Son nom signifie lac épouvantable : le Pavin, 92 mètres de fond et plus jeune volcan de France

Le lac Pavin, formé dans le cratère d'un ancien volcan, dans le Puy-de-Dôme
Le lac Pavin, vu vers le sud, dans le Puy-de-Dôme. Photo : Marie-Lan Nguyen, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Son nom occitan, Lac Pavent, signifie lac effroyable, et le latin dont il vient, pavens, veut dire frappé d’épouvante. Le lac Pavin porte donc, mot pour mot, le nom de lac épouvantable. Il a 92 mètres de fond, et c’est le plus jeune volcan de France métropolitaine.

Ce lac de cratère se situe dans les monts Dore, sur la commune de Besse-et-Saint-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme. Il s’est formé par phréatomagmatisme il y a 6 900 ans, et il reçoit aujourd’hui environ 200 000 visiteurs par an.

Une explosion dont les traces sont en Suisse

La formation du lac est récente à l’échelle géologique, et violente. Le Pavin est un maar, c’est-à-dire un cratère creusé par la rencontre du magma et de l’eau, et il s’est formé après la période d’activité qui a créé la chaîne des Puys, à laquelle il n’est pas lié.

L’ampleur de l’explosion se mesure à distance. Des traces de cet événement ont été retrouvées jusque dans les sédiments du Léman et dans d’autres lacs suisses, et le volume de l’éruption est estimé à 75 millions de mètres cubes. Le comte de Montlosier, dans son étude sur les volcans d’Auvergne de 1789, avait eu l’intuition que le lac était issu d’une explosion pulvérulente.

Les dimensions actuelles sont celles d’un entonnoir. À 1 197 mètres d’altitude, le lac est globalement circulaire, avec un diamètre de 700 à 800 mètres et une superficie de 44 hectares, pour une profondeur moyenne de 29,5 mètres et une profondeur maximale de 92 mètres, ce qui en fait le plus profond d’Auvergne, soit environ 13 millions de mètres cubes d’eau.

La question de l’extinction reste ouverte. Le système Montchal-Pavin est entré en éruption il y a environ 6 900 ans pour le lac et 7 000 ans pour le puy de Montchal, mais une deuxième phase péri-volcanique se serait produite il y a seulement 3 500 à 2 000 ans, puis il y a 750 ans, et des émanations gazeuses persistent de nos jours. En 2023 et 2024, une centaine de sismomètres à large bande installés temporairement ont détecté quelques séismes profonds de longue période près de la limite croûte-manteau, sous les volcans de la chaîne des Puys et sous la région du Pavin, interprétés comme la présence de magma en activité en profondeur.

Le nom du lac Pavin signifierait donc, mot pour mot tant en occitan qu’en son ancêtre le latin, lac épouvantable.

Soixante mètres d’eau qui ne bougent jamais

La particularité scientifique du lac est ailleurs, et elle est unique en France. Le Pavin est un lac méromictique, officiellement classé comme tel en 1951 : le mélange de ses eaux, annuel ou bisannuel, ne s’effectue que sur les soixante premiers mètres.

Trois causes se combinent. La forme presque conique du volume d’eau, la situation encaissée et protégée des vents, et l’existence de sources souterraines qui minéralisent les eaux profondes et les rendent plus denses. En dessous de soixante mètres, l’eau ne remonte pas.

Cette couche profonde est donc confinée, et c’est là que se joue la surveillance. Les eaux anoxiques du fond, entre 60 et 92 mètres, sont chargées en dioxyde de carbone, azote, méthane et sulfure d’hydrogène, liés à la décomposition de la matière organique, ce qui leur confère une odeur nauséabonde. Leur teneur en gaz est suivie, car une augmentation pourrait entraîner un dégazage catastrophique, phénomène que certains chercheurs appellent éruption limnique et que les travaux d’Haroun Tazieff rattachaient plutôt à une éruption phréato-gazeuse.

Le diagnostic actuel est rassurant mais conditionnel. Selon les scientifiques, le lac n’est pas arrivé à saturation et présente un état d’équilibre peu dangereux ; en revanche, des mouvements de terrain, comme des chutes importantes de rochers, ou des secousses sismiques pourraient rompre cet équilibre et entraîner un dégazage soudain.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Âge du cratère6 900 ansle plus jeune volcan de France métropolitaine
Volume de l’éruptionestimé à 75 millions de m3traces retrouvées jusque dans les lacs suisses
Profondeur92 mètres au maximumla plus grande d’Auvergne, 13 millions de m3
Mélange des eaux60 premiers mètres seulementseul lac méromictique de France
Eaux profondesplus de 10 millions de bactéries par mldix fois la densité d’un lac standard
Fréquentationenviron 200 000 visiteurs par anpour 44 hectares de plan d’eau
Le lac Pavin, à Besse-et-Saint-Anastaise, dans le Puy-de-Dôme.

Un village noyé et des cloches sous l’eau

Ce lac sombre, qui semble sans fond, est à l’origine de plusieurs légendes, et toutes parlent d’engloutissement. On l’a appelé lac du diable. Le seigneur Roupoutou, ou le diable selon une autre version qui le fait sortir du lac en créant des tourbillons, s’y serait jeté : ses cadeaux à une jeune femme de Besse ayant été refusés, il s’assit sur la chaise du diable, deux pierres planes qui semblent former un siège, et ses pleurs inondèrent le village ; croyant avoir noyé celle qu’il aimait, il se suicida.

