Quatre éléments protégés en totalité et les planchers de quatre niveaux exclus : l’ancienne raffinerie Béghin-Say, à Nantes

La cheminée et les bâtiments de l'ancienne raffinerie Béghin-Say, à Nantes
L'ancienne raffinerie Béghin-Say, boulevard Bénoni Goullin à Nantes. La cheminée est protégée en totalité, les bâtiments vitrés pour leurs façades et toitures. Photo : Llann Wé², CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 31 mars 2026, un arrêté du préfet de région a inscrit partiellement au titre des monuments historiques l’ancienne raffinerie Béghin-Say, au 45 boulevard Bénoni Goullin à Nantes, sur trois parcelles de la section DW du cadastre. Le texte de la protection nomme neuf lettres de bâtiment et les traite différemment selon les cas.

C’est cette répartition qui fait l’intérêt de l’acte. Protéger une usine n’est pas protéger un château : il faut choisir, dans un ensemble de production, ce qui mérite de rester et ce qui pourra être transformé. L’arrêté le fait élément par élément.

Un acte qui protège une cheminée en entier et refuse les planchers de quatre étages.

Deux régimes, une seule exclusion

Le libellé officiel, que le ministère de la Culture déclare reprendre intégralement des termes de l’arrêté, se dépouille ainsi.

Régime de protectionÉléments nommés par l’acte
en totalitéle bâtiment des sirops, lettre S ; la passerelle jointive entre les bâtiments R et S ; l’ancienne cartonnerie, lettres L, N et K, à sheds conoïdes ; la cheminée, lettre C
façades et toitures, et un peu plusle bâtiment administratif B ; l’atelier H ; l’ancien entrepôt des sucres bruts T nord, avec sa charpente métallique à fermes Polonceau ; le bâtiment des sucres raffinés R, avec son ossature métallique
exclules planchers des quatre premiers niveaux du bâtiment des sucres raffinés
Nous écrivons éléments et non bâtiments, parce que la passerelle et la cheminée n’en sont pas. Et il serait faux de résumer le second régime à la protection des seules enveloppes : pour deux des quatre éléments, le texte protège aussi la structure métallique.

Le libellé porte quatre coquilles que nous signalons plutôt que de les corriger en silence : il écrit le façades pour les façades, Polonçeau avec une cédille pour Polonceau, bâtiemnt pour bâtiment, et plan annexés au pluriel.

Les fermes Polonceau sont un type de charpente métallique du dix-neuvième siècle, et les sheds conoïdes des toitures en dents de scie à versant courbe, faites pour éclairer un atelier par le nord. Ce sont des éléments de construction industrielle, pas de décor : les protéger en totalité est un choix explicite.

Une seule notice ainsi dénommée sur quarante-six mille

Nous avons voulu situer cette protection dans le fichier national. Le corpus est l’export des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 4 novembre 2026.

Avec le filtre que nous donnons, la dénomination de l’édifice exactement égale à raffinerie de sucre, une seule notice répond, et c’est celle-ci.

Ce que ce décompte signifie, et ce qu’il ne signifie pas : il porte sur la dénomination normalisée du ministère, pas sur l’histoire industrielle du pays. Douze notices portent exactement la dénomination sucrerie, et trente-deux la contiennent. Il faut donc écrire que c’est la seule notice ainsi dénommée, et non la seule raffinerie de sucre protégée de France. La borne du corpus doit être dite aussi : cet export, mis à jour le 29 octobre 2026, ne porte aucune protection postérieure au 26 juillet 2026.

Un autre chiffre mérite d’être donné pour son effet de contexte. L’expression à sheds conoïdes n’apparaît qu’une fois dans tout le fichier, elle aussi dans ce libellé de protection et non dans une dénomination.

Trente-six jours, deux protections industrielles

Le printemps 2026 a vu deux protections industrielles dans la même ville, et elles sont les seules notices de Loire-Atlantique dont la protection la plus récente tombe en 2026.

  • Le 31 mars 2026, l’inscription partielle de cette raffinerie.
  • Le 6 mai 2026, le classement du portique et du chemin de roulement d’une grue de cinq à treize tonnes, dite la Grue noire, sur le même fleuve.

Trente-six jours séparent les deux actes, soit cinq semaines et un jour. Nous avons recompté ce délai nous-mêmes, parce qu’il circule à six semaines.

Le département compte trois cent soixante-treize notices protégées, et la commune de Nantes cent trente. Nous avons fait ce décompte communal par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal : les deux rendent cent trente notices, exactement les mêmes références, sans homonyme ni ancien code à rattraper.

Vu du ciel, une cheminée dont la hauteur ne se recoupe pas

Ce que l’on voit d’en haut est une masse de toitures en dents de scie, deux tours et une cheminée, au bord de l’eau. Le repère visuel est la cheminée, et c’est précisément le chiffre que nous n’arrivons pas à confirmer.

Deux institutions distinctes, la direction régionale des affaires culturelles et la métropole, écrivent que la cheminée culmine à quatre-vingt-trois mètres de hauteur. Nous avons mesuré de notre côté dans la base topographique de l’État : le point de la cheminée y porte une altitude de quatre-vingt-deux mètres huit, acquise par photogrammétrie et annoncée à un mètre cinquante près, son champ de hauteur restant vide, et le service d’altimétrie donne sept mètres vingt-six au sol, au pied. L’écart entre les deux vaut soixante-quinze mètres cinquante-quatre.

