La grotte du Mas-d’Azil, en Ariège, est traversée à la fois par une rivière, l’Arize, et par une route départementale. C’est l’une des très rares grottes d’Europe que l’on peut franchir en voiture. Et c’est en creusant cette route que l’on a découvert une culture préhistorique entière, qui porte depuis le nom de la grotte : l’Azilien.
La cavité se trouve à un kilomètre au sud du village du Mas-d’Azil, dans le massif du Plantaurel, à une trentaine de kilomètres de Foix. Elle se développe sur 2 100 mètres, et l’entrée sud de la rivière, la « Porte de l’Arize », forme un porche de 51 mètres de haut pour 48 mètres de large.
Un tunnel creusé par la rivière
Une partie de la grotte est un tunnel naturel long de 420 mètres, large en moyenne de 50 mètres. La route départementale D119 y longe l’Arize sur 410 mètres. Autrefois, la rivière coulait en surface, dans la vallée, une soixantaine de mètres plus haut. Elle s’est peu à peu enfoncée dans le réseau karstique, en agrandissant les failles.
Pendant les phases glaciaires, les éboulis la chargeaient d’alluvions au point qu’elle bouchait sa propre percée et creusait d’autres galeries. Lors des phases plus douces, elle rouvrait la grotte, ce qui a permis aux Aurignaciens puis aux Magdaléniens de s’y installer.
Une route qui fait surgir la préhistoire
Dès 1857, la grotte est profondément transformée pour aménager une route impériale le long de la rivière. Les travaux déplacent une grande quantité de sédiments, et des vestiges archéologiques apparaissent. Commence alors un demi-siècle de fouilles.
| Période | Chercheur | Apport |
|---|---|---|
| Fin des années 1840 – fin des années 1880 | Abbé Jean-Jacques Pouech | Relevé topographique de la grotte, étude des ossements |
| 1862-1867 | Félix Garrigou | Un article qui rend la grotte célèbre en France |
| Après 1875 | Félix Régnault et Tibulle Ladevèze | Nouvelles fouilles après la crue de l’Arize |
| Dès 1887 | Édouard Piette | Une chronologie fondée sur l’évolution de l’art préhistorique |
L’Azilien, une culture née d’une grotte
Le Mas-d’Azil est un site éponyme : il a donné son nom à une culture. L’Azilien, défini par Édouard Piette, se situe entre le Magdalénien et le Mésolithique, environ 12 000 à 9 500 ans avant le présent. On lui doit une industrie de petits outils de pierre, des harpons plats et de nombreux galets peints à l’ocre rouge, vieux d’environ 10 000 ans. La grotte a aussi livré un propulseur sculpté célèbre, le « Faon aux oiseaux ».
L’occupation humaine ne s’arrête pas là. Au Néolithique, il y a environ 4 000 ans, de nombreux dolmens sont dressés autour de la grotte, dont ceux de Bidot et de Seignas, classés. Des poteries ont été retrouvées à l’entrée.
Refuge des persécutés, puis projet d’usine
- IIIe siècle : les premiers chrétiens, persécutés, y établissent un lieu de prière.
- XIIIe siècle : un refuge probable pour les cathares, sans indice formel.
- 1625 : les protestants s’y réfugient pendant le siège infructueux mené par le maréchal de Thémines. En représailles, la paix d’Alès prévoit la destruction du plafond de la salle du Temple.
- 1940 : la grotte est réquisitionnée pour une usine de pièces d’avions. Les travaux cessent dès juillet, après la défaite.
- 1943-1944 : l’occupant envisage d’y installer des ateliers. Le projet est abandonné, notamment parce qu’il aurait bloqué la route.
Le Mas-d’Azil a cette particularité d’être à la fois un site archéologique majeur et un lieu de passage quotidien. Les automobilistes qui le traversent roulent littéralement à travers l’histoire de la préhistoire européenne, dans un tunnel que la rivière a mis des millénaires à creuser et que la science a mis un demi-siècle à comprendre.
À voir autour
- L’oppidum d’Ensérune : un autre site où la roche tendre a façonné l’occupation humaine
- Les ruines de Montségur : l’autre grand site ariégeois lié à l’histoire cathare
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de la grotte du Mas-d’Azil, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.