Une version proche change le responsable sans changer le dénouement : ce serait Dieu qui noya la cité sous des eaux diluviennes pour punir ses habitantes. D’autres récits sont plus ritualisés : si l’on jette une pierre en plein milieu du lac, il se réveille, et un jet de pierres le 31 décembre à minuit permettrait d’entendre les cloches de l’ancienne église de Besse sonner sous l’eau, comme dans la légende de la ville d’Ys.

Ces légendes ont peut-être une origine observable. Un manuscrit de 1650, intitulé Le Pavin et le creux de Soucy, décrit un lac aux eaux tourbillonnantes et recouvertes de brouillards. Et les recherches modernes montrent que le lac aurait débordé plusieurs fois au cours de son histoire, l’événement le plus récent ayant déposé des coulées de boue dans la vallée de la Couze il y a environ 750 ans, coulées qui ont été cartographiées, datées et analysées.

Autrement dit, une inondation partie du lac a bien eu lieu, à une date qui tombe au Moyen Âge. Entre le village noyé des contes et la coulée de boue des géologues, la distance est moins grande qu’il n’y paraît.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la forme dit tout : un disque presque parfait de 700 à 800 mètres de diamètre, cerné de pentes boisées. C’est la signature d’un maar, un cratère d’explosion, et non celle d’un lac de barrage ou d’un lac glaciaire. La régularité du contour est la trace d’un événement unique et bref.

La vue aérienne montre aussi le voisinage volcanique. Le puy de Montchal se dresse à 1 400 mètres, à peine plus d’un kilomètre du lac, et une coulée de basalte échappée de ce volcan forme la falaise du bord ouest, aujourd’hui site d’escalade avec vingt-quatre voies de vingt à vingt-cinq mètres parcourant des orgues basaltiques.

Elle ne montre évidemment pas l’essentiel, qui est la stratification de l’eau. Les soixante premiers mètres vivent, oxygénés, peuplés de zooplancton et de poissons dont l’omble chevalier, qui évolue entre trente et soixante-dix mètres ; en dessous, un milieu sans oxygène où la densité bactérienne dépasse dix millions par millilitre, dix fois celle d’un lac ordinaire, avec des archées qui produisent du méthane et d’autres qui le consomment. Le même type de monde fermé que la rivière souterraine de Padirac, mais dans une colonne d’eau.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.

Sources : notice du lac Pavin, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Que signifie le nom Pavin ?

Pavin est une francisation de son nom occitan local, Lac Pavent, qui signifie lac effroyable. Le mot vient du latin pavens, participe de pavere, être frappé d'épouvante : le nom signifie donc, mot pour mot, lac épouvantable.

Pourquoi est-ce le plus jeune volcan de France ?

Parce que sa formation par phréatomagmatisme ne date que de 6 900 ans, soit après la période d'activité volcanique qui a créé la chaîne des Puys, à laquelle il n'est pas lié. L'explosion fut très violente : des traces en ont été retrouvées jusque dans les sédiments du Léman et d'autres lacs suisses, pour un volume d'éruption estimé à 75 millions de mètres cubes.

Qu'est-ce qu'un lac méromictique ?

Un lac dont les eaux ne se mélangent pas sur toute leur hauteur. Au Pavin, le mélange annuel ou bisannuel ne s'effectue que sur les 60 premiers mètres, à cause de la forme presque conique du volume d'eau, de sa situation encaissée et protégée des vents, et de sources souterraines qui minéralisent les eaux profondes et les rendent plus denses. C'est une caractéristique unique en France, officiellement classée comme telle en 1951.

Le lac est-il dangereux ?

Les eaux du fond, entre 60 et 92 mètres, sont anoxiques et chargées en dioxyde de carbone, azote, méthane et sulfure d'hydrogène. Leur teneur en gaz fait l'objet d'une surveillance, car une augmentation pourrait entraîner un dégazage catastrophique. Selon les scientifiques, le lac n'est pas arrivé à saturation et présente un état d'équilibre peu dangereux, mais des chutes de rochers ou un séisme pourraient rompre cet équilibre.

Que disent les légendes ?

Elles tournent autour d'un village noyé. Le seigneur Roupoutou, ou le diable selon une autre version, se serait jeté dans le lac : ses cadeaux à une jeune femme de Besse ayant été refusés, il s'assit sur la chaise du diable, deux pierres planes formant un siège, et ses pleurs inondèrent le village. D'autres récits veulent qu'un jet de pierres le 31 décembre à minuit permette d'entendre les cloches de l'ancienne église de Besse.

Le volcanisme est-il éteint ?

Le débat reste ouvert. Des émanations gazeuses persistent, et en 2023-2024 une centaine de sismomètres installés temporairement ont permis de détecter quelques séismes profonds de longue période près de la limite croûte-manteau sous les volcans de la chaîne des Puys et la région du lac. Interprétés comme la présence de magma en activité, ils indiquent probablement que les réservoirs magmatiques profonds sont toujours actifs.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut