Son nom occitan, Lac Pavent, signifie lac effroyable, et le latin dont il vient, pavens, veut dire frappé d’épouvante. Le lac Pavin porte donc, mot pour mot, le nom de lac épouvantable. Il a 92 mètres de fond, et c’est le plus jeune volcan de France métropolitaine.
Ce lac de cratère se situe dans les monts Dore, sur la commune de Besse-et-Saint-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme. Il s’est formé par phréatomagmatisme il y a 6 900 ans, et il reçoit aujourd’hui environ 200 000 visiteurs par an.
Une explosion dont les traces sont en Suisse
La formation du lac est récente à l’échelle géologique, et violente. Le Pavin est un maar, c’est-à-dire un cratère creusé par la rencontre du magma et de l’eau, et il s’est formé après la période d’activité qui a créé la chaîne des Puys, à laquelle il n’est pas lié.
L’ampleur de l’explosion se mesure à distance. Des traces de cet événement ont été retrouvées jusque dans les sédiments du Léman et dans d’autres lacs suisses, et le volume de l’éruption est estimé à 75 millions de mètres cubes. Le comte de Montlosier, dans son étude sur les volcans d’Auvergne de 1789, avait eu l’intuition que le lac était issu d’une explosion pulvérulente.
Les dimensions actuelles sont celles d’un entonnoir. À 1 197 mètres d’altitude, le lac est globalement circulaire, avec un diamètre de 700 à 800 mètres et une superficie de 44 hectares, pour une profondeur moyenne de 29,5 mètres et une profondeur maximale de 92 mètres, ce qui en fait le plus profond d’Auvergne, soit environ 13 millions de mètres cubes d’eau.
La question de l’extinction reste ouverte. Le système Montchal-Pavin est entré en éruption il y a environ 6 900 ans pour le lac et 7 000 ans pour le puy de Montchal, mais une deuxième phase péri-volcanique se serait produite il y a seulement 3 500 à 2 000 ans, puis il y a 750 ans, et des émanations gazeuses persistent de nos jours. En 2023 et 2024, une centaine de sismomètres à large bande installés temporairement ont détecté quelques séismes profonds de longue période près de la limite croûte-manteau, sous les volcans de la chaîne des Puys et sous la région du Pavin, interprétés comme la présence de magma en activité en profondeur.
Le nom du lac Pavin signifierait donc, mot pour mot tant en occitan qu’en son ancêtre le latin, lac épouvantable.
Soixante mètres d’eau qui ne bougent jamais
La particularité scientifique du lac est ailleurs, et elle est unique en France. Le Pavin est un lac méromictique, officiellement classé comme tel en 1951 : le mélange de ses eaux, annuel ou bisannuel, ne s’effectue que sur les soixante premiers mètres.
Trois causes se combinent. La forme presque conique du volume d’eau, la situation encaissée et protégée des vents, et l’existence de sources souterraines qui minéralisent les eaux profondes et les rendent plus denses. En dessous de soixante mètres, l’eau ne remonte pas.
Cette couche profonde est donc confinée, et c’est là que se joue la surveillance. Les eaux anoxiques du fond, entre 60 et 92 mètres, sont chargées en dioxyde de carbone, azote, méthane et sulfure d’hydrogène, liés à la décomposition de la matière organique, ce qui leur confère une odeur nauséabonde. Leur teneur en gaz est suivie, car une augmentation pourrait entraîner un dégazage catastrophique, phénomène que certains chercheurs appellent éruption limnique et que les travaux d’Haroun Tazieff rattachaient plutôt à une éruption phréato-gazeuse.
