« les ultimes et discrètes traces des violents combats » : l’Inrap a sondé à côté de la batterie de Merville

Une casemate de la batterie de Merville sous son talus de terre, dans le Calvados
Une casemate de la batterie de Merville, dans le Calvados, sous son talus de terre. L'arrêté du 25 octobre 2001 classe quatre casemates et un poste de commandement. Photo : jean-micheldromard, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Vincent Carpentier et Benoît Labbey sont archéologues à l’Inrap. En février 2018, ils ont sondé 1,3 hectare contre la batterie de Merville, dans le Calvados.

Leur notice a été mise en ligne en juin 2021 par le ministère de la Culture. Elle paraît dans ADLFI, Archéologie de la France Informations, revue Gallia.

Le diagnostic n’a pas porté sur la batterie classée elle-même. Il a sondé la parcelle contiguë, à l’est du site.

Ils y décrivent « les ultimes et discrètes traces des violents combats » menés sur cette position. Un poste défensif enterré, des barbelés allemands et d’imposants cratères y ont été relevés.

Au terme du conflit, le site a fait l’objet d’un nivellement général. Il n’a pas connu d’autre aménagement depuis, écrit la même notice.

Un site classé, et la bataille encore lisible dans la parcelle d’à côté.

Ce que l’arrêté du 25 octobre 2001 protège à Merville

La batterie de Merville est classée au titre des monuments historiques depuis cette date. Sa notice officielle déclare reprendre intégralement les termes de l’arrêté.

Nous avons lu cette notice et non l’arrêté lui-même. Elle protège quatre grosses casemates et un poste de commandement.

Les casemates 1 et 2 ont été édifiées du début 1941 à août 1942. Les casemates 3 et 4 datent de mai 1944.

Le texte décrit aussi deux ailes en béton et des soutes à munitions. Il mentionne un poste de commandement souterrain avec périscope et de multiples tranchées bétonnées.

La position appartient à un établissement public de l’État. Elle est propriété du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.

Deux ouvrages allemands classés seulement dans le Calvados

Nous avons compté dans l’export national des immeubles protégés. Ce fichier du ministère de la Culture porte 46 761 notices.

Le Calvados en compte 978. Deux seulement y portent un classement pour un ouvrage allemand de la Seconde Guerre mondiale.

Ce sont la batterie de Merville et celle de Longues-sur-Mer. Les deux arrêtés datent du même jour, le 25 octobre 2001.

Les autres ouvrages allemands protégés du département sont inscrits, ce qui est une protection moins forte. Notre décompte en relève quatre. La batterie d’Asnelles et l’ancien poste de direction de tir de Riva-Bella. Les stations radar de Douvres-la-Délivrande et d’Arromanches.

Nous avons mesuré 2,16 kilomètres entre la batterie et l’ancienne redoute de la plage. Sa notice la situe pour sa part à 2 kilomètres de la mer. Cette distance au rivage, nous ne l’avons pas mesurée.

Les deux ouvrages classés du Calvados sont distants de 36,95 kilomètres. Ce chiffre est notre calcul, sur les coordonnées de l’export lui-même.

Vingt-six notices de l’export nomment le Mur de l’Atlantique dans leur texte. Cinq seulement portent un classement, et ce décompte est le nôtre.

Ce chiffre ne mesure pas les ouvrages protégés du dispositif. Une casemate protégée dont la notice ne nomme pas le Mur échappe au filtre.

Les chiffres de l’assaut de Merville ne concordent pas

Le musée de la batterie de Merville est géré par une association franco-britannique. Il annonce 750 hommes prévus pour l’assaut.

ParaData, publié par l’Airborne Assault Museum, en annonce 650. Les deux s’accordent sur environ 150 hommes rassemblés au moment de la décision.

Un homme sur cinq seulement s’est présenté, écrit le musée. Cette proportion vaut pour un total de 750, pas pour 650.

L’heure de l’assaut varie à l’intérieur du même producteur. Son livret pédagogique répond 4 h 30. Sa page sur l’attaque date le départ de la colonne de 2 h 50.

La nuit de l’assaut diffère aussi entre deux notices du ministère de la Culture. La notice de protection écrit la nuit du 5 au 6 juin 1944. Celle de l’Inrap écrit la nuit du 6 juin.

Le calibre attendu n’est pas le même selon la source. Le musée écrit que ce type de casemate abritait en général des canons de 155 millimètres. ParaData écrit que le renseignement annonçait du 150.

Les assaillants ont trouvé des obusiers de 100 millimètres. Nous n’avons trouvé aucune épaisseur de béton dans les sources lues, et nous n’en publions donc aucune.

Sources : Vincent Carpentier et Benoît Labbey, Inrap, notice ADLFI, Archéologie de la France Informations, revue Gallia, ministère de la Culture, mise en ligne le 4 juin 2021, opération 164077, pour le diagnostic de février 2018 sur 1,3 hectare, la citation des ultimes et discrètes traces, le poste défensif enterré, les barbelés, les cratères et le nivellement général ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA14000026, pour le classement du 25 octobre 2001, les quatre casemates, les dates de 1941, 1942 et 1944, le poste de commandement souterrain et la propriété du Conservatoire du littoral, et pour nos décomptes par département, par dénomination et par date de protection ; notice PA00132892 pour le classement de Longues-sur-Mer le même jour ; musée de la batterie de Merville, association franco-britannique gestionnaire du site, pages La Batterie et L’attaque de la batterie et livret pédagogique, pour les 750 hommes prévus, l’homme sur cinq, les heures de 2 h 50 et de 4 h 30 et les canons de 155 millimètres que ce type de casemate abritait en général ; ParaData, Airborne Assault Museum, article Merville Battery, pour les 650 hommes et les 150 millimètres annoncés par le renseignement. Ne sont pas établis : l’épaisseur du béton des casemates, absente de toutes nos sources institutionnelles ; l’heure exacte du signal d’assaut ; la nuit de l’assaut, deux notices du même ministère la datant différemment ; et la date de libération de la commune, donnée au 17 août, au 18 août et aux 17 et 18 août selon les pages. Le dossier d’inventaire régional n’a pas été lu, son hébergeur présentant un certificat que nous n’avons pas contourné.

Questions fréquentes

Que protège le classement de la batterie de Merville ?

Quatre grosses casemates et un poste de commandement, selon la notice officielle, qui déclare reprendre intégralement les termes de l'arrêté du 25 octobre 2001. Le texte décrit aussi deux ailes en béton, des soutes à munitions, des abris, un poste de commandement souterrain avec périscope et de multiples tranchées bétonnées. Nous avons lu cette notice et non l'arrêté lui-même.

Combien d'ouvrages allemands sont classés dans le Calvados ?

Deux, d'après notre décompte dans l'export national des immeubles protégés, un fichier du ministère de la Culture qui porte 46 761 notices. Ce sont la batterie de Merville et celle de Longues-sur-Mer, classées le même jour. Quatre autres ouvrages allemands du département sont inscrits, ce qui est une protection moins forte : la batterie d'Asnelles, l'ancien poste de direction de tir de Riva-Bella à Ouistreham et les stations radar de Douvres-la-Délivrande et d'Arromanches-les-Bains.

Combien d'hommes ont participé à l'assaut du 6 juin 1944 ?

Les sources ne s'accordent pas sur l'effectif prévu. Le musée de la batterie annonce 750 hommes, ParaData, publié par l'Airborne Assault Museum, en annonce 650. Les deux s'accordent en revanche sur environ 150 hommes rassemblés au moment de la décision. Nous rapportons ces valeurs sans les lisser.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut