Mis à jour le 25 septembre 2026 : Ajout des prémices dauphinoises et de la traque militaire de Duhamel.
Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, une série d’attaques, le plus souvent mortelles, frappe le nord du Gévaudan, l’actuelle Lozère. Certaines sources en comptent entre 88 et 124. La majorité des historiens les attribue à plusieurs loups devenus anthropophages, et non à une créature unique.
L’affaire est pourtant restée dans la mémoire collective comme celle d’un monstre. Ce décalage entre les faits et le récit tient à trois choses : un pays isolé, une presse qui cherchait des lecteurs, et deux animaux abattus à deux ans d’écart, dont le premier n’a pas mis fin aux attaques.
Trois ans d’attaques dans un pays d’élevage
Les attaques se concentrent dans le nord de l’ancien pays du Gévaudan, une région d’élevage qui correspond globalement à l’actuel département de la Lozère. Quelques cas sont signalés dans le sud de l’Auvergne, le nord du Vivarais, le sud du Velay et le Rouergue, ce qui touche aussi les confins de l’Aveyron. Le royaume compte alors quelque 20 000 loups.
Une affaire amplifiée par la presse
Le drame survient à un moment particulier : au sortir de la guerre de Sept Ans, les journaux manquent de sujets et de ventes. Le Courrier d’Avignon, puis la Gazette de France et les gazettes internationales s’emparent de l’affaire et publient en quelques mois des centaines d’articles, en feuilleton.
L’affaire dépasse vite le fait divers. Elle mobilise de nombreuses troupes et nourrit toutes sortes de croyances. Selon les récits de l’époque, la Bête est tour à tour un loup, un animal exotique, voire un « sorcier » capable de charmer les balles. L’évêque de Mende parle, lui, de « châtiment divin ».
Deux animaux abattus, à deux ans d’écart
À l’été 1765, le roi envoie son porte-arquebuse, François Antoine, avec son fils, des limiers et quatorze gardes-chasses. Il arrive à Saint-Flour, passe par Le Malzieu, puis s’installe à Sauzet. En septembre 1765, il abat un grand loup sur le domaine de l’abbaye royale des Chazes. L’animal est empaillé et exhibé à Versailles, et les journaux comme la Cour se désintéressent de l’affaire.
Mais les attaques reprennent quelque temps plus tard. Le 19 juin 1767, à La Besseyre-Saint-Mary, le paysan Jean Chastel abat un second animal, identifié comme un loup ou un canidé ressemblant en partie à un loup. Après cette date, plus aucune attaque mortelle n’est signalée dans la province.
Le 19 juin 1767, à La Besseyre-Saint-Mary, le paysan Jean Chastel abat un second animal, identifié comme un loup ou un canidé ressemblant en partie à un loup.
| Date | Événement |
|---|---|
| 30 juin 1764 | Première attaque attribuée à la Bête |
| 1764-1765 | Les gazettes publient l’affaire en feuilleton |
| Été 1765 | Arrivée de François Antoine, envoyé par le roi |
| Septembre 1765 | Un grand loup abattu aux Chazes, exhibé à Versailles |
| Après 1765 | Les attaques reprennent |
| 19 juin 1767 | Jean Chastel abat un second animal à La Besseyre-Saint-Mary |
Un phénomène qui n’est pas unique
Ce qui rend l’affaire moins mystérieuse qu’elle n’en a l’air, c’est qu’elle a des précédents et des suites. Les archives décrivent plusieurs « bêtes dévorantes » au comportement comparable, qui ciblaient exclusivement des êtres humains :
- la bête de l’Auxerrois, entre 1732 et 1734 ;
- la bête de Primarette, entre 1747 et 1752 ;
- la bête du Lyonnais, entre 1754 et 1756 ;
- la bête des Cévennes, entre 1809 et 1817.
Ces cas s’inscrivent dans un contexte plus large : des centaines d’attaques attribuées en France, de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, à des loups dits « carnassiers », c’est-à-dire anthropophages.
Et l’homme derrière la Bête ?
C’est la question qui revient le plus souvent. Au Malzieu-Ville, un groupe de statues montre un homme vêtu d’une peau de loup lâchant sur un berger une bête cuirassée : c’est l’illustration d’une hypothèse populaire, celle d’un animal dressé par un humain. Il faut le dire nettement : cette théorie est considérée comme saugrenue par les historiens. Elle s’inspire notamment de romans du XXe siècle, ceux de l’angliciste Abel Chevalley et du folkloriste Henri Pourrat.
L’identité biologique exacte des animaux reste débattue, et la question est parfois ravivée par les controverses liées au retour du loup en France. Mais le consensus des historiens demeure celui de plusieurs loups devenus anthropophages.
La Bête du Gévaudan n’a donc pas besoin de surnaturel pour être extraordinaire. Ce qui frappe, à la relecture des archives, c’est la rencontre entre des attaques bien réelles, une région isolée et une presse naissante, qui ont fabriqué ensemble un récit plus durable que les faits eux-mêmes. Les lieux, La Besseyre-Saint-Mary, les Chazes, Le Malzieu, en gardent la mémoire.
Un animal déjà signalé avant le Gévaudan ?
Dès 1763, une série d’attaques est recensée en Dauphiné. Les témoins décrivent un animal « de la taille d’un très gros loup, couleur de café brûlé un peu clair », avec une bande sombre sur le dos et une touffe de poils sur la tête. Fin octobre, la créature s’en prend à un jeune berger de quatorze ans, sauvé par une camarade. Ces éléments ont conduit certains auteurs, dont Jean-Claude Bourret, à avancer l’hypothèse d’un même animal, avant même son arrivée en Gévaudan.
Les premières victimes et l’organisation des battues
Le 30 juin 1764, Jeanne Boulet, quatorze ans, est tuée près de Langogne : c’est la première victime officiellement recensée. Une seconde jeune fille du même âge meurt le 8 août au hameau de Masméjean. Face à la multiplication des attaques dans la forêt de Mercoire, Étienne Lafont, syndic du diocèse de Mende, envoie depuis Marvejols des chasseurs conduits par le sieur Mercier, avant d’alerter l’intendant du Languedoc et le comte de Moncan, commandant en second de la province.
La Légion de Clermont-Prince sur le terrain
En octobre 1764, plusieurs attaques touchent les environs d’Apcher, de La Fage-Montivernoux et de Prinsuéjols ; près du château de la Baume, des chasseurs parviennent pour la première fois à blesser l’animal, qui s’enfuit en boitant. Le comte de Moncan confie alors la traque au capitaine Duhamel, officier de la Légion de Clermont-Prince, ancien régiment de volontaires liégeois de la guerre de Sept Ans. Il rassemble 56 soldats, à pied et à cheval, casqués et armés de carabines, qui rejoignent Mende puis Saint-Chély-d’Apcher début novembre. Devant l’absence de résultats, les États de Languedoc promettent, le 15 décembre, une prime de 2 000 livres à qui tuera la Bête.
Un mandement resté célèbre
Le 31 décembre 1764, l’évêque de Mende, également comte de Gévaudan, lance un mandement appelant à la prière et à la pénitence, citant saint Augustin et une menace biblique attribuée à Moïse. Des prières de quarante heures sont récitées trois dimanches de suite, sans effet sur les attaques qui se poursuivent au début de l’année 1765.
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Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notice de la bête du Gévaudan, Wikipédia en français, et les travaux d’historiens qu’elle cite.

