Le sommet de la colline de Bourlémont n’appartient ni à la commune ni au diocèse : il est privé depuis 1799, et c’est une société civile d’une vingtaine de propriétaires ronchampois qui a payé la chapelle, avec les dommages de guerre et des emprunts. Et son architecte se déclarait athée.
La chapelle Notre-Dame du Haut est construite de 1953 à 1955 sur la colline de Bourlémont, à Ronchamp, en Haute-Saône. C’est une œuvre de Le Corbusier, élevée à l’emplacement d’un ancien sanctuaire et d’une chapelle détruite pendant la guerre.
Ce que les combats de 1944 ont laissé sur la colline
Le sommet de Bourlémont porte des constructions depuis longtemps. Un camp ou un sanctuaire gallo-romain a pu s’y trouver, mais rien ne l’atteste. Le premier édifice chrétien y est mentionné en 1092 ; une chapelle et le pèlerinage du 8 septembre, pour la nativité de la Vierge, sont attestés au XIIIe siècle.
En 1913, un violent orage éclate au-dessus de Ronchamp. La chapelle est foudroyée et un incendie la détruit. Une chapelle néogothique est rebâtie et les travaux s’achèvent dans les années 1930. Mais les troupes allemandes font du sommet un observatoire et du clocher un poste radio : le bâtiment est bombardé pendant les combats de la Libération et, le 30 septembre 1944, il est très endommagé sans être entièrement détruit. Il sera démoli en septembre 1953, au lendemain d’un dernier pèlerinage.
Ce sont les propriétaires du site qui décident de reconstruire. Sous l’impulsion de la commission diocésaine d’art sacré de Besançon, et après avoir écarté plusieurs projets, ils font appel en 1950, par l’entremise de Maurice Jardot, à un architecte qui n’avait jamais bâti d’église.
| Étape | Date | Ce qui se joue |
|---|---|---|
| incendie de la chapelle par la foudre | 30 août 1913 | le clocher de zinc est frappé |
| bombardements des combats de la Libération | 1944 | la chapelle est très endommagée, pas détruite |
| première pierre | 4 avril 1954 | bénie par le vicaire capitulaire de Besançon, le chantier ayant débuté en 1953 |
| consécration | 25 juin 1955 | par l’archevêque de Besançon |
| inscription puis classement | 1965 puis 1967 | au titre des monuments historiques |
| campanile de Jean Prouvé | 1975 | trois cloches sur un portique d’acier |
| inscription au patrimoine mondial | 17 juillet 2016 | après un renvoi en 2009 et un report en 2011 |
Un architecte athée et quatre horizons
Le Corbusier a dépassé la soixantaine quand il accepte. Les premiers contacts avec les religieux sont rugueux : protestant d’origine, il disait avoir des ancêtres cathares et se déclarait athée, et il n’avait jamais construit de bâtiment cultuel, même s’il avait travaillé en 1929 sur les plans d’une église en Seine-Saint-Denis.
Ce qui le décide n’est pas la commande mais le lieu. Il a expliqué n’avoir rien fait de religieux, mais n’avoir pu hésiter une fois placé devant les quatre horizons de la colline.
La première pierre est posée le 4 avril 1954, et la chapelle est consacrée le 25 juin 1955. En remettant les clés, l’architecte déclare avoir voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix et de joie intérieure.
La société civile des propriétaires a mis une vingtaine d’années à solder la facture de la chapelle.
Payée par une vingtaine de propriétaires, et pas en un an
Le détail le moins architectural de cette histoire est juridique. Le sommet de la colline est privé depuis 1799, quand des familles de Ronchamp ont racheté la chapelle vendue comme bien national. Leurs descendants, une vingtaine, se sont constitués en société civile immobilière le 26 septembre 1949 pour percevoir les dommages de guerre prévus par la loi du 28 octobre 1946 et contracter les emprunts nécessaires. La société a fini de payer la chapelle une vingtaine d’années plus tard, et s’est alors transformée en association.
