Dix mille tonnes de sel par an : le damier des marais de Guérande est entièrement fait de main d’homme

Les marais salants de Guérande vus depuis le clocher de Batz-sur-Mer
Les marais salants de Guérande (Loire-Atlantique). Photo : Ji-Elle, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Vu d’en haut, le marais salant de Guérande ressemble à un damier posé au ras de l’eau. Ce dessin n’a rien de naturel : chaque bassin, chaque talus, chaque canal a été façonné à la main. L’ensemble produit en moyenne 10 000 tonnes de sel par an.

Les marais occupent une vaste zone plane dont l’altitude ne dépasse pas six mètres, entre le coteau de Guérande au nord et la presqu’île du Croisic au sud. L’eau de mer y entre à marée montante par deux bras de mer, les traicts, à la faveur d’un passage de cinq cents mètres de large entre le port du Croisic et la pointe de Pen-Bron.

Le trajet de l’eau, de l’océan à l’œillet

Le principe est celui d’une descente très lente. L’eau de mer circule de bassin en bassin, se réchauffe et s’évapore, se concentre en sel, jusqu’au bassin final, l’œillet, où les cristaux se forment. C’est là que le paludier intervient.

  • Le las, un rouable à manche démesuré de cinq mètres, sert à ramener le gros sel formé au fond de l’œillet.
  • La lousse sert à cueillir la fleur de sel en surface.
  • Le râteau à limu permet d’expulser les algues.
  • La ladure et le trémet sont les plates-formes où le sel s’égoutte avant d’être transporté.

Le paludier tourne autour de son œillet et pousse l’eau avec son las, créant des vagues qui écrèment le sel. Toute l’habileté consiste à ramener les cristaux en entraînant le moins d’argile possible. Le tas égoutte toute la nuit avant d’être remonté le lendemain.

Un métier qui a failli s’éteindre

Les paludiers connaissent leur âge d’or à la fin du XVIIe siècle, avec le développement des grandes pêches à la morue et au hareng, qui exigent du sel pour la conservation. Leur apogée territorial date de 1850. Après les tempêtes de 1877, 1880, 1894 et 1900, qui emportent plusieurs centaines de mètres de levées, un syndicat des digues est créé en 1901 et les protections sont renforcées par des murs maçonnés.

Vers 1970, pourtant, l’exploitation est en voie d’abandon. La reprise s’amorce grâce à une prise de conscience : en 1979, une formation professionnelle au métier de paludier est créée, et en 1989, les producteurs constituent une coopérative agricole.

RepèreValeur
Production annuelle moyenneenviron 10 000 tonnes de sel
Œillets par paludier50 à 60, soit 3 à 4 hectares
Production par paludier60 à 90 tonnes de gros sel, 2 à 3 tonnes de fleur de sel
Altitude maximale de la zone6 mètres
Site classé depuis 19963 610 hectares sur cinq communes
Une production artisanale, à l’échelle d’un paysage entier.

Une année de travail pour un été de récolte

La récolte a lieu l’été, mais le reste de l’année ne l’est pas moins. À l’automne, le sel doit être protégé des grandes marées et des gelées, et les bassins remis en état. Au printemps, il faut vider les salines de l’eau de pluie accumulée, retirer la vase et les algues. Le paludier surveille aussi cinq paramètres météorologiques, du vent à l’évaporation, pour décider du démarrage de la récolte.

Un paysage protégé à trois niveaux

Les marais salants de Guérande sont inscrits à l’inventaire de la convention de Ramsar depuis septembre 1995, conjointement avec les marais du Mès, au titre des zones humides d’importance internationale. Ils font partie du réseau Natura 2000 avec le traict du Croisic et les dunes de Pen-Bron, et sont un site classé depuis 1996, sur 3 610 hectares répartis entre cinq communes.

Ce damier est l’exemple type du paysage que seule la vue d’ensemble explique. Au sol, on longe des talus d’argile et des flaques ; d’en haut, on lit un réseau hydraulique complet, qui fonctionne au millimètre depuis des siècles, et dont la géométrie dépend entièrement de la pente et de la marée. La même logique se lit dans la roue de l’étang de Montady, dans l’Hérault.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice des marais salants de Guérande, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Combien de sel produisent les marais de Guérande ?

Environ 10 000 tonnes par an en moyenne, une production très inférieure à celle, plus industrielle, des salines méditerranéennes comme Salin-de-Giraud.

Qu'est-ce qu'un œillet ?

Le bassin final où le sel cristallise. Un paludier en exploite en moyenne 50 à 60, soit trois à quatre hectares, et en tire entre 60 et 90 tonnes de gros sel et 2 à 3 tonnes de fleur de sel.

Quelle différence entre gros sel et fleur de sel ?

Le gros sel se récolte dans le fond argileux du bassin : il est naturellement gris et riche en magnésium et en oligo-éléments. La fleur de sel est cueillie à la surface, en cristaux fins et blancs.

Le métier de paludier a-t-il failli disparaître ?

Oui. L'exploitation était en voie d'abandon vers 1970. Une prise de conscience a amorcé la reprise, avec la création en 1979 d'une formation professionnelle et, en 1989, d'une coopérative de producteurs.

Les marais sont-ils protégés ?

Oui, à plusieurs titres : convention de Ramsar depuis 1995, réseau Natura 2000, et site classé depuis 1996 sur 3 610 hectares répartis sur cinq communes.
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