Son belvédère a été nommé d’après le Colorado : les gorges du Tarn, 53 kilomètres de canyon

Les gorges du Tarn dans leur partie la plus étroite, vues du Roc des Hourtous
Les gorges du Tarn vues du Roc des Hourtous, en Lozère. Photo : Myrabella, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le meilleur belvédère des gorges du Tarn s’appelle le Point Sublime, et il porte ce nom par analogie avec un point de vue semblable au-dessus du canyon du Colorado. La comparaison n’est pas absurde : le canyon atteint ici 600 mètres de profondeur, et aux Détroits, 1 200 mètres seulement séparent les rebords des deux plateaux.

Les gorges du Tarn sont un canyon creusé par la rivière entre le causse Méjean et le causse de Sauveterre, principalement en Lozère. Elles comptent parmi les plus hautes d’Occitanie et sont remarquables par leur longueur : plus de cinquante kilomètres.

Cinquante-trois kilomètres entre deux plateaux

Le Tarn prend sa source sur le mont Lozère, un massif granitique, et c’est immédiatement en sortant de ce massif que la rivière aborde les plateaux des grands Causses. La traversée de cette zone calcaire se fait par un canyon profond de 400 à 600 mètres, creusé entre Quézac et Le Rozier sur 53 kilomètres.

L’origine du relief est tectonique avant d’être fluviale. Au Miocène, les contrecoups de l’orogenèse alpine provoquent une surrection d’ensemble du Massif central. Le soulèvement de son extrême sud-est fait monter les Causses à une hauteur moyenne de 800 mètres au nord et de 1 000 mètres au sud, avec un maximum de 1 247 mètres au mont Gargo sur le causse Méjean. L’érosion intense qui en découle entaille l’ensemble tabulaire en trois gorges profondes, celles du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie.

La paroi se lit en trois étages. À la base, des barres dolomitiques du Bajocien ; au-dessus, le Bathonien inférieur, qui forme un talus incliné ; au sommet, de grandes falaises verticales de dolomie bathonienne et de dolomie du Jurassique supérieur. Cette architecture simple caractérise la partie aval, entre les Vignes et Le Rozier ; en amont, la présence de failles rend la géologie plus complexe.

Le canyon a à cet endroit une profondeur de 500 mètres et seulement 1 200 mètres séparent les rebords supérieurs des deux causses.

Une quarantaine de résurgences

Ces failles ont une conséquence très concrète : elles font sortir l’eau du calcaire. Deux exsurgences au débit très important se trouvent dans la région de Sainte-Enimie, la source de Burle et la source de Coussac, cette dernière tombant en cascade dans le Tarn. Elles semblent drainer une partie importante du causse de Sauveterre.

De l’autre côté de la rivière, l’exsurgence de Castelbouc, également très puissante, draine une bonne partie du causse Méjean, jusqu’à l’aven de Hures. On a dénombré une quarantaine de résurgences plus ou moins abondantes tout au long du Tarn, dont celle de Cénaret à Saint-Chély-du-Tarn, qui alimente un petit lac souterrain de trente mètres de diamètre et huit mètres de profondeur dans la grotte du même nom.

La région porte aussi la trace d’un volcanisme quaternaire, à deux endroits. Le premier, un peu à l’écart des gorges, est un neck double de basalte entouré de brèches, à Sauveterre, sur lequel est bâti le village. Le second se trouve dans le canyon même, au niveau d’Eglazines, sous forme d’intrusions de basalte : cette éruption s’est mise en place avant que le canyon ne soit complètement creusé.

Dans les grottes vit une faune cavernicole remarquable. La grotte de Castelbouc abrite deux espèces endémiques de mollusque, et les cavités des gorges accueillent des chauves-souris rares comme le grand murin, le grand rhinolophe et le petit rhinolophe.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Longueur du canyon53 km, de Quézac au Rozierl’une des plus longues gorges d’Occitanie
Profondeurde 400 à 600 mètrestrois étages de calcaire et de dolomie
Largeur aux Détroits1 200 m entre les deux rebordspour 500 mètres de profondeur
Altitude des causses800 m au nord, 1 000 m au sudmaximum de 1 247 m au mont Gargo
Résurgences recenséesune quarantainedont Burle, Coussac et Castelbouc
Hauteur du Baousso del Bielarche de 40 mètressur la corniche du causse Méjean
Les gorges du Tarn, entre Lozère et Aveyron.

