Dans la Somme, 2 des 61 ouvrages bétonnés relevés portent un nom, et 21 sont en ruine

Un blockhaus basculé sur le cordon de galets du Hourdel, couché sur le flanc, avec des promeneurs autour
Un blockhaus basculé sur l'estran, au Hourdel, à Cayeux-sur-Mer. Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Deux ouvrages sur les 61 relevés dans la Somme portent un nom. Les 59 autres ne sont qu’un point et, pour un tiers d’entre eux, une ruine.

Le département compte 61 ouvrages militaires bétonnés relevés, répartis sur 19 communes.

Un relevé presque entièrement anonyme

Trois pour cent des ouvrages de la Somme portent un nom. Deux sur 61. C’est le contraire exact de ce que montrent les départements de l’Est, où la fortification se lit comme un catalogue, avec ses modèles et ses numéros de bloc.

La différence ne tient pas au terrain mais à ce que les contributeurs ont pu savoir. Nommer un ouvrage suppose de l’avoir rattaché à une batterie, à un point d’appui, à un programme de construction. Le signaler suppose seulement de l’avoir vu.

Ici, on l’a vu. Vingt ouvrages sur 61 portent l’étiquette historique, soit un tiers, et vingt et un sont déclarés en ruine ou abandonnés. Le relevé picard enregistre donc des états bien plus souvent que des identités.

DonnéeNombrePart du département
ouvrages relevés61100 %
portant un nom23 %
communes concernées19sur l’ensemble du département
signalés comme historiques2033 %
déclarés en ruine ou abandonnés2134 %
reliés à un article encyclopédique00 %
signalés comme ouverts à la visite35 %
Le relevé départemental, calculé ouvrage par ouvrage.

Un ouvrage sur trois déclaré en ruine

Vingt et un ouvrages sur 61 sont signalés en ruine ou abandonnés, soit 34 %. C’est une proportion que peu de départements littoraux atteignent : le Finistère est à 8 %, le Morbihan à 2 %, la Charente-Maritime à 4 %.

La côte picarde n’est pas une côte de granit. Entre Mers-les-Bains et la baie d’Authie, elle alterne falaises de craie et cordons de galets, et les deux reculent. Le béton posé au bord de l’eau dans les années 1940 ne se trouve plus là où il a été coulé.

Trois ouvrages seulement sont signalés comme ouverts à la visite, et aucun n’est relié à un article encyclopédique.

CommuneOuvrages relevésPart du département
Cayeux-sur-Mer1118 %
Fort-Mahon-Plage1016 %
Oust-Marest813 %
Mers-les-Bains58 %
Le Meillard47 %
Woignarue35 %
Le Crotoy35 %
Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly35 %
Quend23 %
Saint-Valery-sur-Somme23 %
Les communes qui comptent le plus d’ouvrages relevés.

La côte, de Mers-les-Bains à Fort-Mahon

Cayeux-sur-Mer porte 11 ouvrages, Fort-Mahon-Plage 10, Oust-Marest 8, Mers-les-Bains 5, Woignarue 3 et Le Crotoy 3. Le relevé épouse la bande côtière, de la limite de la Seine-Maritime au sud jusqu’à la baie d’Authie au nord.

La baie de Somme elle-même, large ouverture entre Le Crotoy et Saint-Valery, apparaît peu. Ce sont ses deux rives qui portent le béton, pas son fond, et c’est logique : on défend les points où l’on peut débarquer, pas un estran de sable découvert à chaque marée.

Quatre ouvrages sont relevés au Meillard, à plus de trente kilomètres de la mer. Ils rappellent qu’une défense côtière a toujours un arrière-pays, et que le relevé en garde quelques traces isolées.

Quelle sorte d’ouvrages

Au-delà de la position, une étiquette renseigne le type de l’ouvrage. Elle n’est remplie que pour 7 des 61 ouvrages du département, soit 11 %. C’est peu, mais cela suffit à montrer ce que recouvre le mot blockhaus, qui désigne dans l’usage courant des constructions très différentes.

Type d’ouvrageNombrePart des types renseignés
poste de commandement343 %
observatoire114 %
type non précisé114 %
emplacement de pièce d’artillerie114 %
nid de mitrailleuse114 %
Les types les plus fréquents parmi les 7 ouvrages dont le type est renseigné.

Ces catégories ne se valent pas. Un dépôt de munitions, un abri pour le personnel et un emplacement de pièce d’artillerie n’ont ni la même taille, ni la même fonction, ni la même visibilité sur le terrain. Les compter ensemble sous un seul mot fait perdre l’essentiel de ce que le relevé contient.

