Oublié en 1987, l’abri de la méridienne est inscrit par l’arrêté du 23 mars 2026 : l’observatoire de Jolimont

Une coupole de l'observatoire de Jolimont, à Toulouse
Une coupole de l'observatoire de Jolimont. L'arrêté du 23 mars 2026 nomme quatorze éléments là où celui de 1987 n'en nommait que quatre. Photo : Didier Descouens, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 23 mars 2026, un arrêté préfectoral a inscrit au titre des monuments historiques quatorze éléments nommés de l’observatoire de Jolimont, à Toulouse, sur deux parcelles cadastrales. Il se substitue à un arrêté du 7 avril 1987 qui n’en nommait que quatre, sur une seule parcelle.

Parmi les éléments qui entrent dans la protection figure l’abri de la méridienne. Son absence avait été relevée publiquement, cinq ans et demi avant l’acte, par quatre auteurs dans une revue publiée par la région.

Un oubli de 1987 signalé dans une revue savante en 2020, réparé par un arrêté en 2026.

Quatre éléments, puis quatorze

Ce que l’acte de 2026 change tient dans la comparaison des deux listes.

Arrêté du 7 avril 1987Arrêté du 23 mars 2026
quatre désignations, sur la seule parcelle AD 223quatorze éléments nommés, sur les parcelles AD 213 et AD 223
les trois coupoles prises en bloc sous un nom d’usage, les trois coupoles de Baillaudles trois coupoles nommées une par une : celle du télescope de Foucault, celle de l’équatorial de Brunner, celle de la carte du ciel
façades et toitures pour le seul bâtiment principal et la porterie, les trois coupoles et le mur d’enceinte nommés sans mention de régimeprotection en totalité pour les coupoles, l’abri de la méridienne, le soubassement, le parc et le mur d’enceinte, et façades et toitures pour le bâtiment principal et ses annexes
l’abri de la méridienne absentl’abri de la méridienne inscrit, avec ses mires et ses piliers supports de collimateurs
Le nouvel acte nomme lui-même les trois coupoles une par une, puis rappelle entre parenthèses l’expression de 1987. Les éléments ajoutés comprennent aussi le support de l’instrument visant le pic du Midi et ses mires d’alignement, le soubassement circulaire ayant servi à tester une coupole et le parc, le mur d’enceinte étant déjà protégé en 1987.

Nous écrivons éléments et non bâtiments, parce que plusieurs de ces objets n’en sont pas : une mire est un repère de visée, un pilier support de collimateur est un socle de maçonnerie, un soubassement circulaire est une fondation d’essai. Ce sont des pièces d’instrument fixées au sol, et c’est précisément ce qu’un observatoire a de particulier à protéger.

L’oubli, signalé en 2020 et réparé en 2026

La pièce la plus forte de ce dossier n’est pas administrative. Elle est dans une revue de patrimoine publiée par la région en 2020, où quatre auteurs écrivent que les bâtiments d’observation anciens, sauf malheureusement l’abri méridien, sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 1987.

Cette phrase a deux qualités. Elle est antérieure à l’arrêté, donc elle ne le commente pas après coup. Et elle paraît dans une revue éditée par la Région Occitanie, collectivité distincte du ministère de la Culture, ce qui compte ici : la notice du ministère et l’export national sont la même donnée, et la direction régionale qui instruit la protection est le même État. Une réserve s’impose tout de même, car l’un des quatre auteurs est agent du ministère de la Culture, chargé du patrimoine scientifique à la Mission de l’inventaire général.

Pourquoi une colline, et pourquoi on l’a quittée

La question de l’implantation appelle une réponse sourcée, et nous en avons trouvé deux, qui ne se recopient pas.

  • Le dossier d’inventaire régional écrit que le point culminant d’une colline a été choisi, et le plus loin possible de la ville à cause du bruit. Le coteau porte d’ailleurs trois noms selon les documents : Jolimont, coteau des Redoutes, et colline du Calvinet.
  • La revue régionale ajoute une contrainte propre à l’instrument : le plan de la méridienne devait être dégagé dans le parc et au-delà des murs, sur plus de deux cent cinquante mètres, avec des mires au nord et au sud posées sur des piliers maçonnés. C’est cet alignement que l’arrêté de 2026 protège désormais.

