Soixante-quinze des 79 ouvrages bétonnés relevés en Seine-et-Marne tiennent sur deux communes voisines, Courtry et Chelles. Le reste du département en compte quatre.
Le département compte 79 ouvrages militaires bétonnés relevés, répartis sur 6 communes.
Six communes sur cinq cent sept
La Seine-et-Marne est le plus vaste département d’Île-de-France. Six de ses 507 communes portent un ouvrage relevé, soit un peu plus de 1 %. C’est la plus petite emprise communale de cette rubrique.
Et sur ces six, deux font presque tout. Courtry compte 52 ouvrages, Chelles 23. Fontainebleau, Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux, Pontault-Combault et Servon en portent un chacune.
Un relevé aussi concentré ne décrit pas un département fortifié. Il décrit deux sites, et rien d’autre.
| Donnée | Nombre | Part du département |
|---|---|---|
| ouvrages relevés | 79 | 100 % |
| portant un nom | 54 | 68 % |
| communes concernées | 6 | sur l’ensemble du département |
| signalés comme historiques | 0 | 0 % |
| déclarés en ruine ou abandonnés | 50 | 63 % |
| reliés à un article encyclopédique | 1 | 1 % |
| signalés comme ouverts à la visite | 0 | 0 % |
Ni mur de l’Atlantique, ni ligne Maginot
Les pages précédentes de cette rubrique montraient deux grandes familles : le cordon littoral de l’Atlantique et de la Manche, et le chapelet frontalier de l’Est. La Seine-et-Marne n’appartient à aucune des deux.
Les noms relevés à Chelles le disent sans ambiguïté : caponnière simple, traverse-abris, passage couvert nord, cuve de défense contre aéronefs. C’est le vocabulaire de la fortification française du dernier tiers du XIXe siècle, celle du système Séré de Rivières construit autour de Paris après la défaite de 1870.
À Courtry, les noms sont au contraire des codes : TP3, CG2, PN, EN, TB. Ce sont les repères internes d’un site clos, pas des désignations d’ouvrages militaires. Treize des ouvrages y sont étiquetés dépôts de munitions.
Aucun des 79 ouvrages du département ne porte l’étiquette historique, alors que 63 % sont déclarés en ruine.
| Commune | Ouvrages relevés | Part du département |
|---|---|---|
| Courtry | 52 | 66 % |
| Chelles | 23 | 29 % |
| Fontainebleau | 1 | 1 % |
| Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux | 1 | 1 % |
| Pontault-Combault | 1 | 1 % |
| Servon | 1 | 1 % |
Le fort de Vaujours, à cheval sur deux départements
Les 52 ouvrages de Courtry sont la partie seine-et-marnaise du fort de Vaujours, qui s’étend aussi sur la commune de Vaujours, en Seine-Saint-Denis. Un relevé départemental coupe donc ce site en deux, et seule la moitié apparaît ici.
La page que les services de l’État consacrent à ce fort en donne l’histoire courte. Sa construction s’achève en 1883, dans le cadre de l’effort de rénovation de la défense de Paris. Le Centre d’Études de Vaujours y est créé le 3 juin 1955 ; sur les 45 hectares du site, le Commissariat à l’énergie atomique construit plus de 300 bâtiments ; il ferme ce site à la fin de l’année 1997.
Cette même page écrit que le fort domine les villages de Vaujours (77) et de Courtry (93). Les deux numéros sont intervertis : Vaujours est en Seine-Saint-Denis, Courtry en Seine-et-Marne. Le calcul qui produit les chiffres de cette page, qui place chaque point dans le polygone communal officiel, attribue sans ambiguïté les 52 ouvrages à Courtry, donc à la Seine-et-Marne.
Quelle sorte d’ouvrages
Au-delà de la position, une étiquette renseigne le type de l’ouvrage. Elle n’est remplie que pour 25 des 79 ouvrages du département, soit 32 %. C’est peu, mais cela suffit à montrer ce que recouvre le mot blockhaus, qui désigne dans l’usage courant des constructions très différentes.
| Type d’ouvrage | Nombre | Part des types renseignés |
|---|---|---|
| dépôt de munitions | 13 | 52 % |
| emplacement de pièce d’artillerie | 6 | 24 % |
| observatoire | 4 | 16 % |
| poste de commandement | 1 | 4 % |
| ouvrage technique | 1 | 4 % |
Ces catégories ne se valent pas. Un dépôt de munitions, un abri pour le personnel et un emplacement de pièce d’artillerie n’ont ni la même taille, ni la même fonction, ni la même visibilité sur le terrain. Les compter ensemble sous un seul mot fait perdre l’essentiel de ce que le relevé contient.
Soixante-trois pour cent de ruines, zéro étiquette historique
Cinquante ouvrages sur 79 sont déclarés en ruine ou abandonnés. Dans le même temps, aucun ne porte l’étiquette qui signale un vestige historique, et un seul est relié à un article encyclopédique.
L’écart est frappant quand on le compare au littoral. En Loire-Atlantique, plus d’un ouvrage sur deux est signalé comme historique ; dans le Morbihan, trois sur cinq. Ici, aucun.
Cinquante-quatre ouvrages sur 79 portent pourtant un nom, soit 68 %. Les contributeurs savaient donc parfaitement ce qu’ils relevaient. Ils ont noté un état et une identité, jamais une valeur patrimoniale.
Comment ces chiffres sont obtenus
Chaque ouvrage est compté individuellement, à partir du relevé collaboratif OpenStreetMap, sous licence ODbL. Ce n’est pas un inventaire officiel : il enregistre ce que des contributeurs ont relevé sur le terrain, et sa finesse varie fortement d’un département à l’autre. Un département peu couvert paraîtra donc moins fortifié qu’il ne l’est.
Les communes sont obtenues en plaçant chaque point dans le polygone communal publié par l’API du découpage administratif. Avant d’appliquer ce calcul aux trois départements du jour, il a été rejoué sur le Nord, dont la page est déjà en ligne : il redonne exactement les 417 ouvrages publiés, ce qui permet de comparer ces chiffres aux précédents.
Deux séries de données présentes sur les pages précédentes manquent ici : le rattachement de chaque ouvrage à un système fortifié, ligne Maginot ou mur de l’Atlantique, et la desserte par un chemin ou une route à moins de cinquante mètres. Les fichiers qui les portaient ne sont plus disponibles, et ces colonnes ont été retirées plutôt que reprises d’un état antérieur, qui ne correspondrait plus aux totaux publiés ici.
Le fort de Vaujours étant partagé entre deux départements, ses ouvrages situés sur la commune de Vaujours, en Seine-Saint-Denis, ne sont pas comptés ici. Ils figureront le jour où ce département sera traité.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la Seine-et-Marne ne montre pas un département, elle montre un point. À sa pointe nord-ouest, là où elle touche la Seine-Saint-Denis, deux taches de béton se répondent à moins de trois kilomètres l’une de l’autre.
Le reste du département, ses 500 communes, ses plaines de la Brie et sa forêt de Fontainebleau, n’apparaît qu’avec quatre points isolés, un par commune.
La carte ne dit donc rien de la Seine-et-Marne. Elle dit où s’arrêtait la défense de Paris, et que cette limite passait juste ici.
Pour aller plus loin : Le portail Blockhaus et la page Quels blockhaus se visitent.
Sources : relevé collaboratif OpenStreetMap sous licence ODbL, extrait et agrégé ouvrage par ouvrage ; API du découpage administratif pour les contours communaux ; comptage réalisé pour tete-en-ciel.com le 18 octobre 2026. Page Historique du fort de Vaujours, services de l’État en Seine-et-Marne.