Dix-neuf communes sur 771

La Somme compte 771 communes, l’un des découpages les plus fins de France. Dix-neuf d’entre elles portent un ouvrage relevé, soit 2 %.

Le chiffre dit moins une rareté qu’une géographie. La Somme est un département de plaine agricole bordé d’un ruban côtier de quarante kilomètres, et tout le béton relevé tient sur ce ruban.

Comparée aux 771 communes du département, cette poignée de dix-neuf paraît dérisoire. Rapportée aux seules communes littorales, elle couvre au contraire presque toute la côte : de Mers-les-Bains à Fort-Mahon-Plage, peu de communes de bord de mer manquent à l’appel.

C’est la lecture qu’il faut garder de ce relevé. Il ne mesure pas la densité d’un département, il montre où le béton a été posé, et dans la Somme la réponse tient en un mot : au bord de l’eau.

Comment ces chiffres sont obtenus

Chaque ouvrage est compté individuellement, à partir du relevé collaboratif OpenStreetMap, sous licence ODbL. Ce n’est pas un inventaire officiel : il enregistre ce que des contributeurs ont relevé sur le terrain, et sa finesse varie fortement d’un département à l’autre. Un département peu couvert paraîtra donc moins fortifié qu’il ne l’est.

Les communes sont obtenues en plaçant chaque point dans le polygone communal publié par l’API du découpage administratif. Avant d’appliquer ce calcul aux trois départements du jour, il a été rejoué sur le Nord, dont la page est déjà en ligne : il redonne exactement les 417 ouvrages publiés, ce qui permet de comparer ces chiffres aux précédents.

Deux séries de données présentes sur les pages précédentes manquent ici : le rattachement de chaque ouvrage à un système fortifié, ligne Maginot ou mur de l’Atlantique, et la desserte par un chemin ou une route à moins de cinquante mètres. Les fichiers qui les portaient ne sont plus disponibles, et ces colonnes ont été retirées plutôt que reprises d’un état antérieur, qui ne correspondrait plus aux totaux publiés ici.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, le relevé picard dessine un trait, pas une surface. Il suit la côte sur une quarantaine de kilomètres, du Tréport jusqu’à la limite du Pas-de-Calais, avec deux renflements à Cayeux-sur-Mer et à Fort-Mahon-Plage.

La baie de Somme interrompt ce trait. Ses rives portent quelques points, son centre aucun : l’estran ne se fortifie pas.

Et derrière, presque rien. Le plateau picard, ses villages et ses champs n’apparaissent pas dans ce relevé, à l’exception du Meillard et de ses quatre ouvrages.

Pour aller plus loin : Le portail Blockhaus et la page Quels blockhaus se visitent.

Sources : relevé collaboratif OpenStreetMap sous licence ODbL, extrait et agrégé ouvrage par ouvrage ; API du découpage administratif pour les contours communaux ; comptage réalisé pour tete-en-ciel.com le 18 octobre 2026.

Questions fréquentes

Combien d'ouvrages dans la Somme ?

61 ouvrages militaires bétonnés relevés, répartis sur 19 communes. Le département en compte 771, ce qui veut dire que le relevé n'en touche que 2 %.

Pourquoi si peu de noms ?

Deux ouvrages sur 61 portent un nom, soit 3 %. Le relevé enregistre une position, parfois un état, presque jamais une identité. Nommer un ouvrage suppose de savoir à quelle batterie ou à quel point d'appui il appartenait, et cette information n'a pas été saisie ici.

Quelles communes en comptent le plus ?

Cayeux-sur-Mer avec 11 ouvrages, Fort-Mahon-Plage avec 10, Oust-Marest avec 8 et Mers-les-Bains avec 5. À elles quatre, ces communes réunissent plus de la moitié du relevé départemental.

Qu'est-ce qui distingue ce département ?

L'état déclaré. Vingt et un ouvrages sur 61 sont signalés en ruine ou abandonnés, soit 34 %. Sur la côte picarde, le béton bouge avec le sable et les falaises reculent : ce qui a été bâti au bord de l'eau ne reste pas en place.

Y a-t-il des ouvrages à l'intérieur des terres ?

Quelques-uns. Le Meillard en compte 4, loin de la côte. Mais l'essentiel du relevé tient la bande littorale, de Mers-les-Bains et Oust-Marest au sud jusqu'à Fort-Mahon-Plage au nord.

Ces chiffres sont-ils officiels ?

Non. Ils proviennent du relevé collaboratif OpenStreetMap, sous licence ODbL, agrégé ouvrage par ouvrage, et non d'un inventaire du ministère.
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