Les deux séries ne se contredisent que si l’on prend quatre-vingt-trois pour une hauteur. Elles sont compatibles si c’est une altitude. Nous ne tranchons pas, et nous ne donnons pas de hauteur de silo : aucune des sources institutionnelles lues n’en publie une pour les silos élevés au nord du site, et le seul objet nommé Silo que la base topographique porte dans l’emprise est donné à six mètres quatre-vingts, pour un usage agricole.

Pour les deux tours, la situation est pire. La ville écrit une quarantaine de mètres, source unique, et deux champs de la base topographique de l’État se contredisent entre eux, l’un plaçant le toit à quarante-cinq mètres neuf sur un sol à sept mètres, l’autre donnant une hauteur de dix-huit mètres cinquante. Nous ne publions donc aucune hauteur de tour.

Un désaccord de dates mérite enfin d’être signalé, parce qu’il concerne deux documents du même ministère. Le visa de l’arrêté du 1er décembre 2022 sur la grue, seul arrêté mis en ligne sur la notice, date cette première inscription du 17 octobre 2019, là où la notice d’objets mobiliers porte le 17 octobre 2018. Nous rapportons l’écart sans l’arbitrer.

Sources : notice PA44000077 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques et sur la plateforme ouverte du patrimoine, pour l’inscription par arrêté du 31 mars 2026, le libellé intégral de la protection avec ses quatre coquilles, la typologie d’inscription partielle, la dénomination de raffinerie de sucre, le domaine d’architecture industrielle, la propriété privée et l’adresse ; page de la métropole de Nantes publiée le 6 mai 2026, pour la date de l’acte et la hauteur annoncée de la cheminée ; article de la direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire du 26 mai 2026, pour la même hauteur annoncée, ces deux documents étant de deux institutions distinctes ; notice PA44000072 du même ministère, pour le classement du 6 mai 2026 sur le portique et le chemin de roulement de la grue, et l’arrêté d’inscription du 1er décembre 2022 qui y est joint, lu par reconnaissance optique, pour le désaccord de date avec la notice d’objets mobiliers ; service d’interrogation du plan cadastral de l’IGN, pour les contenances des parcelles DW 117, 118 et 119 ; base topographique et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs, pour l’altitude du sommet de la cheminée, celle du sol et l’écart entre les deux ; Géoportail de l’urbanisme, plan local d’urbanisme métropolitain dans sa version du 18 mai 2026, pour le zonage de la parcelle, le périmètre de projet urbain et le droit de préemption renforcé ; deux dossiers de presse de l’aménageur public, lus intégralement, qui n’assignent aucun programme à ce terrain ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 4 novembre 2026, pour l’unique notice de dénomination raffinerie de sucre, les douze notices de dénomination sucrerie, l’unique mention de sheds conoïdes, les cent trente notices de la commune rendues par les deux voies, les trois cent soixante-treize du département et les deux seules dont la protection la plus récente tombe en 2026. Ne sont pas établis : le texte intégral de l’arrêté du 31 mars 2026, que le ministère déclare consultable sur place seulement, le plan annexé, l’existence d’un bâtiment T sud, la hauteur réelle de la cheminée et celle des deux tours, la hauteur des silos élevés au nord du site, qu’aucune des sources lues ne donne, et le programme futur du site.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui est protégé exactement ?

Le libellé officiel répartit la protection en deux régimes. Quatre éléments sont protégés en totalité : le bâtiment des sirops, lettre S, la passerelle jointive entre les bâtiments R et S, l'ancienne cartonnerie, lettres L, N et K, à sheds conoïdes, et la cheminée, lettre C. Quatre autres le sont pour leurs façades et toitures : le bâtiment administratif B, l'atelier H, l'ancien entrepôt des sucres bruts T nord, et le bâtiment des sucres raffinés R. Mais pour ces deux derniers, le texte va au-delà de l'enveloppe : il ajoute la charpente métallique à fermes Polonceau pour l'entrepôt, et l'ossature métallique pour le bâtiment R.

Y a-t-il des exclusions ?

Une seule, et elle est nommée : les planchers des quatre premiers niveaux du bâtiment des sucres raffinés sont exclus de la protection. C'est la seule phrase d'exception de tout le libellé.

La protection porte-t-elle sur toute l'usine ?

Non, et le mot partiellement figure dans la typologie de la protection que publie le ministère. Neuf lettres de bâtiment sont nommées dans l'acte : B, H, T, R, S, L, N, K et C. Le texte précise T nord, ce qui laisse supposer l'existence d'un T sud, non cité et donc non couvert, mais nous n'avons trouvé aucune source nommant un tel bâtiment.

La cheminée fait-elle vraiment quatre-vingt-trois mètres ?

Deux institutions l'écrivent, la direction régionale des affaires culturelles et la métropole. Mais nous avons mesuré de notre côté, et le résultat ne colle pas tout à fait : la base topographique de l'État porte le point de la cheminée à quatre-vingt-deux mètres huit d'altitude, son champ de hauteur restant vide, sur un sol relevé à sept mètres vingt-six, ce qui donne soixante-quinze mètres cinquante-quatre de hauteur. Les deux séries ne sont compatibles que si le chiffre de quatre-vingt-trois est une altitude et non une hauteur. Nous ne tranchons pas.

Que va devenir le site ?

Nous ne le savons pas, et nous préférons le dire. Le plan local d'urbanisme métropolitain, dans sa version de mai 2026, range la parcelle en zone d'activités économiques industrielles, logistiques et de commerce de gros, sous périmètre de projet urbain et avec un droit de préemption renforcé. Mais les deux dossiers de presse de l'aménageur que nous avons lus intégralement n'assignent aucun programme à ce terrain. C'est une absence constatée dans ces deux documents, et dans ces deux documents seulement.
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