Le 24 mars 2026, le préfet de la région Occitanie a signé à Toulouse deux arrêtés distincts, numérotés 00001 et 00002, inscrivant au titre des monuments historiques deux grottes ornées voisines de l’Ariège : la grotte des Églises, à Ussat, et la grotte de Fontanet, à Ornolac-Ussat-les-Bains. Les deux actes visent le même et unique avis de commission, celui du 16 décembre 2025.
Chacun protège deux choses à la fois : un réseau souterrain, et un polygone dessiné en surface au-dessus de lui. Sept sommets pour Ussat, neuf pour Ornolac, donnés en coordonnées dans le corps même de l’arrêté. Et la phrase qui nomme ce polygone n’appartient presque à personne : sur les quarante-six mille sept cent soixante et une notices de l’export national des immeubles protégés, deux emploient la formule zone d’emprise en surface du monument. Ce sont ces deux-là.
L’État a dessiné en surface le contour de ce qu’il protège sous terre.
Ce que les deux actes protègent, au mot
Nous avons lu les deux arrêtés en entier dans le recueil de la préfecture de région, leur corps étant en image, par reconnaissance optique relue jusqu’à neuf cents points par pouce là où un chiffre tombait en fin de ligne. L’article premier d’Ussat inscrit l’ensemble monumental constitué par tout le réseau souterrain dit grotte des Églises, incluant les galeries ornées et les gisements archéologiques, ainsi que la zone d’emprise en surface délimitée par un polygone à sept sommets numérotés dans le sens horaire. Celui d’Ornolac écrit la même architecture de phrase pour la galerie ornée et son gisement, avec neuf sommets. Les deux polygones tombent sur une seule parcelle chacun, la A 1470 d’Ussat, de 269 784 mètres carrés, et la A 1555 d’Ornolac, de 328 889.
La méthode n’est pas née ce jour-là. La tournure polygone à suivie d’un nombre de sommets n’apparaît que dans quatre notices de l’export, toutes en Occitanie : la grotte de Bruniquel, inscrite le 4 mars 2019, l’abri de Lagrave à Faycelles, inscrit le 3 juin 2020, puis ces deux grottes. Trois l’écrivent dans le libellé même de leur protection ; pour Bruniquel elle ne subsiste que dans les observations de la notice, l’édifice ayant depuis été classé. De ces deux actes antérieurs nous n’avons lu que les libellés de notice, et ils n’emploient pas les mots zone d’emprise en surface du monument. La pratique a donc au moins sept ans, la phrase qui la nomme a huit mois.
Vu du ciel, deux tracés qui n’enferment pas le même terrain
Les sommets publiés permettent de calculer les surfaces, ce que ni l’arrêté ni la notice ne font. Nous l’avons fait par la formule des lacets, après avoir contrôlé notre lecture des coordonnées : reconverties, elles placent les deux centroïdes à l’intérieur de leur polygone, à seize et vingt-sept mètres du point que la notice publie.
| grotte des Églises, Ussat | grotte de Fontanet, Ornolac | |
|---|---|---|
| sommets du polygone | 7 | 9 |
| aire, notre calcul | 5,08 hectares | 18,70 hectares |
| part de la parcelle | 18,8 % | 56,8 % |
| dénivelé entre sommets | 210 mètres | 458 mètres |
Deux kilomètres sept cent dix séparent les deux points de notice, par haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres. Le tracé d’Ornolac avale un versant entier, de cinq cent vingt-cinq à près de mille mètres ; celui d’Ussat reste sur un flanc. Les deux arrêtés emploient la même formule et protègent deux sortes de relief.
Une propriété en dixièmes, confirmée par une source qui n’est pas l’État
L’arrêté d’Ornolac écrit la propriété de la parcelle en fractions : sept dixièmes à Tarascon-sur-Ariège, deux dixièmes à Ornolac-Ussat-les-Bains, un dixième à Ussat, avec le numéro d’identification de chaque commune. La grotte d’Ornolac appartient donc majoritairement à une troisième commune, et la commune de l’autre grotte en détient un dixième.
Ce point se recoupe hors de l’administration. Une thèse soutenue à l’université de Bordeaux en 2019, sept ans avant l’arrêté et sans rapport avec lui, nomme les trois mêmes communes propriétaires et qualifie leur statut foncier de complexe. Elle ajoute que les propriétaires ne voulaient pas accorder d’autorisation avant l’échéance d’une concession, en septembre 2017, et que l’accord n’est venu qu’en décembre, pour une seule semaine de travail sur place en janvier 2018.
Sources : arrêtés R76-2026-03-24-00001 et R76-2026-03-24-00002, signés à Toulouse le 24 mars 2026 par le préfet de la région Occitanie, lus en entier dans le recueil R76-2026-158 de la préfecture de région ; notices PA09000041 et PA09000042 et export national des immeubles protégés, 46 761 notices, interrogé le 6 novembre 2026, ces deux publications relevant du même ministère et ne faisant donc pas deux sources indépendantes du libellé ; Lysianna Ledoux, thèse de doctorat, université de Bordeaux, 2019, seule source indépendante ici, pour le statut foncier et la réserve sur la datation ; services d’altimétrie et du plan cadastral de l’IGN, et nos calculs d’aires et de distances. Ne sont pas établis : le nombre de grottes ornées protégées en France, l’export ne portant aucune rubrique qui le permette ; l’arrêté de Lagrave de 2020, non lu ; le nombre de figures pariétales. Nous n’avons trouvé aucune communication publique sur ces deux inscriptions, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu. Aucune indication d’accès n’est publiée ici.

