Le 29 janvier 2026, un arrêté a inscrit au titre des monuments historiques les anciens bâtiments du tinal de l’ancien archevêché de Narbonne, une bande de terrain devant la façade de l’hôtel de ville, ainsi que la fontaine et les emmarchements de cette façade. C’est le quatrième acte de protection porté par cette notice, et le premier qui ne soit pas un classement.
L’intérêt de cet acte tient aux objets qu’il nomme. Une fontaine, des marches, une bande de sol : on ne protège pas ici un bâtiment, on protège ce qui tient autour, et jusqu’au pavé.
Quatre actes sur la même notice, de 1840 à 2026, et le dernier descend jusqu’aux marches.
Quatre actes, cent quatre-vingt-six ans d’écart
La chronologie de cette notice est celle d’un ensemble protégé par couches successives, chacune ajoutant une pièce.
| Date | Nature | Objet, tel que le libellé officiel le nomme |
|---|---|---|
| 1840 | classement par liste | Musée, Archevêché |
| 1862 | classement par liste | Ancien évêché |
| 8 juillet 1937 | classement par arrêté | Ancien immeuble Nègre, parcelles B 206 en partie, 207 à 210 |
| 29 janvier 2026 | inscription par arrêté | les anciens bâtiments du tinal, une bande de terrain dans la continuité des parcelles de l’ancien immeuble Nègre devant la façade de l’hôtel de ville, fontaine et emmarchements de la façade compris, en totalité, tels que délimités en rouge sur le plan annexé, cadastrés AE 288 et 170 |
Nous avons voulu savoir où cette amplitude situait la notice dans le fichier national. Avec le filtre que nous donnons, le millésime en tête de chaque segment du champ de date et de typologie, et en ne retenant que les notices portant au moins deux actes datés, quatre mille deux cent quatorze notices répondent. Celle-ci présente la plus grande amplitude de toutes, cent quatre-vingt-six ans, sans égale. Trois notices suivent à cent quatre-vingt-cinq ans.
Cent quatre-vingt-six ans, avec une réserve de méthode : c’est une différence de millésimes, parce que l’export ne donne pas le jour de l’acte de 1840. Si l’on retient le 31 décembre 1840 que porte la direction régionale des affaires culturelles, l’écart réel tombe à cent quatre-vingt-cinq ans et vingt-neuf jours. Le rang de la notice ne change pas pour autant.
L’arrêté de 1937, lu
Un seul des quatre actes est publié par le ministère, celui de 1937, mis en ligne en image sans couche de texte : l’extracteur n’en tirait que quelques centaines de caractères illisibles. Nous l’avons donc rendu en images puis passé en reconnaissance optique, et il se lit.
Son article premier classe parmi les monuments historiques les parcelles figurant au plan cadastral de Narbonne sous les numéros 206p, 207, 208, 209 et 210, section B, qu’il désigne comme l’ancien immeuble Nègre. Il vise la loi du 31 décembre 1913, l’avis de la Commission des monuments historiques du 9 avril 1937 et la délibération du conseil municipal du 23 avril 1937. Son article 3 le notifie au préfet de l’Aude et au maire de Narbonne. Il est signé de Jean Zay, alors ministre de l’Éducation nationale.
Ce que cette lecture apporte à l’affaire est précis : le mot parcelles est dans l’acte lui-même, et non dans une étiquette de base de données ajoutée après coup. Dès 1937, cette notice protégeait du sol.
L’arrêté de 2026, lui, n’a pas été consulté. Le magasin d’arrêtés du ministère, que nous avons listé en entier pour cette référence, ne contient que le document de 1937, et le ministère écrit que l’acte n’est consultable que sur place, à Charenton-le-Pont. Le recueil des actes administratifs de la préfecture de région nous a opposé un refus que nous n’avons pas contourné, et nous n’en concluons rien. Ce que nous citons de l’acte de 2026 est donc le libellé publié par le ministère, qui déclare par ailleurs reprendre intégralement les termes de l’arrêté.
Le mouvement inverse, à l’échelle de la ville
Voici ce qui rend cette inscription intéressante. Six mois avant elle, un arrêté préfectoral du 29 juillet 2025 a créé le périmètre délimité des abords de Narbonne, qui remplace les rayons de cinq cents mètres tracés autour de chaque monument.
