Le plateau de Gergovie domine la Limagne de ses 744 mètres. Il y a vingt millions d’années, c’était un fond de vallée. Une coulée de lave l’a rempli, puis l’érosion a emporté tout ce qui l’entourait : le point le plus bas du paysage est devenu le plus haut.
Ce plateau de soixante-dix hectares, situé à une dizaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, sur la commune de La Roche-Blanche, est le lieu où se trouvait l’oppidum gaulois de Gergovie, célèbre pour le siège qui vit les troupes de Vercingétorix vaincre les légions de Jules César en 52 avant notre ère.
Comment un volcan fabrique une forteresse
La géologie explique le choix du site, et elle commence bien avant les Gaulois. Le plateau est issu du volcanisme de la Limagne, actif entre vingt et douze millions d’années, bien plus ancien que celui de la chaîne des Puys. À Gergovie, deux coulées de basanites se superposent, datées respectivement de seize et dix-neuf millions d’années, et reposent sur des marnes, calcaires et argiles qui remplissaient d’anciens cratères d’explosion.
Ces cratères, appelés maars, résultent d’un mécanisme particulier. Dans le bassin sédimentaire de la Limagne, alors en milieu lacustre, l’ascension de magmas basaltiques met le magma en contact avec des sédiments boueux gorgés d’eau, ce qui provoque des éruptions phréatomagmatiques : des séries d’explosions violentes qui trempent la lave et la pulvérisent en granules, donnant les roches appelées pépérites.
Puis vient l’inversion. La coulée de basalte épanchée dans la vallée a formé une carapace résistante, et l’érosion différentielle a dégagé autour d’elle les matériaux les moins solides. Les talwegs, points bas du paysage, se retrouvent être les points hauts de la région, et les coulées initiales, morcelées, constituent des paysages de buttes à sommet plat, des mesas.
Gergovie n’est pas un cas isolé. Le fossé de la Limagne est caractérisé par deux cents édifices d’origine volcanique, qui se distinguent en trois formes de relief : les necks, comme les puys de Crouel et de Montrognon, les collines arrondies de pépérites, et les tables basaltiques dégagées par un déblaiement plio-quaternaire, dont Gergovie et la montagne de la Serre. Détail qui a son importance pour les géologues : les basaltes de Gergovie ne viennent pas du volcan le plus proche, le puy Giroux.
Les talwegs qui étaient des points bas du paysage se retrouvent être les points hauts de la région.
Trois oppidums à sept kilomètres
L’occupation humaine est bien antérieure à la guerre des Gaules. Les fouilles ont montré une présence au Néolithique et à l’âge du bronze, et mis au jour une fortification datant de la fin du premier âge du fer et du début du second, au Ve siècle avant notre ère.
Le bassin clermontois est densément peuplé pendant la période gauloise, avec de nombreuses fermes installées dans la plaine de la Limagne. Et au IVe siècle avant notre ère, trois oppidums, c’est-à-dire trois villes fortifiées, voient le jour à moins de sept kilomètres les uns des autres : Corent, Gondole et Gergovie.
Cette proximité pose une question que les archéologues n’ont pas tranchée. Deux hypothèses sont avancées : soit une succession dans le temps de l’occupation des trois sites, avec peut-être un recouvrement partiel au milieu du Ier siècle avant notre ère, soit un site multipolaire aux fonctions différentes, Gondole étant la cité artisanale, Corent le sanctuaire et Gergovie la forteresse.
Après la conquête romaine, le site est progressivement abandonné au profit de la nouvelle ville gallo-romaine d’Augustonemetum, l’actuelle Clermont-Ferrand, fondée au cours du Ier siècle avant notre ère. Au Moyen Âge, le plateau ne sert plus que de pacage au seigneur et aux habitants de Merdogne, et il est partagé en trois lots à la fin de l’Ancien Régime.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Surface et altitude | 70 hectares à 744 mètres | 1 500 m de long sur environ 700 de large |
| Âge des coulées | 16 et 19 millions d’années | volcanisme de la Limagne, bien avant les Puys |
| Trois oppidums voisins | Corent, Gondole, Gergovie | distants d’à peine 7 kilomètres |
| Première fortification connue | Ve siècle av. notre ère | fin du premier âge du fer |
| Premiers sondages | 1755, par le chanoine Garmage | pour la Société littéraire de Clermont |
| Renommage officiel | 1865 | Merdogne devient plateau de Gergovie |
Un siège, et deux siècles de dispute
La bataille est le seul épisode que tout le monde connaît : en 52 avant notre ère, les troupes de Vercingétorix y battent les légions de César. Mais la localisation exacte du site a occupé les érudits pendant des siècles, et c’est la toponymie qui a tranché la première.
Un lieu habité du nom de Gergoia est mentionné sur la pente ouest du plateau dès le Xe siècle, et le toponyme est bien attesté pour le plateau dès le Moyen Âge. Dès le XVIe siècle, le Florentin Gabriel Simeoni propose l’identification en s’appuyant sur cet indice et sur les vestiges visibles ; des érudits comme Scaliger, Savaron ou Adrien de Valois expriment le même avis.
Le débat ne portait d’ailleurs pas que sur le plateau : la localisation des camps romains qui l’entouraient a fait l’objet de fouilles jusqu’aux années 1990, dont celles du grand camp de César. Les premiers sondages sur le plateau lui-même sont réalisés en 1755 par le chanoine Garmage, pour la Société littéraire de Clermont. Après le lotissement et le défrichement du plateau par les villageois de Merdogne à la fin du XVIIIe siècle, un parcellaire agricole de murs et de pierriers se constitue à la surface, et les travaux des champs font remonter de nombreux artéfacts qui alimentent les collections.
Le débat se déplace alors sur l’emplacement des camps romains, et c’est dans ce but que Napoléon III fait engager des fouilles impériales. Elles permettent à l’agent voyer Claude Aucler de mettre au jour le rempart de l’oppidum, et le lieu est officiellement renommé plateau de Gergovie en 1865, à la demande des habitants. La contestation n’a pourtant pas cessé : du peintre Maurice Busset en 1932 à des partisans de la fin du XXe siècle, plusieurs ont défendu le site des Côtes de Clermont, ce qui a conduit le comité Pro Gergovia, parrainé par l’Académie de Clermont, à mener ses propres fouilles.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le plateau est une table, et c’est exactement ce que décrit la géologie. Ses bords sont nets, son sommet plat, et ses 1 500 mètres de long sur 700 de large dessinent une plateforme posée au-dessus de la plaine : une position que l’on ne peut comprendre qu’en sachant qu’elle est le fond fossilisé d’une vallée.
La vue aérienne montre ensuite pourquoi des Gaulois s’y sont installés. Le plateau offre un panorama sur la chaîne des Puys, sur Clermont-Ferrand, sur la montagne de la Serre, sur la plaine de Sarliève et jusqu’au puy de Sancy, point culminant de l’Auvergne à 1 885 mètres. Pour une forteresse, c’est une condition suffisante.
Elle rend enfin visible le voisinage des trois oppidums. Corent, Gondole et Gergovie se tiennent à portée de vue, et c’est cette configuration, unique en Gaule, qui alimente l’hypothèse d’un ensemble aux fonctions réparties plutôt que de trois villes concurrentes, comme Bibracte a pu l’être pour les Éduens.
À voir autour
- Le siège d’Alésia : la même année, le dénouement inverse
- Bibracte : 135 hectares pour la capitale des Éduens
- La chaîne des Puys : le volcanisme voisin, beaucoup plus récent
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice du plateau de Gergovie, Wikipédia en français.