Les astronomes ont quitté le site pour le quartier de Rangueil. Deux publications donnent 1981, une troisième 1982, et nous ne tranchons pas. Le motif, lui, est écrit : ils ont été contraints d’abandonner le site historique en raison de la pollution lumineuse. Un observatoire installé loin du bruit de la ville en a été chassé par la lumière de cette même ville.

Le lieu est aujourd’hui un jardin public communal. Le bâtiment appartient à la commune, et les instruments restent la propriété de l’observatoire universitaire comme immeubles par destination. Une société d’astronomie populaire occupe l’ancien laboratoire d’astrophysique, sous convention.

Trois noms d’instruments, et ce qu’ils recouvrent vraiment

Les trois coupoles portent des noms qui demandent chacun une précision.

Benjamin Baillaud était directeur de l’observatoire, pas architecte. Nous le soulignons parce que le champ auteur de la notice du ministère l’étiquette architecte, ce qu’aucune source que nous ayons lue ne soutient.

Le télescope de Foucault porte un nom de type, pas un nom de fabricant : l’instrument toulousain sort des ateliers Secrétan, et son miroir porte une inscription donnant Paris 1874. Qu’il y ait eu une intervention personnelle de Léon Foucault sur cet instrument n’est établi par aucun document que nous ayons lu.

Les frères Brunner étaient des constructeurs parisiens. L’équatorial leur a été commandé en 1876 et livré en 1880. La revue régionale ajoute que les frères Brunner, bien qu’ils s’y fussent engagés, ont renoncé en 1887 à construire le cercle méridien, finalement réalisé en 1890 par le mécanicien Paul Gautier.

Ce que nous ne publions pas, et pourquoi : ni la focale ni le diamètre du grand télescope. Plusieurs valeurs concurrentes circulent, dont deux dans une notice du ministère sans origine déclarée, et deux auteurs d’une revue du ministère écrivent explicitement qu’il est faux d’inscrire une de ces valeurs sur la plaque de l’instrument, en s’appuyant sur une étude du miroir publiée en 1935. Nous ne donnons pas non plus la part de Toulouse dans le programme international de la carte du ciel, nombre de plaques et d’étoiles catalogués : une seule source la porte, et nous n’avons pas trouvé de seconde institution pour la confirmer.

Vu du ciel, cinquante mètres au-dessus du Capitole

Nous avons mesuré au service d’altimétrie de l’État plutôt que de nous fier au relief apparent.

Au point que publie la notice, l’altitude est de cent quatre-vingt-treize mètres et un dixième. À la place du Capitole, prise aux coordonnées de la notice de l’hôtel de ville, elle est de cent quarante-deux mètres quarante et un. L’écart est donc de cinquante mètres soixante-neuf, ce qui recoupe la formule d’un annuaire municipal parlant d’environ cinquante mètres au-dessus du niveau moyen de la ville.

Une réserve s’impose néanmoins, et elle nous interdit une facilité d’écriture. Sur une grille de cent soixante-neuf points couvrant plus de neuf cents mètres de côté, le maximum tombe bien au point de la notice. Mais l’obélisque du 10 avril 1814, à cent vingt-sept mètres de là et lui aussi protégé, est à cent quatre-vingt-quatorze mètres et huit centièmes. Nous n’écrivons donc pas que l’observatoire occupe le sommet de la colline.

Nos calculs de distance par la formule de haversine placent la place du Capitole à un kilomètre sept cent dix-neuf, la basilique Saint-Sernin à un kilomètre sept cent dix-huit et le rempart antique de la place Saint-Jacques à un kilomètre huit cent trente et un.

Un dernier mot pour situer cet acte sans l’exagérer. Il est la protection la plus récente des deux cent trente-trois notices de la commune de Toulouse, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, qui rendent exactement les mêmes références. Mais douze de ces notices n’ont pas de date au jour, neuf se réduisant à un millésime et trois n’en portant aucune, ce qui limite le tri. Et il ne s’agit pas de la protection la plus récente du pays : quatre-vingt-une notices de l’export portent un acte de 2026, et le plus récent est du 26 juillet.

