Le château de la Mothe-Chandeniers, dans la Vienne, a connu le faste d’un marquis exilé, une reconstruction complète au XIXe siècle, puis un incendie en 1932 qui l’a laissé en ruine. En décembre 2017, des milliers d’internautes l’ont racheté ensemble pour le sauver.
Posé au milieu de l’eau, comme le château d’Azay-le-Rideau, il est devenu l’image même de la ruine romantique : façades vides, végétation qui gagne les étages, reflets dans les douves. C’est aussi l’un des rares monuments de France à appartenir à une foule de propriétaires.
Du fief des Bauçay à la maison de Rochechouart
Construit vraisemblablement vers le XIIIe siècle dans le Loudunais, il s’appelle d’abord la Mothe-Bauçay, du nom de la famille qui le possède. Pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais s’en emparent plusieurs fois, et les armées françaises le reprennent à chaque fois. Mécontent de sa mauvaise défense, Charles V confisque la seigneurie à Amaury de Bauçay et la donne en 1371 à Guillaume Le Cuens, avant qu’elle ne revienne au fils d’Amaury.
Par une succession de mariages, le domaine passe en 1448 à la maison de Rochechouart, qui forme la branche des Rochechouart-Chandeniers. Le château porte conjointement les deux noms jusqu’en 1624, date à laquelle il garde définitivement celui de la Mothe-Chandeniers.
Le faste d’un marquis exilé
Soupçonné d’avoir pris parti pour la Fronde, par amitié pour le cardinal de Retz, François de Rochechouart, marquis de Chandeniers, est exilé de la Cour en 1655. Après deux ans d’emprisonnement, il s’installe à la Mothe et en fait un lieu fastueux. Le poète Léonard Frizon, qui le visite en 1657, décrit dans un poème latin des statues de marbre, des meubles précieux, des chevaux de race rares, un théâtre et une pyramide dans les jardins. Il y voit « une splendeur véritablement royale ».
Le marquis ne peut tenir ce train de vie. En faillite, il abandonne le domaine à ses créanciers en 1668. Sa sœur le rachète, puis le cède en 1685 à Nicolas de Lamoignon, qui obtient son érection en marquisat en 1700. Le château passe ensuite entre les mains de nombreuses familles.
| Date | Événement |
|---|---|
| XIIIe siècle | Construction vraisemblable, sous le nom de la Mothe-Bauçay |
| 1448 | Le domaine passe à la maison de Rochechouart |
| 1655 | Le marquis de Chandeniers est exilé de la Cour |
| 1668 | Faillite du marquis, le domaine revient aux créanciers |
| Années 1850 | Reconstruction complète, le château est entouré d’eau |
| 1932 | Un incendie ravage l’édifice |
| Décembre 2017 | Rachat par des milliers d’internautes |
De la reconstruction à la ruine
Embelli au début du XIXe siècle, le château est entièrement reconstruit à partir du milieu des années 1850. Ses abords sont aménagés pour que l’édifice soit entouré d’eau. En 1932, un incendie l’endommage gravement. Malgré les tentatives de restauration de ses propriétaires successifs, il se dégrade ensuite peu à peu, jusqu’à la ruine que l’on connaît.
Des milliers de copropriétaires
En décembre 2017, une campagne de financement participatif lancée par Dartagnans et Adopte un Château permet de racheter le domaine. Elle dépasse largement les frontières de la France. Le château appartient désormais à la « SAS Château de la Mothe-Chandeniers », qui réunit ces nombreux propriétaires. Leurs objectifs sont clairs : stopper la dégradation de l’édifice, puis exploiter le château, ses dépendances et un domaine de 2,1 hectares.
Faut-il s’attendre à le voir restauré à l’identique ? Rien ne l’indique pour l’instant : la priorité affichée est de le mettre hors de danger. Les conditions de visite relèvent de la société propriétaire, et sont à vérifier avant de se déplacer.
La Mothe-Chandeniers montre qu’une ruine n’est pas forcément une fin. Comme le château de Lavardens, promis un temps à la démolition puis sauvé par une mobilisation, il doit sa seconde vie à des gens qui ont refusé de le laisser disparaître, à ceci près qu’ici, ils se comptent par milliers.
À voir autour
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Sources : notice du château de la Mothe-Chandeniers, Wikipédia en français.