Le diagnostic actuel est rassurant mais conditionnel. Selon les scientifiques, le lac n’est pas arrivé à saturation et présente un état d’équilibre peu dangereux ; en revanche, des mouvements de terrain, comme des chutes importantes de rochers, ou des secousses sismiques pourraient rompre cet équilibre et entraîner un dégazage soudain.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Âge du cratère | 6 900 ans | le plus jeune volcan de France métropolitaine |
| Volume de l’éruption | estimé à 75 millions de m3 | traces retrouvées jusque dans les lacs suisses |
| Profondeur | 92 mètres au maximum | la plus grande d’Auvergne, 13 millions de m3 |
| Mélange des eaux | 60 premiers mètres seulement | seul lac méromictique de France |
| Eaux profondes | plus de 10 millions de bactéries par ml | dix fois la densité d’un lac standard |
| Fréquentation | environ 200 000 visiteurs par an | pour 44 hectares de plan d’eau |
Un village noyé et des cloches sous l’eau
Ce lac sombre, qui semble sans fond, est à l’origine de plusieurs légendes, et toutes parlent d’engloutissement. On l’a appelé lac du diable. Le seigneur Roupoutou, ou le diable selon une autre version qui le fait sortir du lac en créant des tourbillons, s’y serait jeté : ses cadeaux à une jeune femme de Besse ayant été refusés, il s’assit sur la chaise du diable, deux pierres planes qui semblent former un siège, et ses pleurs inondèrent le village ; croyant avoir noyé celle qu’il aimait, il se suicida.
Une version proche change le responsable sans changer le dénouement : ce serait Dieu qui noya la cité sous des eaux diluviennes pour punir ses habitantes. D’autres récits sont plus ritualisés : si l’on jette une pierre en plein milieu du lac, il se réveille, et un jet de pierres le 31 décembre à minuit permettrait d’entendre les cloches de l’ancienne église de Besse sonner sous l’eau, comme dans la légende de la ville d’Ys.
Ces légendes ont peut-être une origine observable. Un manuscrit de 1650, intitulé Le Pavin et le creux de Soucy, décrit un lac aux eaux tourbillonnantes et recouvertes de brouillards. Et les recherches modernes montrent que le lac aurait débordé plusieurs fois au cours de son histoire, l’événement le plus récent ayant déposé des coulées de boue dans la vallée de la Couze il y a environ 750 ans, coulées qui ont été cartographiées, datées et analysées.
Autrement dit, une inondation partie du lac a bien eu lieu, à une date qui tombe au Moyen Âge. Entre le village noyé des contes et la coulée de boue des géologues, la distance est moins grande qu’il n’y paraît.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la forme dit tout : un disque presque parfait de 700 à 800 mètres de diamètre, cerné de pentes boisées. C’est la signature d’un maar, un cratère d’explosion, et non celle d’un lac de barrage ou d’un lac glaciaire. La régularité du contour est la trace d’un événement unique et bref.
La vue aérienne montre aussi le voisinage volcanique. Le puy de Montchal se dresse à 1 400 mètres, à peine plus d’un kilomètre du lac, et une coulée de basalte échappée de ce volcan forme la falaise du bord ouest, aujourd’hui site d’escalade avec vingt-quatre voies de vingt à vingt-cinq mètres parcourant des orgues basaltiques.
Elle ne montre évidemment pas l’essentiel, qui est la stratification de l’eau. Les soixante premiers mètres vivent, oxygénés, peuplés de zooplancton et de poissons dont l’omble chevalier, qui évolue entre trente et soixante-dix mètres ; en dessous, un milieu sans oxygène où la densité bactérienne dépasse dix millions par millilitre, dix fois celle d’un lac ordinaire, avec des archées qui produisent du méthane et d’autres qui le consomment. Le même type de monde fermé que la rivière souterraine de Padirac, mais dans une colonne d’eau.
À voir autour
- La chaîne des Puys : 80 volcans inscrits au patrimoine mondial en 2018
- Le plateau de Gergovie : un relief inversé né du même volcanisme régional
- Le gouffre de Padirac : 103 mètres au-dessus d’une rivière souterraine
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notice du lac Pavin, Wikipédia en français.