Sources : arrêté préfectoral du 23 mars 2026, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Occitanie, dont les deux pages sont des images et ont été rendues puis lues par reconnaissance optique à trois cents puis cinq cents points par pouce, pour l’article premier, la liste des quatorze éléments, les deux parcelles, la substitution à l’arrêté de 1987, le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 14 octobre 2025 et la signature préfectorale ; notice PA00094625 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour la typologie de l’inscription, le libellé, la datation de 1838 et 1908, la propriété communale et les coordonnées, cette notice et l’export étant la même donnée et ne faisant donc pas deux sources ; article de quatre auteurs paru en 2020 dans une revue de patrimoine publiée par la région, institution distincte du ministère, pour la phrase sur l’abri méridien laissé hors de la protection de 1987, pour la méridienne de plus de deux cent cinquante mètres et ses mires, et pour la commande de l’équatorial aux frères Brunner en 1876 et sa livraison en 1880 ; dossier d’inventaire régional, pour le choix du point culminant du coteau et l’éloignement voulu du bruit de la ville ; article paru dans une revue du ministère en 2009, pour le départ des astronomes et le motif de pollution lumineuse ; notice d’objets mobiliers du même ministère et fiche d’une société d’astronomie, pour le programme international de la carte du ciel lancé en 1887 ; service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour les altitudes, la grille de cent soixante-neuf points et les distances ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 4 novembre 2026, pour les deux cent trente-trois notices de la commune rendues par les deux voies, l’unique occurrence du mot Jolimont, les quatre-vingt-une notices portant un acte de 2026 et la plus récente de l’export. Ne sont pas établis : le plan annexé à l’arrêté et son tracé en rouge, l’année exacte du départ des astronomes, une intervention personnelle de Léon Foucault sur l’instrument toulousain, la focale et le diamètre du grand télescope, à quoi servait l’instrument visant le pic du Midi, qu’aucun des documents lus n’explique, et la part de Toulouse dans la carte du ciel, qui n’a qu’une source.

Questions fréquentes

Qu'ajoute l'arrêté de 2026 ?

Huit éléments que celui de 1987 ne nommait pas, et une rédaction nouvelle pour ceux qu'il nommait. Entrent dans la protection l'abri de la méridienne avec ses mires et ses piliers supports de collimateurs, le support de l'instrument visant le pic du Midi et ses mires d'alignement, le soubassement circulaire qui a servi à tester une coupole, le parc, le bureau des astronomes, le laboratoire d'astrophysique, le pigeonnier et la maison du gardien. Le mur d'enceinte, lui, était déjà protégé en 1987. Les trois coupoles sont désormais nommées une par une et inscrites en totalité, mention que l'arrêté de 1987 ne portait pas.

L'abri de la méridienne avait-il vraiment été oublié ?

Quatre chercheurs l'ont écrit avant l'arrêté. Dans une revue publiée par la région en 2020, ils notaient que les bâtiments d'observation anciens, sauf malheureusement l'abri méridien, sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 1987. L'arrêté de 2026 inscrit exactement cet abri. C'est la pièce la plus utile de ce dossier, parce qu'elle est antérieure à l'acte et publiée par la Région Occitanie, collectivité distincte du ministère de la Culture, même si l'un des quatre auteurs est agent de ce ministère.

Qui est Baillaud ?

Benjamin Baillaud, directeur de l'observatoire, et non architecte. L'arrêté de 1987 désignait les trois coupoles par l'expression les trois coupoles de Baillaud, que celui de 2026 cite comme un nom d'usage avant de traduire en trois coupoles nommées. Nous le précisons parce que le champ auteur de la notice du ministère l'étiquette architecte, ce qu'aucune source que nous ayons lue ne soutient.

Pourquoi un observatoire sur une colline ?

Pour deux raisons que des documents établissent, et non que nous supposons. Le dossier d'inventaire régional écrit que le point culminant d'une colline a été retenu, le plus loin possible de la ville à cause du bruit. Et la revue régionale ajoute une contrainte d'instrument : le plan de la méridienne devait être dégagé dans le parc et au-delà des murs, sur plus de deux cent cinquante mètres, avec des mires au nord et au sud posées sur des piliers maçonnés.

Y observe-t-on encore ?

Non. Les astronomes ont quitté le site pour Rangueil, en 1981 selon deux publications, en 1982 selon une troisième : nous ne tranchons pas. Le motif, lui, est écrit dans un document : ils ont été contraints d'abandonner le site historique en raison de la pollution lumineuse. Le lieu est aujourd'hui un jardin public de la ville, et une société d'astronomie populaire occupe l'ancien laboratoire d'astrophysique sous convention.
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