Le 20 juin 1812, Napoléon fait transférer secrètement à Fontainebleau le pape Pie VII, son prisonnier. Le pape y restera enfermé dix-neuf mois, et y signera sous pression le concordat de Fontainebleau. Deux ans plus tard, c’est dans la cour de ce même château que l’Empereur fera ses adieux à sa garde.
Ce château royal, de styles principalement Renaissance et classique, se trouve à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Paris. Il a été occupé pendant près de huit siècles, du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, comme résidence royale, impériale, puis occasionnellement présidentielle. Napoléon Ier l’avait surnommé la maison des siècles.
D’un relais de chasse à une Nouvelle Rome
L’origine est modeste. Le château est mentionné pour la première fois en 1137, dans une charte du roi Louis VII : il s’agit probablement d’un relais de chasse fortifié au milieu d’un marécage. Ce châtelet médiéval comportait une cour, des courtines, des tours et un donjon carré qui, bien que remanié, subsiste aujourd’hui sous le nom de donjon de Saint Louis, dans la Cour Ovale.
Le basculement vient de François Ier, qui en fait sa demeure favorite et un foyer de l’art de la Renaissance. Il collectionne les objets d’art, commande des œuvres sur la mythologie, fait venir des antiques d’Italie. Parmi les tableaux réunis au château figurent La Joconde et La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci, ainsi que la Sainte Famille, le Saint Michel et la Belle Jardinière de Raphaël.
Il fait aussi venir des moules de statues romaines, Laocoon, Apollon du Belvédère, afin d’en couler des bronzes, et confie la décoration à Rosso Fiorentino, auteur de la galerie François Ier entre 1534 et 1540. Giorgio Vasari désigne alors Fontainebleau comme la Nouvelle Rome, et l’École de Fontainebleau, renommée dans toute l’Europe de l’Ouest, inspire la peinture française jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Le roi y constitue enfin une importante bibliothèque, ancêtre de la bibliothèque nationale.
Son fils Henri II complète l’ensemble d’une salle de bal et d’une chapelle, et nomme Philibert Delorme pour poursuivre les travaux à partir du 3 avril 1548. C’est à Fontainebleau que naissent la plupart des enfants d’Henri II et de Catherine de Médicis, dont les futurs rois François II et Henri III.
Voilà la vraie demeure des rois, la maison des siècles.
Napoléon Ier, à Sainte-Hélène
Dix-neuf mois pour un pape, seize jours pour un empereur
Napoléon fait revivre le château à partir de 1804. Il le meuble, y tient sa cour, pour laquelle il fait aménager quarante appartements de maître, et fait donner deux soirs par semaine des spectacles d’opéra et de théâtre. Fontainebleau est aussi un lieu de décision politique, comme le montrent la salle du trône et la bibliothèque de travail de l’empereur.
C’est dans ce cadre qu’intervient l’épisode du pape. Pie VII, prisonnier de l’Empereur à Savone, est transféré secrètement à Fontainebleau le 20 juin 1812. Il y reste enfermé dix-neuf mois et y signe sous pression, le 25 janvier 1813, le concordat de Fontainebleau. Il ne quittera le château que le 23 janvier 1814.
Un an plus tard, c’est l’Empereur qui s’y trouve acculé. Napoléon passe les derniers jours de son règne au château avant d’abdiquer le 4 avril 1814, sous la pression de ses maréchaux Ney, Berthier et Lefebvre, le traité qui formalise cette abdication sans condition étant signé à Paris le 11 avril.
Le 20 avril, après avoir vainement tenté de se suicider, il prononce devant sa garde un discours resté fameux, dans la cour appelée depuis cour des Adieux, scène illustrée par le tableau d’Horace Vernet. Il remercie sa Vieille Garde pour vingt ans de bravoure et de fidélité, et lui demande de continuer à servir la France. Pendant les Cent-Jours, il y fera un dernier arrêt, le 20 mars 1815.
| Date | Étape | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| 1137 | première mention du château | un relais de chasse fortifié |
| 1534-1540 | galerie François Ier par Rosso Fiorentino | naissance de l’École de Fontainebleau |
| 3 avril 1548 | Philibert Delorme nommé par Henri II | salle de bal et chapelle |
| 20 juin 1812 | transfert secret de Pie VII | dix-neuf mois d’enfermement |
| 4 avril 1814 | abdication de Napoléon | adieux à la garde le 20 avril |
| 1862 | classement aux monuments historiques | complété en 1913, 1930, 2008 et 2009 |
| 1981 | inscription au patrimoine mondial | le château avec son parc |
Un château de cour, puis une école d’artillerie
Sous le Second Empire, Fontainebleau fait partie, avec Saint-Cloud, Compiègne et Biarritz, des lieux de villégiature de la cour. L’impératrice Eugénie passe ses soirées dans le petit théâtre construit par son mari et s’attache au salon chinois, agrémenté d’objets provenant du sac du palais d’Été et des cadeaux des ambassadeurs du Siam, reçus au château le 27 juin 1861.
Le château reçoit alors beaucoup de têtes couronnées, puis des armées. Lors de la guerre de 1870, il est investi par les Prussiens le 17 septembre, et Frédéric Charles de Prusse et son état-major l’occupent du 6 au 18 mars 1871. En novembre de la même année, ses dépendances sont confiées à l’École d’application de l’artillerie et du génie, qui vient de quitter Metz.
Le XIXe siècle est aussi celui des restaurations. Abel Blouet devient architecte du château en 1848 et entreprend de nouveaux travaux sur la galerie François Ier et les ailes de la cour du Cheval blanc ; à sa mort en 1853, il est remplacé par Hector Lefuel, puis par Alexis Paccard en 1855 et Prosper Desbuisson en 1867.
Un bâtiment napoléonien mérite une mention, parce qu’il est un exploit de charpente. Implanté en 1807 entre l’étang des Carpes et la forêt, le manège de Sénarmont est le principal édifice élevé à la demande de Napoléon dans l’enceinte du palais : sa charpente, dite à la Philibert Delorme, a permis de couvrir un volume de dimensions exceptionnelles pour l’époque.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, Fontainebleau n’est pas un château mais un agglomérat. Les éléments médiévaux, Renaissance et classiques se juxtaposent autour de plusieurs cours, et c’est cette accumulation qui justifie le surnom donné par Napoléon : chaque règne a ajouté son aile plutôt que de reprendre l’ensemble.
La vue aérienne montre aussi ce que le château doit à son environnement. Il est entouré d’un vaste parc et voisin de la forêt de Fontainebleau, et c’est la chasse qui explique sa présence là, dès le XIIe siècle, bien avant les ambitions artistiques de la Renaissance. L’étang des Carpes, devant lequel passe la galerie François Ier, appartient à ce dispositif.
Elle rend enfin visible une continuité rare. Le château est resté habité pendant près de huit siècles, et il conserve l’une des plus importantes collections de mobilier ancien de France, avec des peintures, sculptures et objets d’art allant du VIe au XIXe siècle. En 1986, le musée Napoléon-Ier a été inauguré dans l’aile Louis XV, et le ministère de la Culture a acquis en 2006 les anciennes écuries royales.
À voir autour
- Chambord : 426 pièces, et La Joconde mise à l’abri pendant la guerre
- Le château d’Angers : une démolition royale laissée inachevée
- Le palais des papes : 15 000 m2, caserne jusqu’en 1906
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice du château de Fontainebleau, Wikipédia en français.
