Évacué pour un lac qui ne l’a jamais recouvert : le village de Celles est resté vide au bord du Salagou

Le village de Celles et le lac du Salagou, dans l'Hérault, au milieu de la terre rouge
Le village de Celles au bord du lac du Salagou (Hérault). Photo : Stefi123, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

À la fin des années 1960, les habitants de Celles, dans l’Hérault, ont été expropriés : le futur lac du Salagou devait engloutir leur village. L’eau s’est arrêtée plus bas. Le village, lui, est resté vide, et il l’est encore en grande partie.

Tout s’est joué à quelques mètres près. Le plan d’eau devait être rempli en deux temps, d’abord jusqu’à la cote 139, puis jusqu’à la cote 150. Celles se trouve à 144 mètres d’altitude en moyenne : au second palier, il aurait disparu. Ce second palier n’a jamais été réalisé. Le village a donc été vidé pour une montée des eaux qui n’est pas venue.

Un village exproprié pour un palier qui n’est jamais venu

Le barrage du Salagou est érigé et mis en eau en 1967. L’ensemble des habitations de Celles est acquis par le département de l’Hérault, et les habitants partent. Faute de submersion, les maisons restent debout, sans occupants, et se dégradent pendant des décennies. Ce n’est qu’en 1996 que le département décide officiellement de maintenir définitivement le niveau du lac à la cote 139.

Celles garde de cette histoire une singularité rare : la commune n’a aucun propriétaire privé, ni pour le bâti ni pour le foncier. Elle comptait 120 habitants en 1846. Elle en compte 26 en 2023.

Un décor de cinéma à ciel ouvert

Un village intact mais désert attire vite les tournages. Celles a servi de décor à trois films en douze ans.

  • 1973 : Deux Hommes dans la ville, de José Giovanni, avec Jean Gabin et Alain Delon, pour la scène de pique-nique en famille.
  • 1976 : Calmos, de Bertrand Blier, avec Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle.
  • 1985 : Zone rouge, de Robert Enrico, avec Sabine Azéma et Richard Anconina.

Les traces noires qui marquent encore certains murs viennent de ce dernier tournage : dans le film, les autorités incendient le village pour effacer les traces d’un accident polluant, et les façades ont été maquillées. Les services du département en ont profité pour dynamiter une partie du hameau voisin des Vailhés, dont certaines maisons étaient devenues dangereuses. Les engins de déblaiement que l’on voit à l’écran travaillent aux Vailhés et aux Pradines, pas à Celles.

Une commune qui a refusé de disparaître

Entre 1985 et 1988, l’église et la mairie sont réhabilitées. Au même moment, la commune est menacée d’un rattachement administratif au Puech ou à Octon. L’association « Sauvons Celles » porte l’affaire jusqu’au Conseil d’État, qui lui donne raison en 1990 : Celles reste une commune. La place Henri Goudal, face à la mairie, est réaménagée en 1992.

La même année 1990, le conseil municipal met en demeure le département, propriétaire des ruines, de les sécuriser. Le résultat n’est pas celui espéré : les crêtes des murs sont bétonnées et les maisons entourées de grillages, ce qui fige le village dans son état de ruine. En 2014, Celles fait parler d’elle pour une autre raison : son conseil municipal de sept membres est le seul de France à être composé exclusivement de femmes.

DateÉvénement
1846Pic de population : 120 habitants
1967Le barrage du Salagou est mis en eau
Fin des années 1960Expropriation des habitants, les maisons passent au département
1985Tournage de Zone rouge
1990Le Conseil d’État maintient Celles comme commune
1996Le département fixe définitivement le lac à la cote 139
2003-2005Premières études de faisabilité d’une réhabilitation
202326 habitants recensés
Un demi-siècle entre l’expropriation et le projet de retour.

Peut-on visiter Celles ?

Il faut être clair : le hameau est inhabité et interdit aux visiteurs. Ses maisons sont en ruine et grillagées, et y entrer expose à un vrai danger. Le paysage, en revanche, se découvre depuis les rives du lac du Salagou, lieu de promenade et de pêche. Il associe la ruffe, cette terre rougeâtre caractéristique, aux eaux tantôt bleues, tantôt grises du lac. La commune est entièrement comprise dans un site classé et dans une zone Natura 2000.

Un projet de réhabilitation est à l’étude depuis les années 2000, porté par la municipalité avec le département, avec l’idée d’y accueillir de l’habitat et de petites entreprises. Les premières études de faisabilité datent de 2003 à 2005, et le projet est suivi depuis 2015 par les services de l’État comme projet pilote.

Ce que la vue d’en haut raconte

Vu du ciel, Celles explique aussi la forme étrange de sa commune. La création du lac a coupé la route qui reliait directement ses deux principaux villages, Celles et le hameau des Vailhés : le territoire communal épouse désormais le contour de l’eau. C’est la seule commune située directement sur les rives du Salagou.

Celles n’est pas un village fantôme au sens habituel. Ce n’est ni la guerre ni l’exode rural qui l’ont vidé, mais une décision d’aménagement qui n’est jamais allée à son terme. Ce qui aurait dû être noyé est resté, et c’est précisément ce sursis, avec ses murs noircis pour le cinéma et ses grillages, qui en fait aujourd’hui l’un des paysages les plus singuliers de l’Hérault.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.

Sources : monographie de la commune de Celles (Hérault), Wikipédia en français ; données Insee 2023.

Questions fréquentes

Pourquoi le village de Celles a-t-il été abandonné ?

Parce qu'il devait être noyé par le lac du Salagou. À la fin des années 1960, le département de l'Hérault a acquis toutes les habitations et exproprié les habitants, le village se trouvant sous le niveau prévu pour la seconde étape de remplissage.

Le village de Celles est-il sous l'eau ?

Non. Le plan d'eau devait être rempli jusqu'à la cote 139, puis jusqu'à la cote 150. Celles se trouve à 144 mètres d'altitude en moyenne. Le second palier n'a jamais été réalisé, et le département a décidé en 1996 de maintenir définitivement la cote 139.

Peut-on visiter le village de Celles ?

Le hameau est inhabité et interdit aux visiteurs : ses maisons sont en ruine et ont été grillagées pour des raisons de sécurité. Les rives du lac du Salagou restent un lieu de promenade et de pêche.

Quels films ont été tournés à Celles ?

Deux Hommes dans la ville de José Giovanni en 1973, Calmos de Bertrand Blier en 1976 et Zone rouge de Robert Enrico en 1985. Les traces noires visibles sur certains murs datent de ce dernier tournage.

Combien d'habitants compte Celles aujourd'hui ?

26 habitants en 2023, contre 120 au plus fort de son histoire, en 1846. La commune a la particularité de n'avoir aucun propriétaire privé, ni pour le bâti ni pour le foncier.
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