elle précède.

La chapelle Saint-Étienne, au cœur de l’ouvrage, rappelle qu’une citadelle de cette taille était une petite ville close, avec sa garnison, ses réserves, son eau et son lieu de culte, capable de tenir sans rien attendre de la cité qu’elle dominait.

Garnison, prison, lieu d’exécution

L’usage de la citadelle suit l’histoire du pays. Au XVIIIe siècle, elle sert de garnison et de dépôt d’armes. Au XIXe, elle devient prison militaire. Dès juin 1940, elle est occupée par les Allemands.

Du 28 avril 1941 au 18 août 1944, cent résistants condamnés à mort y sont fusillés, entre le puits et la chapelle : quatre-vingt-quatre Français, trois Italiens, un Polonais, trois Suisses, cinq Néerlandais, deux Luxembourgeois et deux Espagnols. Un mémorial leur rend aujourd’hui hommage.

Parmi les seize fusillés du dimanche 26 septembre 1943 figure Henri Fertet, qui n’avait pas encore dix-sept ans. Sa lettre d’adieu à ses parents, écrite avant l’exécution, est devenue l’un des textes les plus connus de la Résistance française.

Le téléphérique qui n’a jamais existé

La citadelle est aujourd’hui le symbole de la ville et le deuxième monument payant de Bourgogne-Franche-Comté par la fréquentation, derrière les hospices de Beaune, avec 200 000 à 300 000 visiteurs par an. Y accéder reste pourtant une affaire de dénivelé.

En 1993, le conseil municipal décide donc la construction d’un téléphérique, avec une gare basse et des parkings dans la zone des Prés-de-Vaux, pour un coût estimé à 27 millions de francs. En 1996, la commission supérieure des monuments historiques rejette le projet et préconise d’étudier des solutions alternatives, dont un funiculaire souterrain partant de Rivotte.

Un petit train touristique assure aujourd’hui la liaison depuis le centre-ville, après une interruption de près de cinq ans et une reprise en avril 2014.

Le projet est abandonné. C’est un cas d’école de la tension entre accessibilité touristique et protection d’un site inscrit, que connaissent aussi le Mont-Saint-Michel ou les calanques.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la logique saute aux yeux : le Doubs dessine une boucle presque fermée autour du centre historique, et la citadelle bouche le seul passage terrestre. La ville est une presqu’île, la citadelle en est le bouchon.

On comprend alors pourquoi cette position a servi sans interruption depuis l’Antiquité, et pourquoi Vauban n’a pas eu besoin d’inventer un tracé : il lui suffisait de fortifier le point que la rivière avait déjà désigné.

L’édifice est classé au titre des monuments historiques par des arrêtés de 1942, 1944 et 2025, et figure depuis le 7 juillet 2008 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, parmi les douze fortifications représentatives du génie de Vauban.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice de la citadelle de Besançon, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

La citadelle est-elle entièrement de Vauban ?

Non. Les Espagnols, qui possédaient Besançon, ont entrepris la construction pendant six ans sous la direction de Prosper-Ambroise de Precipiano, assisté de l'ingénieur flamand Cornelius Verboom. Vauban avait dessiné un premier projet dès mars 1668, et c'est lui qui achève et remanie l'ensemble après 1678.

Pourquoi ce site précis ?

Parce qu'il verrouille la boucle du Doubs. L'importance stratégique du lieu est signalée dès 58 av. J.-C. par Jules César, qui mentionne l'existence d'une enceinte de murs à Vesontio.

À quoi a-t-elle servi ?

De garnison et de dépôt d'armes au XVIIIe siècle, de prison militaire au XIXe, puis de lieu d'exécution de résistants pendant l'Occupation.

Que s'y est-il passé pendant la guerre ?

Du 28 avril 1941 au 18 août 1944, cent résistants condamnés à mort y ont été fusillés entre le puits et la chapelle, dont Henri Fertet, qui n'avait pas dix-sept ans. Un mémorial leur rend hommage.

Que peut-on y voir aujourd'hui ?

Trois musées labellisés musées de France : le musée de la Résistance et de la Déportation, le Musée comtois et le Muséum, avec jardin zoologique, aquarium, insectarium, noctarium et naturalium.
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