Le projet n’a pourtant rien d’un consensus local. Les paroissiens de Ronchamp et des environs y ont été largement hostiles, certains jugeant que l’édifice ressemblait moins à une église qu’à un blockhaus, et cette hostilité a compliqué la collecte des fonds menée par le trésorier de la société.
L’inscription au patrimoine mondial n’a pas fait décoller la fréquentation. L’association tablait sur une moyenne de 90 000 visiteurs par an après 2016 ; le dossier de presse du site annonce 65 487 visiteurs par an avant le Covid, et près de 53 000 en 2024, venus de 86 pays.
Ce que la protection a suivi, et dans quel ordre
La reconnaissance patrimoniale a été progressive et elle a commencé par le terrain. Le 11 mars 1960, après un premier refus en 1955, la colline est protégée au titre de la loi du 2 mai 1930 sur les sites, soit cinq ans après la consécration. Le Corbusier l’avait demandé dès le début du chantier, pour éviter que des commerces ne s’installent au sommet.
La chapelle elle-même, ainsi que les bâtiments annexes, sont inscrits au titre des monuments historiques le 5 octobre 1965, et la chapelle est classée le 8 novembre 1967. Le 11 juin 2004, le classement est étendu aux annexes, la maison du gardien, l’abri du pèlerin, les tables de béton, la cave, la pyramide et le campanile de Jean Prouvé.
Le site porte en outre le label Patrimoine du XXe siècle, obtenu en 1999 : il fut le premier de Franche-Comté à le recevoir.
Prouvé, puis Piano, et une polémique
Le site n’a pas cessé d’évoluer. En 1975, Jean Prouvé réalise un campanile sous la forme d’un portique d’acier portant trois cloches : les deux plus grosses proviennent de l’ancienne chapelle, la plus petite a été fondue à Annecy.
En 2011, une nouvelle porterie et le monastère Sainte-Claire dessinés par Renzo Piano accueillent une communauté de sœurs clarisses venue de Besançon, avec un aménagement paysager signé Michel Corajoud. Construits entre 2009 et 2011, ils sont inaugurés le 8 septembre.
Ces projets ont suscité une vive polémique en 2008. Les opposants reprochaient la proximité des nouvelles constructions avec la chapelle et un abattage d’arbres jugé trop systématique ; les défenseurs mettaient en avant la nécessité d’une présence humaine sur le site toute l’année. L’architecte et le paysagiste ont partiellement modifié leurs projets.
Un vitrail détruit pour un tronc vide : en janvier 2014, un vitrail d’origine est brisé lors d’une effraction visant l’argent d’un tronc de quête, alors vide. C’était le seul vitrail signé parmi tous ceux peints par Le Corbusier. L’appel aux dons lancé le 29 mai suivant sur Ulule, qui visait les 7 500 euros de la réparation en soixante-dix jours, a dépassé son objectif.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, on comprend ce que Le Corbusier appelait les quatre horizons. La chapelle occupe le sommet d’une colline boisée de 474 mètres qui surplombe Ronchamp, et le regard porte au loin par des percées ouvertes dans la couronne d’arbres, dont l’entretien avait été réglé par l’architecte lui-même.
La vue montre aussi la raison des polémiques de 2008. Les constructions de Renzo Piano sont en contrebas, à faible distance, et la question posée par les experts du patrimoine mondial portait précisément sur cette proximité et sur l’intégrité du site.
Elle rappelle enfin que l’édifice est petit. Ce qui a fait sa réputation n’est pas sa taille mais sa forme, et notamment sa couverture, dont le profil courbe a été comparé à une coque de bateau comme à une aile.
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Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : dossier de presse 2025 de la colline Notre-Dame du Haut et site officiel de la chapelle ; diocèse de Besançon pour le rachat de la colline en 1799 et la société civile des propriétaires ; base POP du ministère de la Culture pour les protections de 1965, 1967 et 2004 ; fiche Docomomo France pour la chronologie du chantier ; UNESCO, document WHC/16/40.COM/8B et décision 40 COM 8B.31 du 17 juillet 2016 ; POP, dossier IA70000151, pour les houillères de Ronchamp.

