Le Saut du Doubs est à sec depuis juillet 2026, et ce n’est pas la première fois

Le lac de Chaillexon à sec, en amont du Saut du Doubs, le fond de la retenue découvert
Le lac qui alimente le Saut du Doubs, à sec. Photo : Musicaline, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Au 14 octobre 2026, la chute que la commune du Locle présente comme la plus haute du Jura ne coule pas. Elle est à sec depuis le début de juillet, les bateaux ne peuvent plus l’atteindre, et le lac qui l’alimente a perdu sept mètres.

Le Saut du Doubs sépare Villers-le-Lac, dans le Doubs, des Brenets, en Suisse. C’est une chute de 27 mètres sur une rivière qui fait frontière, et le premier site naturel du département par sa fréquentation.

Un été sans cascade

La préfecture du Doubs a activé l’alerte renforcée sécheresse le 3 juillet 2026, puis a placé le département en situation de crise le 17 juillet, niveau encore en vigueur en octobre. La cascade a cessé de couler dans les jours qui ont suivi, et la rivière s’est retrouvée à sec sur près de vingt kilomètres en amont, entre Arçon et Maison-du-Bois-Lièvremont.

Côté suisse, la navigation sur le lac des Brenets est suspendue depuis la fin de juillet, le niveau étant alors inférieur de sept mètres à la normale, avec une baisse d’environ vingt centimètres par jour.

Côté français, les bateaux ne partent plus de Villers-le-Lac. L’exploitant français indique que l’embarquement se fait désormais au niveau du site du Saut du Doubs, et la compagnie suisse, service interrompu, propose une desserte en minibus du restaurant du Saut-du-Doubs sur réservation. L’activité de juillet et août a chuté de 80 à 85 % par rapport à l’année précédente.

ÉlémentValeurCe que cela change
hauteur de la chute27 mètresconfirmée par deux services publics
classement du sitedécret du 20 septembre 2001438,62 hectares
fréquentation189 878 passages en 2025premier site naturel du département
formation du lacil y a près de 12 000 anspar éboulement des versants
longueur de la retenue4 km aujourd’hui15 km à l’origine
marnage en étiageprès de 21 mètresle barrage naturel fuyait
colmatage du barrage2001pour sauver la navigation
Le Saut du Doubs en repères.

Un barrage naturel qui fuit

La chute n’existe que parce qu’un éboulement l’a créée. Il y a près de 12 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, les versants des gorges du Doubs se sont effondrés et ont bloqué l’écoulement, formant une retenue en amont et une rupture de pente en aval.

Ce barrage est constitué d’éboulis rocheux, et c’est la porosité de cet amas qui est en cause. L’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse l’écrit sans détour : il fuyait, et en période d’étiage le marnage de la retenue atteignait près de 21 mètres.

Des travaux de colmatage ont été réalisés en 2001 pour relever les bas niveaux et sauver la navigation touristique. Le constat figurait déjà, mot pour mot, dans une note de synthèse de 2013 de la même série : le diagnostic est stable depuis plus de dix ans.

En 2018, la cascade est restée complètement sèche pendant près de quatre mois.

Des assèchements qui se répètent

L’épisode de 2026 n’est pas isolé. Des déficits hydriques marqués sont documentés en 2018, 2020 et 2022, et l’Agence de l’eau note que ces phénomènes sont de plus en plus récurrents.

Celui de 2018 donne la mesure de ce que cela signifie. La cascade est restée complètement sèche pendant près de quatre mois, et n’a repris vie que début décembre, grâce aux précipitations.

Dans la même commune, le col des Roches est classé depuis le 23 mai 1912, l’une des premières protections du Doubs : le secteur est reconnu de longue date.

Le directeur de la compagnie suisse de navigation cite deux causes au-delà du climat : la hausse de la population côté français, à Morteau et Villers-le-Lac, et le pompage des nappes. La chute est franco-suisse, mais le bassin qui l’alimente en amont est français : le Doubs prend sa source à Mouthe, et c’est donc en France que se jouent les prélèvements.

Une retenue qui rétrécit

Le lac perd aussi de la surface sur le long terme. Il mesurait quinze kilomètres à l’origine et n’en fait plus que quatre, par comblement sédimentaire. Sa profondeur maximale est de 25 mètres, selon la fiche officielle de l’Agence de l’eau, à 750 mètres d’altitude : d’autres publications, touristiques, annoncent 30 à 40 mètres sans donner leur source.

Ce comblement est documenté : l’Agence de l’eau écrit que la retenue est largement comblée par les apports sédimentaires et que les quatre derniers kilomètres actuels ne représentent plus qu’une relique de l’ancien système lacustre.

