Six chantiers de carriers du Haut-Empire au XVe siècle : la carrière des Pielles, à Combas dans le Gard

Une loge charbonnière dans les bois, sur la commune de Combas, dans le Gard
Les bois de Combas, dans le Gard. Aucune photographie libre de la carrière des Pielles n'existe : cette vue montre le massif où elle se trouve, non le site inscrit. Photo : Amélie Nespoulous, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le 29 juin 2026, le préfet de la région Occitanie a inscrit au titre des monuments historiques la carrière antique et médiévale des Pielles, à Combas, dans le Gard, en totalité et, précise l’acte, y compris ses vestiges enfouis. La protection couvre sept parcelles au lieu-dit Les Ombrens, dans le Bois des Lens, pour 295 140 mètres carrés de contenance cadastrale, soit 29,5 hectares.

Nous avons lu l’arrêté en entier dans le recueil de la préfecture de région, son corps étant en image. Son considérant tient en une phrase et donne deux motifs : la présence exceptionnelle de traces abondantes des techniques d’exploitation de carrière, et le prestige de la pierre des Lens, matériau qui a largement contribué à l’édification des monuments antiques du Midi.

Ce que l’État protège ici, ce n’est pas un monument, c’est l’endroit où on le taillait.

Le prestige du massif, et ce qui revient à cette carrière-ci

Le second motif demande une précaution que l’acte ne prend pas. Le prestige invoqué est celui du massif entier, qui compte plusieurs carrières. Les travaux publiés dans la revue Gallia, revue du CNRS, établissent bien que cette pierre a été reconnue dans de nombreuses œuvres antiques et qu’elle figure en bonne place dans les monuments les plus ornés, à commencer par la Maison Carrée de Nîmes. Mais c’est le matériau du massif qui est ainsi rattaché à ces monuments, pas la production des Pielles. Aucune source que nous avons lue ne permet d’attribuer un édifice identifiable à cette carrière précise, et nous ne franchissons pas ce pas.

Ce que la recherche place dans celle-ci est plus modeste et plus précis. Elle la range dans un groupe méridional de trois carrières assez modestes, dont la pierre est moins oolithique et un peu plus dure que celle du nord et du centre. Elle la compte par ailleurs, dans un autre groupe de trois, parmi les carrières à chantiers de tradition hellénistique, où l’activité romaine est restée dérisoire sauf précisément aux Pielles, dont la pierre est plus fine et plus résistante. Et elle y distingue six chantiers de carriers successifs, du début du Haut-Empire au quinzième siècle.

Ce décompte de six chantiers n’est pas administratif, et il faut le dire : la fiche du ministère ne porte aucune datation. Ses champs de datation, d’historique et d’observations sont vides, et seule la mention Antiquité et Moyen Âge y figure, sans siècle. Toutes les dates de cet article viennent donc de la recherche. Dernière réserve, de la même source : la fouille n’a porté que sur la partie orientale du site.

Sept parcelles, dont deux seulement à la commune

Le périmètre est inhabituel par sa composition. Sur les sept parcelles de la section inscrite, la commune de Combas n’en possède que deux, les plus petites, qui totalisent 12 220 mètres carrés. C’est 4 pour cent de l’emprise protégée. Les cinq autres, soit 96 pour cent, appartiennent à des propriétaires privés, que l’arrêté nomme avec leur état civil et leurs actes notariés et que nous ne reprenons pas.

parcellecontenancepropriété
0X 38, 39, 40166 350 m²privée
0X 41 et 4212 220 m²commune de Combas
0X 43 et 44116 570 m²privée
Contenances relevées au plan cadastral, qui est celui de la direction générale des finances publiques : l’arrêté et le plan citent donc le même enregistrement, et leur accord n’est pas un recoupement entre deux sources.

Rapporté au territoire communal, l’ensemble représente 1,84 pour cent de la superficie de Combas : près de deux pour cent d’une commune passent ainsi sous le régime des monuments historiques, pour un site qui n’est ni une église ni un château.

Vu du ciel, un bloc et non un ruban

Nous avons mesuré la forme de l’ensemble sur les sommets que le plan cadastral renvoie pour les sept parcelles. L’emprise s’étend sur 868 mètres d’est en ouest et 535 du nord au sud, ses deux points les plus éloignés étant distants de 884 mètres. Notre calcul d’aire sur ces contours donne 295 020 mètres carrés, quatre dix-millièmes d’écart avec la somme des contenances.

Le chiffre qui dit le plus est un rapport : l’emprise remplit 85,5 pour cent de son enveloppe convexe. Autrement dit, ce n’est pas un ruban étiré le long d’un front de taille, mais un bloc d’un seul tenant. L’État a protégé une zone, pas une ligne.

Sources : arrêté préfectoral R76-2026-06-29-00001 du 29 juin 2026, lu en entier dans le recueil des actes administratifs n° R76-2026-267 de la préfecture de la région Occitanie, son corps étant en image et relu par reconnaissance optique à trois cents puis six cents points par pouce, pour l’article premier, les sept parcelles, le considérant et la propriété ; notice PA30000148 du ministère de la Culture, qui déclare reprendre intégralement les termes de l’arrêté et n’en est donc pas une source indépendante, pour les champs de datation, d’historique et d’observations, tous vides ; Jean-Claude Bessac, Les carrières du Bois des Lens, revue Gallia, tome 59, 2002, lu en entier sur l’archive ouverte du CNRS, seule source indépendante de l’administration ici, pour les six chantiers, le groupe méridional, l’activité romaine et la pierre des Lens dans les monuments antiques ; service du plan cadastral de l’IGN, qui republie le cadastre de la direction générale des finances publiques, pour les contenances, et geo.api.gouv.fr pour la superficie communale, les additions et les mesures de forme étant les nôtres. Ne sont pas établis : le rattachement d’un monument identifiable à la pierre de cette carrière ; les volumes extraits, les surfaces fouillées, les profondeurs et le nombre de blocs. L’arrêté nomme les propriétaires privés avec leur état civil et leurs actes : nous ne le reprenons pas.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la pierre des Lens ?

Un calcaire extrait du Bois des Lens, un massif du Gard qui compte plusieurs carrières. Les travaux publiés dans la revue Gallia établissent que cette pierre a été reconnue dans de nombreuses œuvres antiques, à Nîmes et sur la côte méditerranéenne, et qu'elle figure en bonne place dans les monuments les plus ornés, dont la Maison Carrée. Attention cependant : ce constat vaut pour le matériau du massif, pas pour la production de cette carrière précise.

Que sait-on de l'activité de cette carrière ?

Les mêmes travaux y distinguent six chantiers successifs, du début du Haut-Empire au quinzième siècle, et classent les Pielles dans un groupe méridional de trois carrières assez modestes, dont la pierre est moins oolithique et un peu plus dure que celle du nord et du centre. Ils la rangent aussi, dans un autre groupe de trois, parmi les carrières à chantiers de tradition hellénistique, où l'activité romaine est restée dérisoire sauf aux Pielles, dont la pierre est plus fine. La fouille n'a porté que sur la partie orientale du site.

Pourquoi protéger une carrière plutôt qu'un monument ?

Le considérant de l'arrêté donne deux motifs, et nous le citons sans le reformuler : la présence exceptionnelle de traces abondantes des techniques d'exploitation de carrière, et le prestige de la pierre des Lens, matériau qui a largement contribué à l'édification des monuments antiques du Midi. Ce qui est protégé, c'est donc d'abord le lieu où l'on extrayait, avec ses marques d'outils et ses fronts de taille.
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