L’étude qui a préparé ce périmètre chiffre le changement : quatre cent trois hectares de rayons actuels contre trois cent trente-huit hectares de périmètre proposé, soit soixante-cinq hectares en moins. Nous attribuons ces deux valeurs à cette étude et nous ne les avons pas mesurées nous-mêmes.
Cent quatre-vingt-quatre jours séparent les deux arrêtés. À l’échelle de la ville, la servitude se resserre ; à l’échelle de ce monument, la protection déborde le bâtiment pour aller jusqu’à la fontaine et aux marches. Les deux mouvements ne se contredisent pas : les abords sont une servitude sur les environs d’un monument, l’inscription est une protection du monument lui-même.
Vu du ciel, une masse et une place
Ce que l’on voit d’en haut, c’est un bloc de bâtiments d’église et de pouvoir civil soudés les uns aux autres, et une place au pied de leur façade. C’est cette place que l’acte de 2026 vient mordre.
- La parcelle AE 170 porte une contenance cadastrale de quatre mille trois cent quarante-cinq mètres carrés, la parcelle AE 288 de cinq cent quatre-vingt-huit, soit quatre mille neuf cent trente-trois en tout. Notre propre recalcul géométrique tombe à moins d’un quart de pour cent de ces valeurs.
- C’est un majorant de ce qui est protégé, pas la surface protégée : l’acte ne vise que ce qui est délimité en rouge sur un plan annexé que nous n’avons pas pu lire.
- L’altitude relevée au service d’altimétrie de l’État est de huit mètres deux au point que publie la notice, de douze mètres quatre-vingt-trois au centre de la parcelle AE 170, et de cinq mètres trente au point d’adresse de la place.
Nous avons compté les protections de la commune par les deux voies exigées, par nom avec filtre départemental et par code communal : les deux rendent soixante-quatre notices, sans aucun homonyme hors de l’Aude. Fait notable, cette notice porte à la fois le plus récent des actes de la commune et l’un des deux plus anciens, tous deux de 1840, l’autre étant celui de l’église Saint-Just. Avant 2026, la protection la plus récente de Narbonne remontait au 28 novembre 2014, soit plus de onze ans.
Une particularité de l’arrêté de 1937 mérite d’être signalée pour finir. L’export le porte sur deux notices voisines de la même place : sous l’ancien archevêché, où il nomme l’ancien immeuble Nègre, et sous l’église Saint-Just, l’ancienne cathédrale, où il nomme des parcelles de terrains. Les deux notices donnent la même référence cadastrale ancienne, B 206p à 210, et l’étude des abords rattache ce même acte à la fiche de la cathédrale.
Sources : notice PA00102789 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques et sur la plateforme ouverte du patrimoine, pour les quatre actes et leurs dates, le libellé intégral de chacun, la dénomination, le statut de propriété communale et les coordonnées, cette notice déclarant reprendre intégralement les termes des arrêtés ; arrêté de classement du 8 juillet 1937, fac-similé publié en image par le même ministère, rendu en images puis lu par reconnaissance optique le 4 novembre 2026, pour son article premier, ses visas, sa notification et la signature de Jean Zay ; arrêté préfectoral du 29 juillet 2025 portant création du périmètre délimité des abords de Narbonne, et l’étude qui l’a préparé, pour les quatre cent trois et les trois cent trente-huit hectares, valeurs que nous attribuons à cette étude ; centre national de ressources textuelles et lexicales, entrée tinal, et notice PA00103551 du ministère de la Culture à Montpellier, pour le sens du mot ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, pour les contenances des parcelles AE 170 et AE 288 ; service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les altitudes et les distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 4 novembre 2026, pour les quatre mille deux cent quatorze notices portant au moins deux actes datés et le rang de celle-ci, les deux mille cinq cent soixante-dix-sept notices portant dans leur champ de typologie à la fois la mention classé MH et la mention inscrit MH, les mille deux cent cinquante-six dont le dernier acte est une inscription précédée d’un classement, les soixante-quatre notices de la commune rendues par les deux voies et les trois notices portant le mot tinal. Ne sont pas établis : le texte intégral de l’arrêté du 29 janvier 2026, le plan annexé et son tracé en rouge, donc la surface réellement protégée, ce que contenaient les anciens bâtiments du tinal, et le contenu du recueil des actes administratifs de la préfecture de région, qui nous a opposé un refus que nous n’avons pas contourné.

