Une tour de huit mètres cinquante montée en même temps que sa motte, datée vers 875 : la Truque de Maurélis, dans le Lot

Des champs de tournesols à Castelnau-Montratier, dans le Lot
La campagne de Castelnau-Montratier. Aucune photographie libre de la motte de la Truque de Maurélis n'existe : cette vue montre la commune, non l'ouvrage classé. Photo : Francois R THOMAS, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Un arrêté du 10 avril 2026 a classé au titre des monuments historiques la motte castrale dite la Truque de Maurélis, à Castelnau-Montratier, dans le Lot, sur deux parcelles qui totalisent 1,375 hectare. Elle n’était qu’inscrite depuis le 7 mars 2022.

Une précision avant tout le reste : nous n’avons pas lu cet arrêté. Nous ne l’avons trouvé ni dans les archives en ligne du Bulletin officiel du ministère, qui s’arrêtent à janvier 2026, ni parmi les actes qu’il publie un par un depuis. Tout ce que nous citons de la protection vient du champ de précision de la notice du ministère, qui déclare reprendre intégralement les termes de l’acte et faire foi juridiquement.

Ce que l’État dit de l’édifice, en revanche, est documenté. Une notice détaillée de la direction régionale des affaires culturelles d’Occitanie décrit une tour en moellons équarris montés au mortier, conservée sur 8,50 mètres de hauteur et prise dans une motte de terre, et rapporte que les analyses au carbone 14 ont livré la date des environs de 875 pour l’édification de la motte.

La tour est élevée en même temps que la motte.

Ce même document rapporte les fouilles menées de 2004 à 2008 sous la direction d’un professeur d’archéologie médiévale de l’université de Toulouse, et en tire deux résultats : la datation haute a été affinée, et le mode de construction est, écrit la direction régionale, unique en Europe, la tour étant élevée en même temps que la motte. Ces mots sont les siens, rapportant ces travaux. Nous ne les avons pas lus à la source, et nous n’avons aucun corpus européen qui permettrait de recompter cette unicité.

Une date haute, rare sans être unique

Cette datation vient d’un laboratoire et non d’une lecture de style, ce qui est peu courant pour un ouvrage de terre. Reste à savoir ce qu’elle vaut ailleurs. Dans l’export national, le champ du siècle de construction est renseigné pour 39 701 notices sur 46 761 : quarante-sept portent une indexation au neuvième siècle, et deux seulement la placent dans son dernier quart, celle-ci et une ancienne chapelle de l’Hérault.

Il faut dire aussi ce que ce chiffre n’est pas : deux cent soixante notices sont indexées plus haut encore, du premier au huitième siècle. Une datation au neuvième siècle est rare, elle n’est pas la plus ancienne de France.

Ce que le classement ajoute, et ce qu’il n’ajoute pas

La comparaison des deux libellés réserve une surprise. L’inscription de 2022 portait sur les vestiges en élévation de la motte, ainsi que sur le sol et le sous-sol des deux parcelles, en totalité. Le classement de 2026 protège la motte en totalité, et énumère les vestiges en élévation, les vestiges archéologiques enfouis, ainsi que les sols et sous-sols.

Le seul terme réellement ajouté est donc celui des vestiges archéologiques enfouis. Les sols et sous-sols étaient déjà dans le périmètre de 2022, et les deux parcelles sont les mêmes. Ce qui change vraiment, c’est le niveau de protection, qui passe de l’inscription au classement.

Vu du ciel, deux parcelles mitoyennes et un éperon

Les deux parcelles ne sont pas emboîtées, elles sont mitoyennes. Nous avons comparé leurs contours au plan cadastral : cinq des six sommets de la petite sont communs à ceux de la grande, qui ne comporte aucun anneau intérieur. La petite fait 900 mètres carrés, 39,5 mètres sur 32,5, et elle s’appuie au sud-est de la grande, qui en fait 12 850.

Nous avons ensuite mesuré le relief au service d’altimétrie de l’État, en balayant les deux parcelles puis en traçant des profils depuis le point le plus haut, à 243 mètres, qui se trouve dans la grande parcelle. Vers le sud, le sol tombe en quinze mètres jusqu’à un creux que le sommet domine de dix mètres, puis le terrain remonte sans jamais rattraper la butte : à deux cents mètres au sud, le plateau plafonne un mètre plus bas qu’elle. Vers l’est, rien ne remonte du tout, et le terrain perd trente-deux mètres en soixante.

Autrement dit, le tertre n’occupe pas le milieu d’une plaine mais le bout d’un éperon, et c’est du côté du plateau qu’il a été coupé. C’est exactement là que la notice régionale place quatre fossés parallèles. Le creux que nous avons mesuré pourrait en être la trace, mais aucune source ne l’établit et nous ne l’affirmons pas.

Sources : notice PA46000079 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, 46 761 notices, interrogé le 6 novembre 2026, pour les libellés des protections de 2022 et de 2026, les parcelles et les décomptes du champ de siècle, renseigné pour 39 701 notices ; l’arrêté du 10 avril 2026 n’a PAS été lu et n’a été trouvé publié nulle part en ligne, la notice portant la mention qu’il n’est consultable que sur place, à Charenton-le-Pont ; notice détaillée de la direction régionale des affaires culturelles d’Occitanie, du même ministère et donc pas une source indépendante, pour la tour conservée sur 8,50 mètres, la datation au carbone 14, les quatre fossés, l’emprise d’environ 800 mètres carrés et les fouilles de 2004 à 2008 ; service du plan cadastral de l’IGN, qui republie le cadastre de la direction générale des finances publiques, base topographique et service d’altimétrie, pour les contenances, les contours, l’absence de bâtiment recensé et nos relevés de relief. Ne sont pas établis : le caractère unique en Europe du mode de construction, que la direction régionale avance en rapportant des travaux que nous n’avons pas lus ; le fait que le creux mesuré au sud soit l’un des quatre fossés ; ce qui est réellement debout sur les parcelles.

Questions fréquentes

Qu'ajoute le classement de 2026 ?

Un seul terme. L'inscription de 2022 portait sur les vestiges en élévation ainsi que sur le sol et le sous-sol des deux parcelles. Le libellé de 2026 protège la motte en totalité et nomme en plus les vestiges archéologiques enfouis. Les sols et sous-sols étaient donc déjà couverts : ce n'est pas une nouveauté de 2026, et les parcelles sont les mêmes dans les deux actes.

Avez-vous lu l'arrêté ?

Non, et nous n'en avons trouvé aucune version en ligne. Tout ce que nous citons de la protection vient du champ de précision de la notice du ministère, qui déclare reprendre intégralement les termes de l'arrêté et faire foi juridiquement. Nous ne connaissons donc ni son numéro, ni ses visas, ni son considérant, ni son signataire.

Reste-t-il quelque chose debout ?

La direction régionale des affaires culturelles décrit une tour en moellons équarris montés au mortier, conservée sur 8,50 mètres de hauteur et prise dans une motte de terre. Nous n'avons pas vérifié son état actuel. Ce que nous pouvons dire, c'est que la base topographique nationale ne recense aucune construction sur ces deux parcelles, ce qui s'explique : elle inventorie le bâti en service, pas les ruines.
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