Ce pont du Lot a mis 70 ans à sortir de terre : la légende accuse le diable

Le pont Valentré et ses trois tours fortifiées, à Cahors, dans le Lot
Le pont Valentré, à Cahors (Lot). Photo : Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Décidé en 1306, achevé en 1378 : le pont Valentré, à Cahors, a demandé soixante-dix ans de chantier. La légende en accuse le diable, qui descellait chaque nuit la même pierre.

Le pont franchit le Lot à l’ouest de la ville avec six grandes arches ogivales et trois tours carrées qui dominent l’eau de quarante mètres. C’est l’un des plus beaux ponts fortifiés médiévaux conservés en France, et l’un des rares témoins de l’architecture militaire de cette époque.

Un pont bâti pour être une forteresse

Sa construction est décidée par les consuls de la ville en 1306, et la première pierre est posée le 17 juin 1308. L’ouvrage a une fonction défensive : protéger Cahors des attaques venues du sud, en pleine période de guerres franco-anglaises. La dissuasion a fonctionné, puisque ni les Anglais ni Henri IV ne l’attaquèrent jamais.

Le pont devait aussi créer un nouvel axe commercial est-ouest, là où la circulation se faisait auparavant du nord au sud. Il était protégé spirituellement par une chapelle dédiée à la Vierge, installée dans le châtelet occidental.

  • 172 mètres de long, en dos-d’âne.
  • Six grandes arches ogivales de 16,50 mètres.
  • Trois tours carrées à créneaux et mâchicoulis, dominant l’eau de 40 mètres.
  • Des avant-becs crénelés qui brisent le courant au pied des piles.
  • Deux barbacanes protégeaient l’accès ; seule celle du côté de la ville, à l’est, subsiste.

Soixante-dix ans de chantier, et une explication surnaturelle

C’est la durée des travaux qui a fait naître la légende que chaque Cadurcien raconte encore. Exaspéré par la lenteur du chantier, le maître d’œuvre aurait signé un pacte avec le diable : Satan mettrait tout son savoir-faire au service de la construction, et recevrait son âme en paiement s’il exécutait tous ses ordres.

Le pont s’élève alors rapidement, et le contrat arrive à son terme. Pour sauver son âme, le maître d’œuvre demande au diable d’aller chercher de l’eau à la source des Chartreux, pour ses ouvriers, avec un crible. Satan revient bredouille, l’exercice étant impossible, et perd son marché. Décidé à se venger, il envoie chaque nuit un diablotin desceller la dernière pierre de la tour centrale, dite tour du Diable, que les maçons remettent en place la veille.

Le diablotin ajouté en 1879

Lors de la restauration du pont en 1879, l’architecte Paul Gout fait apposer dans l’emplacement resté vide une pierre sculptée à l’effigie d’un diablotin, réalisée par un sculpteur de la région nommé Calmon. La légende s’en trouve prolongée : à chaque fois que le diable vient vérifier que le pont est bien inachevé, il croit voir l’un des siens à l’œuvre. Cette restauration a d’ailleurs sensiblement modifié l’aspect initial de l’ouvrage.

D’où vient le nom « Valentré » ?

L’origine du nom reste incertaine. Le mot pourrait être une déformation de balandra, qui désigne la salamandre, animal peut-être représenté au sommet d’une pile et associé au diable, ce qui rejoint le surnom de « pont du Diable ». Une autre hypothèse renvoie à la balandre, une barque à fond plat qui aurait servi de bac avant la construction du pont. En occitan, l’ouvrage se nomme pont de Balandras.

DateÉvénement
1306Les consuls de Cahors décident la construction
17 juin 1308Pose de la première pierre
1378Achèvement du pont, soixante-dix ans après la décision
1840Classement au titre des monuments historiques
1879Restauration par Paul Gout et ajout du diablotin sculpté
1998Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
2012Entrée dans le réseau des ponts remarquables du sud de la France
Sept siècles d’histoire pour un pont de 172 mètres.

Un ouvrage sur le chemin de Compostelle

Le pont Valentré est situé sur la Via Podiensis, la voie du Puy empruntée par les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, ainsi que sur le sentier de randonnée GR 36. C’est à ce titre qu’il est inscrit depuis 1998 au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme le pont d’Artigues, près de Larressingle, dans le Gers. Ces ouvrages jalonnent un itinéraire que la vue aérienne permet encore de suivre d’une étape à l’autre.

Ce que la vue d’ensemble montre

  • La position en travers du Lot, qui fait du pont un verrou autant qu’un passage.
  • L’alignement des trois tours, qui découpe le tablier en tronçons défendables séparément.
  • Les avant-becs, visibles en étiage, qui protègent les piles des crues et des corps flottants.
  • L’emplacement de la barbacane disparue à l’ouest, encore lisible dans l’organisation des abords.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires des Pyrénées, le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.

Sources : notice du pont Valentré, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

Pourquoi appelle-t-on le pont Valentré le pont du Diable ?

À cause de la légende du pacte passé par le maître d’œuvre avec le diable, et peut-être aussi du nom lui-même : balandra désigne la salamandre, animal associé au diable, qui aurait été représenté au sommet d’une pile.

Combien de temps a duré la construction ?

La décision est prise en 1306, la première pierre posée le 17 juin 1308 et le pont achevé en 1378 : soixante-dix ans de chantier, en pleine période de guerres franco-anglaises.

Le pont a-t-il déjà été attaqué ?

Non. Conçu pour défendre Cahors des attaques venues du sud, il n’a jamais été pris : ni les Anglais ni Henri IV ne s’y sont risqués.

Où se trouve le diablotin sculpté ?

Sur la tour centrale, dite tour du Diable, à l’emplacement de la pierre que le diable était censé desceller chaque nuit. Il a été posé en 1879, lors de la restauration menée par l’architecte Paul Gout.

Peut-on traverser le pont Valentré ?

Oui, mais uniquement à pied. Le pont est classé monument historique depuis 1840 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
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