Des cirques, des arches et un éboulement

De l’amont vers l’aval, les gorges égrènent une succession de sites qui ont fait leur réputation. Le cirque de Pougnadoires, puis celui de Saint-Chély-du-Tarn, ouvrent la série. Viennent ensuite les Détroits, l’endroit le plus resserré, accessible en barque ou en canoë.

Le cirque des Baumes, situé sous le Point Sublime, est installé au niveau d’un coude du Tarn et présente une particularité : il est hérissé de rochers en forme de tours et de clochetons. Plus bas, le Pas de Soucy est un énorme éboulis, résultant peut-être d’un tremblement de terre, qui obstrue la vallée et sous lequel le Tarn disparaît avant de ressortir un peu plus loin.

La corniche du causse Méjean, entre Le Rozier et les Vignes, est une série de rochers et d’arches dolomitiques surplombant le Tarn à grande hauteur, accessibles par un sentier vertigineux. On y trouve le rocher de Capluc, celui de Cinglegros, le Baousso del Biel, une arche haute de quarante mètres, et le pas de l’Arc. L’ensemble des gorges est un site naturel classé.

Le fond de la vallée, lui, est habité depuis longtemps. Une série de châteaux se succèdent le long du Tarn à peu de distance les uns des autres, notamment sur la commune de Sainte-Enimie, avec Castelbouc, La Caze et Hauterives, mais aussi à La Malène et plus en aval à Saint-Rome-de-Dolan.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, l’évidence est la platitude de ce qui entoure le vide. Les causses forment un ensemble tabulaire, une surface presque horizontale à 800 ou 1 000 mètres d’altitude, et le canyon y est entaillé comme un trait de scie. Il n’y a pas de versants progressifs : on passe du plateau au gouffre en quelques mètres.

La vue aérienne montre aussi un microclimat. Le fond des gorges est beaucoup moins rude que les plateaux de part et d’autre, du seul fait de la différence d’altitude, avec un ensoleillement très important et un climat de type méditerranéen. C’est ce qui explique une anomalie botanique : des hêtres poussent dans la ripisylve, alors qu’ils préfèrent les climats frais et humides, mais tirent par leurs racines l’humidité des eaux du Tarn.

Elle rend enfin visible le travail du calcaire, qui ne se limite pas à la surface. Sous les plateaux, l’eau a creusé un réseau souterrain dont les quarante résurgences sont la sortie, le même mécanisme qui a formé le gouffre de Padirac. Et à l’autre bout de la région, le cirque de Navacelles montre ce que devient un méandre quand la rivière finit par le recouper.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice des gorges du Tarn, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Quelle est la longueur et la profondeur des gorges ?

La traversée de la zone calcaire se fait par un canyon profond de 400 à 600 mètres, creusé entre Quézac et Le Rozier sur une longueur de 53 kilomètres. Les gorges sont principalement situées en Lozère, mais sont aussi visibles en Aveyron.

Pourquoi le Point Sublime porte-t-il ce nom ?

Par analogie avec un point semblable situé au-dessus du canyon du Colorado. C'est le meilleur point de vue sur le canyon, et il surplombe le cirque des Baumes.

Où les gorges sont-elles les plus étroites ?

Aux Détroits, accessibles en barque ou en canoë. Le canyon y atteint 500 mètres de profondeur et 1 200 mètres seulement séparent les rebords supérieurs des deux causses.

Comment ce canyon s'est-il formé ?

Au Miocène, les contrecoups de l'orogenèse alpine provoquent une surrection d'ensemble du Massif central. Les Causses montent à une hauteur moyenne de 800 mètres au nord et 1 000 au sud, ce qui déclenche une érosion intense et le creusement des gorges du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie.

Qu'est-ce que le Pas de Soucy ?

Un énorme éboulis, résultant peut-être d'un tremblement de terre, qui obstrue la vallée. Le Tarn disparaît dessous pour ressortir un peu plus loin.

Quels oiseaux peut-on y voir ?

Trois espèces de vautours : le percnoptère, réapparu tout seul après une longue absence, le vautour fauve, réintroduit, et le vautour moine. On y observe aussi le milan noir, le balbuzard, le circaète Jean-le-Blanc, le faucon pèlerin et l'aigle royal.
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