Le 19 décembre 2025, la secrétaire générale de la préfecture de l’Aude a donné un chiffre. L’État a dépensé 53 millions d’euros en vingt-cinq ans sur l’ancien site minier de Salsigne.
La phrase figure au compte rendu de la commission de suivi de site. Ce document est publié par les services de l’État dans l’Aude.
Elle répondait à l’association Terres d’Orbiel, qui invoquait un jugement rendu cinq mois plus tôt. Le tribunal administratif de Montpellier y enjoint au préfet d’agir sous un an.
L’État a fait appel de cette décision. Il ne conteste pas la réalité du préjudice, précise le compte rendu.
Son appel vise à faire prendre en compte la totalité des actions engagées. La secrétaire générale souscrit par ailleurs à la réalité du préjudice écologique.
Un chiffre donné en préfecture, cinq mois après une injonction du juge.
Ce que le tribunal a enjoint à l’État
Le jugement porte le numéro 2301018. Nous l’avons lu en entier, dix-sept pages.
Son article premier enjoint au préfet de l’Aude de prendre toutes les mesures utiles sous un an. Il s’agit de réparer le préjudice écologique constaté.
Le texte vise la diffusion des polluants issus des anciens sites miniers. Il nomme l’arsenic dans les sédiments et les cours d’eau affluents de l’Orbiel.
L’État doit aussi verser 5 000 euros à l’association Terres d’Orbiel. C’est la réparation de son préjudice moral.
La portée du jugement mérite d’être lue exactement. Il vise les sites miniers et les cours d’eau, pas les communes ni les habitations.
Trois chiffres officiels pour l’or de Salsigne
La préfecture de l’Aude annonce 120 tonnes d’or pour près de 12 millions de tonnes de minerai traitées. Elle parle du site.
GEODERIS, groupement d’intérêt public expert de l’État pour l’après-mine, écrit autre chose en 2012. Environ 100 tonnes d’or et 400 000 tonnes d’arsenic, pour plus de 14 millions de tonnes.
Son périmètre est plus large, sept concessions réparties sur onze communes. La direction régionale de l’environnement reprend ce chiffre en 2016.
Elle ne constitue donc pas une source distincte sur ce point. C’est la même filiation documentaire.
Le tribunal administratif donne une troisième valeur, au conditionnel. Le gisement global était estimé à environ 200 tonnes d’or, dont plus de 130 auraient été extraites.
Nous rapportons les trois et nous ne tranchons pas. Chaque chiffre vaut pour le périmètre que sa source énonce.
Une date de début qui dépend de ce que l’on compte
GEODERIS, la direction régionale de l’environnement et la préfecture datent de 1892 la découverte de l’or. Marius Esparseil la fait dans un minerai de cuivre du Roc des Cors.
La concession de Salsigne avait été instituée bien avant, le 6 février 1877, pour le fer.
Le communiqué du tribunal administratif écrit que le site a été exploité à partir de 1924. La Cour des comptes datait de 1924 la création de la Société des mines et produits chimiques de Salsigne.
Le jugement lui-même retient la découverte de 1892 et des mines créées au début du vingtième siècle. Aucune des sources lues ne concilie les deux dates, et nous ne le faisons pas.
Une dépense publique en cinq annonces et cinq périmètres
La Cour des comptes chiffrait le coût pour l’État à 19,319 millions d’euros au 31 mai 2003. Elle écrivait 27,476 millions au 31 mai 2005.
Le ministère annonçait plus de 38 millions le 3 mars 2020, au cours des vingt dernières années. Il écrivait plus de 50 millions le 31 janvier 2024, depuis 2004.
La préfecture parle de 53 millions sur vingt-cinq ans en décembre 2025. Les cinq périmètres temporels ne coïncident pas.
La Cour des comptes détaille ses postes, les trois annonces plus récentes non. Nous ne reconstituons donc aucune série, et le compte rendu écrit dépensé et non dépollué.
Ce qui est stocké à Salsigne, et ce qui est programmé en 2030
Le bassin de Montredon, sur la commune de Salsigne, porte plus d’un million de mètres cubes de résidus. Il mesure 27 mètres de haut pour 6 hectares de surface.
Le chiffre vient du bureau de recherches géologiques et minières, en avril 2018. La réfection de l’étanchéité a commencé en août 2020.
Les principaux travaux devaient s’achever début 2021. Le plan d’actions parle de travaux réalisés et programme le suivi de leur efficacité jusqu’en 2030.
Ce plan compte vingt actions en trois axes. Il a été présenté le 19 décembre 2025, le jour du chiffre de 53 millions.
Le tableau publié porte des calendriers et aucun montant. Les vingt actions ne sont pas vingt chantiers, deux des trois axes portant sur la santé et sur le territoire.
Sources : tribunal administratif de Montpellier, jugement 2301018 du 22 juillet 2025, dix-sept pages lues, pour l’injonction au préfet, les 5 000 euros à l’association Terres d’Orbiel l’estimation du gisement, et son communiqué du même jour pour 1924 ; compte rendu de la commission de suivi de site du 19 décembre 2025, publié par les services de l’État dans l’Aude, pour les 53 millions sur vingt-cinq ans et l’appel de l’État ; page de la préfecture de l’Aude sur l’ancien site minier de la vallée de l’Orbiel, pour les 120 tonnes d’or ; GEODERIS, rapport du 30 novembre 2012, pour les 14 millions de tonnes, les 100 tonnes d’or, les 400 000 tonnes d’arsenic et la découverte de 1892 ; Cour des comptes, rapports 2003 et 2005, pour les 19,319 et 27,476 millions et pour l’année 1924 ; réponses ministérielles du 3 mars 2020 et du 31 janvier 2024 ; bureau de recherches géologiques et minières, 26 avril 2018, pour le bassin de Montredon ; plan d’actions 2025-2030 de la préfecture de l’Aude. Ne sont pas établis : la production réelle de la mine, trois chiffres officiels portant trois périmètres ; la date de début de l’exploitation, 1892 ou 1924 selon le document ; la date d’achèvement des travaux d’étanchéité de Montredon ; le détail des postes couverts par les montants annoncés. Cet article ne traite pas la surveillance sanitaire de la vallée.

