Le 12 septembre 1959, Jean Cocteau prépare aux Baux-de-Provence le premier tour de manivelle du Testament d’Orphée, dont une partie fut tournée dans les carrières de la commune. La première image projetée dans l’une d’elles attendra dix-huit ans, et le lundi de Pâques 1977, selon un seul article.
La date du lancement du tournage est établie par une notice d’archives audiovisuelles, qui conserve un reportage du jour même sur les ultimes préparatifs. Elle ne précise pas où a été tournée la première séquence, prévue le soir devant un décor extérieur. Le film est sorti en France le 18 février 1960.
Albert Plécy, mort vingt jours après sa première
La reconversion en salle de projection revient à Albert Plécy et à ce qu’il nommait l’image totale, en référence aux travaux d’un scénographe tchèque. La première représentation a lieu au lundi de Pâques 1977 selon un seul article, celui de Light ZOOM Lumière en 2022, que la frise de l’exploitant ne confirme que pour l’année ; cela donne le 11 avril, date que nous obtenons par calcul et non par une source directe, et nous le signalons.
Plécy meurt vingt jours plus tard, le 1er mai 1977. Il n’aura donc vu fonctionner son invention que trois semaines.
Ce que la frise de l’exploitant ne dit pas
Et c’est ici que le dossier devient intéressant, parce que l’histoire racontée sur place ne ressemble pas à celle-là. Vérifiée le 25 octobre 2026, la frise historique de l’exploitant ne nomme ni Albert Plécy ni la Cathédrale d’Images, l’institution qui a fait vivre le lieu pendant trois décennies. Sa version anglaise supprime même l’année 1977.
Elle affirme en revanche que Dante y a trouvé le cadre de la Divine Comédie, et que Gounod y a créé Mireille. Nous n’avons trouvé aucune publication qui établisse que Dante soit venu aux Baux, et la Bibliothèque nationale date la création de Mireille du 19 mars 1864, au Théâtre-Lyrique de Paris, ce qui n’exclut pas que Gounod ait travaillé sur place mais ne le montre pas. Une reprise de presse, s’appuyant sur le dossier de presse, va jusqu’à écrire que la carrière a été réouverte en 1959 sous l’impulsion d’artistes tels que Dante, mort en 1321.
Une règle de méthode s’impose donc pour tout cet article : les dimensions, les comptes de projecteurs et les chiffres de fréquentation semblent tous venir de la communication de l’exploitant, dont nous n’avons pas pu consulter le dossier de presse. Les trois publications qui les portent semblent n’en être que des relais, et ne valent pas trois sources. Une comparaison reste utile parce qu’une même source donne les deux époques : quatre mille mètres carrés de parois du temps de Plécy, sept mille avec le sol et la voûte aujourd’hui.
La frise ne nomme ni Plécy ni la Cathédrale d’Images, et sa version anglaise supprime même 1977.
Aucune notice de monument, mais un site classé
Sur la protection, le résultat est net et il tient en deux corpus. L’export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices, rend vingt-deux notices pour la commune, et aucune ne porte sur une carrière : la plus proche est un abri sous roche classé en 1908. La recherche en texte libre sur le nom du lieu ne rend rien du tout.
Mais la fiche régionale des sites liste, pour la commune, des Carrières communales classées au titre des sites le 16 février 1978, soit dix mois après la première projection, sans en donner le périmètre ni l’arrêté : nous ne pouvons pas affirmer qu’elles recouvrent cette carrière. S’ajoutent un site classé de 1942 pour la cité haute, un autre de 1934 pour le chaos voisin, un site inscrit de 1965 portant sur plus de vingt mille hectares, et le parc naturel régional, reclassé par un décret du 25 octobre 2023 qui inclut la commune en totalité.
| Élément | Fait | Source |
|---|---|---|
| Lancement du tournage aux Baux | 12 septembre 1959 | notice d’archives, carrière non nommée |
| Première projection | lundi de Pâques 1977 | date du 11 avril obtenue par calcul |
| Mort de Plécy | 1er mai 1977 | vingt jours après |
| Monument historique | aucune notice pour une carrière | corpus fermé de 46 761 notices |
| Site classé « Carrières communales » | 16 février 1978 | fiche régionale de l’environnement, périmètre inconnu |
| Fréquentation | 740 000 annoncés pour 2025 | résultats de l’exploitant |
Une roche qui explique la forme des salles
La géologie vient d’une source d’État et non d’une brochure. Un rapport du bureau de recherches géologiques et minières de 2021, publié par la direction régionale des affaires culturelles, décrit la pierre des Baux comme une molasse calcaire du Burdigalien, tendre et poreuse, à coquilles entières de pectens.
Et il donne une piste sur la forme des lieux : la pierre était autrefois tirée de nombreuses carrières à ciel ouvert se poursuivant généralement en hautes galeries souterraines. Le rapport le dit de la pierre des Baux en général, pas de cette carrière, et nous n’en tirons pas la forme exacte des salles. Le même rapport recense cent vingt-trois carrières dans le département, dont dix encore actives.
Une autre carrière de la commune : celle de Sarragan, née selon un livret municipal dans les années 1830, est encore exploitée selon ce texte : un acteur et metteur en scène, dit-il, y a façonné une ébauche de scène avant de confier l’exploitation à un carrier. Le livret ne dit pas qu’elle est devenue un théâtre.
Le lieu a par ailleurs une histoire judiciaire. Une convention de délégation de service public du 23 avril 2010 a été résiliée par une cour administrative d’appel le 28 novembre 2022, avec effet différé au 1er novembre 2023, puis le Conseil d’État a annulé cette décision le 24 octobre 2023 pour la seule irrecevabilité de la société requérante, sans examiner le fond et contre les conclusions du rapporteur public.
Vu d’en haut, on ne voit presque rien, et c’est tout le paradoxe. Une entaille blanche dans le flanc du Val d’Enfer, quelques fronts de taille verticaux, un parking. L’essentiel est dessous, dans des salles dont l’exploitant et ses relais annoncent jusqu’à seize mètres de haut, le plafond étant le sol du plateau. La carrière qui a fourni la pierre du village est devenue, en un demi-siècle, un équipement de projection dont le plafond est le sol du plateau que l’on foule au-dessus.
Un point reste ouvert sur la succession de Plécy : deux sources désignent deux personnes différentes pour avoir poursuivi son travail, sa belle-fille selon l’une, son épouse selon l’autre. Nous ne tranchons pas.
Sources : notice de l’Institut national de l’audiovisuel pour le reportage du 12 septembre 1959 ; Unifrance pour la sortie du film ; rapport du bureau de recherches géologiques et minières, Dessandier 2021, publié par la direction régionale des affaires culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur ; fiche de la direction régionale de l’environnement pour les sites classés et inscrits ; décret du 25 octobre 2023 pour le parc naturel régional ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; Bibliothèque nationale de France pour la création de Mireille ; article de Light ZOOM Lumière du 5 juillet 2022 pour le lundi de Pâques 1977 ; articles de Classique en Provence et de L’Écho du Mardi pour les dimensions et les fréquentations ; frise historique de l’exploitant, consultée le 25 octobre 2026 dans ses versions française et anglaise, citée comme source intéressée ; livret municipal de 2022 pour la carrière voisine ; décisions de la cour administrative d’appel et du Conseil d’État. Les dimensions, les comptes de projecteurs et les fréquentations semblent tous provenir de la communication de l’exploitant, dont le dossier de presse n’a pas pu être consulté, et les publications qui les reprennent ne constituent pas des sources supplémentaires.