Administrativement, c’est une masse d’eau identifiée et suivie : code lac U2115003, masse d’eau FRDL14, typologie N4, soit un lac naturel de moyenne montagne calcaire profond. Ce n’est pas un plan d’eau anecdotique mais un objet de gestion.

La frontière passe au milieu du lit, pour la section franco-neuchâteloise, en vertu des conventions de 1780, 1824 et 1826. Toute décision sur l’eau y engage donc deux États.

Ce que la fréquentation dit du site : 189 878 passages ont été enregistrés en 2025, ce qui place le Saut du Doubs au premier rang des sites naturels du Doubs. Les chiffres de 300 000 ou 400 000 visiteurs que l’on rencontre ailleurs ne reposent sur aucune source publiée. L’accès se fait en bateau, ou à pied depuis Villers-le-Lac par le GR 5, soit environ quatorze kilomètres aller-retour.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la configuration est limpide : une rivière élargie en lac étroit entre deux versants boisés, puis une rupture brutale. Le barrage, lui, n’est pas un ouvrage : c’est l’amas d’éboulis qui forme la chute, colmaté en 2001 pour relever les bas niveaux de la retenue.

La vue montre aussi ce que l’assèchement découvre. Quand le niveau baisse de sept mètres, le fond du lac apparaît, et ce fond est celui que les apports sédimentaires ont construit depuis l’éboulement, non le lit d’origine de la rivière, qui est enfoui dessous.

Elle donne enfin la mesure du comblement. Le lac occupait quinze kilomètres de gorge à sa formation, il n’en occupe plus que quatre : ce qui ressemble à une vallée noyée est en réalité une vallée en train de se remplir, et l’assèchement de 2026 ne fait qu’accélérer un mouvement ancien.

Elle rappelle enfin que la frontière ne se voit pas. Aucun ouvrage ne la marque, alors que la limite entre les deux pays passe au milieu du lit, et que le classement français, lui, s’arrête à la rive française : il ne porte que sur la commune de Villers-le-Lac.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.

Sources : Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, suivi 2022 du lac de Chaillexon, pour le barrage d’éboulis, le marnage et le colmatage de 2001 ; liste départementale des sites classés du Doubs, mise à jour le 24 juin 2026, pour le décret du 20 septembre 2001 et la surface ; Inventaire général du patrimoine culturel de Bourgogne-Franche-Comté pour la hauteur de la chute et la frontière ; RTS, La Presse du Doubs et la préfecture du Doubs pour l’épisode de sécheresse de 2026, constaté le 14 octobre 2026.

Questions fréquentes

La cascade coule-t-elle en ce moment ?

Non. Au 14 octobre 2026, la chute est à sec depuis le début de juillet et la navigation touristique est suspendue. La préfecture du Doubs avait activé l'alerte renforcée sécheresse le 3 juillet, et le Doubs s'est retrouvé à sec sur près de vingt kilomètres en amont.

Est-ce exceptionnel ?

Non, et c'est le point important. Des assèchements marquants sont documentés en 2018, 2020 et 2022. Celui de 2018 a duré près de quatre mois : la cascade a repris vie début décembre, grâce aux précipitations.

Quelle est la hauteur de la chute ?

27 mètres, chiffre confirmé par deux services publics, l'Inventaire général du patrimoine culturel de Bourgogne-Franche-Comté et la commune du Locle. La commune du Locle la présente comme la plus haute chute du Jura, sans comparatif publié.

Qu'est-ce que le lac des Brenets ?

La retenue qui alimente la chute, formée il y a près de 12 000 ans par l'éboulement des versants des gorges du Doubs. Elle mesurait quinze kilomètres à l'origine et n'en fait plus que quatre, par comblement sédimentaire. Sa profondeur maximale est de 25 mètres, à 750 mètres d'altitude.

Pourquoi le lac se vide-t-il si vite ?

Parce que le barrage qui le retient est un tas d'éboulis poreux, et qu'il fuyait. En période d'étiage, le marnage de la retenue atteignait près de 21 mètres. Des travaux de colmatage ont été réalisés en 2001 pour relever les bas niveaux et sauver la navigation touristique.

Où passe la frontière ?

Au milieu du lit de la rivière, pour la section franco-neuchâteloise, en vertu des conventions de 1780, 1824 et 1826. La chute est donc franco-suisse, et trois compagnies de bateaux, françaises et suisse, assurent la liaison en temps normal.

Le site est-il protégé ?

Il est classé par décret du 20 septembre 2001, sous l'intitulé Les bassins et le saut du Doubs à Villers-le-Lac, sur 438,62 hectares. Dans la même commune, le col des Roches est classé depuis le 23 mai 1912, dans la première vague de classements du Doubs.
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