Avant la mise en eau du lac de Vouglans, on a dynamité les maisons des villages condamnés. La chartreuse de Vaucluse, elle, est restée debout. On a démonté sa porte, on l’a rebâtie plus haut sur l’autre rive, et le couvent a été noyé en place.
L’édifice était pourtant inscrit au titre des monuments historiques depuis le 15 juillet 1927, ce que confirme sa notice dans l’export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices : une abbaye de chartreux à Onoz, dans le Jura, datée de 1766 et 1787, propriété privée.
Deux autres sources l’établissent. Les dossiers de l’Inventaire général du patrimoine écrivent que les démolitions de 1967 n’ont pas touché le couvent, laissé en place puis submergé, et que la porte et les pavillons d’entrée ont été reconstruits en hauteur sur la rive droite de l’Ain. La page officielle de la commune d’Onoz dit de son côté que les ruines de la chartreuse ont été épargnées, seuls les toits ayant été abattus.
Du 12 avril 1968 à la fin de décembre 1969
Le remplissage de la retenue a duré vingt mois. C’est le temps qu’il a fallu pour que l’eau monte sur les prés, les ponts démolis et le monastère vide.
Reste que le récit habituel du village noyé ne se vérifie pas ici, et c’est le plus intéressant du dossier. Ailleurs, la sécheresse fait parfois revoir un clocher. À Vouglans, aucune source consultée ne décrit une telle réapparition.
Aucune source consultée ne décrit l’émersion du couvent, que la commune d’Onoz dit englouti à 50 mètres de profondeur.
Aucune émersion des ruines n’est décrite
Selon EDF Hydro, cité par France 3 en 2020, le niveau de la retenue peut descendre jusqu’à 395 mètres et monte au maximum à 428. En février 2023, il était de 410 mètres, un niveau qu’EDF jugeait conforme aux années précédentes à la même période. Aucune des sources consultées ne décrit l’émersion du couvent, et nous n’avons pas de cote publiée de son site pour le démontrer par le calcul.
Nous ne donnons volontairement pas la cote exacte du site. Le chiffre qui circule ne vient que d’une encyclopédie collaborative, et nous ne bâtissons pas un calcul de hauteur d’eau sur une valeur non publiée.
Ce qui réapparaît, en revanche, est daté et attribuable. En octobre 2018, le lit de l’Ain et les pierres des anciens champs ont été revus à Barésia-sur-l’Ain. En février 2023, le niveau était de 410 mètres. Et en août 2026, une décrue importante a fait émerger des rochers et des ruptures de pente au Surchauffant, où la baignade a été interdite à compter du jeudi 20 août à dix-huit heures, sur décision municipale prise la veille, information que nous ne tenons que d’une radio locale et que nous donnons comme telle.
| Élément | Fait | Source |
|---|---|---|
| Protection | inscrite le 15 juillet 1927 | export national des immeubles protégés |
| Sort du couvent | non démoli, submergé en place | dossiers de l’Inventaire et commune |
| Porte et pavillons | démontés et rebâtis sur la rive droite | mêmes sources |
| Remplissage | du 12 avril 1968 à fin décembre 1969 | dossiers de l’Inventaire |
| Plancher d’exploitation | 395 mètres, maximum 428 | exploitant, cité par la presse en 2020 |
| Niveau relevé | 410 mètres en février 2023 | presse régionale, propos de l’exploitant |
Un mot à ne pas employer, et deux récits à écarter
Le mot vidange revient partout à propos de Vouglans. Aucune vidange décennale ou exceptionnelle de cette retenue n’apparaît dans les sources consultées, et elles sont nombreuses : fiche du comité français des barrages, dossiers de l’Inventaire, arrêté préfectoral de 1997, document d’exploitation de 2024 publié par les services de l’État, et quatre articles de presse régionale entre 2018 et 2026.
Les seules vidanges nommées concernent les organes de vidange de fond de l’ouvrage, et une autre retenue du même aménagement. L’origine de la confusion est probablement un photographe plongeur qui emploie le mot pour un simple lâcher d’eau. Il faut donc dire basses eaux.
Deux récits circulent également, et l’Inventaire les contredit tous les deux. Un pont médiéval qui réapparaîtrait aux basses eaux : les anciens ponts ont été démolis en 1967. Et des centrales englouties restées intactes au fond : rien ne l’établit.
Ce que dit l’arrêté de 1997 : la navigation sur la partie amont du lac est déconseillée lorsque le niveau descend à 409 mètres ou en dessous. C’est un mètre sous la cote de février 2023, et cela donne la mesure de ce que les basses eaux changent pour les usagers.
Sur le rang du lac, enfin, il faut donner le critère avec le chiffre. Un dossier de l’Inventaire en fait la troisième retenue de France par le volume total, six cents millions de mètres cubes. Pour la réserve utile (425 millions), un auteur publié par l’ASPHOR la dit troisième, alors que l’Inventaire la classe deuxième dans son dossier IA39000490. Une publication nautique la dit troisième par la superficie, critère que nous écartons. Le classement change donc selon ce que l’on compte, et aucun de ces rangs ne se compare aux autres.
Vu d’en haut, le lac dessine un long ruban sinueux de trente-cinq kilomètres qui suit l’ancienne vallée de l’Ain, resserré entre des versants boisés et raides. C’est cette forme, celle d’une rivière élargie et non celle d’un plan d’eau, qui rappelle qu’il y avait là une vallée habitée. La porte monumentale et les pavillons d’entrée ont été remontés au-dessus de la limite des plus hautes eaux, selon l’ASPHOR, et la commune d’Onoz les dit accessibles aux promeneurs ; la notice des monuments historiques classe pourtant l’ensemble en propriété privée.
Ce que l’été garantit, et ce que l’hiver reprend
Le régime du lac suit une logique qu’EDF Hydro a décrite à la presse. En 2020, l’exploitant parlait d’une cote estivale de 425 mètres, garantie pour que les plages et la navigation restent utilisables, et en 2023 d’un niveau maintenu au-delà de 421 mètres en été ; une sécheresse peut pourtant faire baisser le lac avant la fin de la saison. À la fin de l’été 2020, EDF annonçait un abaissement d’environ un mètre par jour, et la remontée se fait aux premières crues de novembre et de décembre.
C’est pourquoi les photographies du lac à moitié vide circulent toujours en hiver ou au début du printemps, et pourquoi elles surprennent un visiteur d’août. Les deux images sont justes, elles ne montrent simplement pas le même mois.
Sur les dimensions, enfin, treize désaccords ont été relevés entre les sources, et nous ne tranchons pas ceux qui ne se comparent pas. Le volume est donné à 605, 600 ou 592,4 millions de mètres cubes selon la source, la surface à 1 600 ou 1 650 hectares, et une même notice de l’Inventaire se contredit en annonçant 300 mètres de largeur moyenne pour 1 600 hectares sur trente-cinq kilomètres, ce qui en donnerait plutôt 457.
Sources : notice PA00101978 de l’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; dossiers IA39000490 et IA39000491 de l’Inventaire général du patrimoine culturel de Bourgogne-Franche-Comté, comptés comme une source unique, leur rédacteur étant le même ; page Histoire de la commune d’Onoz ; arrêté préfectoral numéro 351 du 2 avril 1997, préfet du Jura ; document d’exploitation de l’opérateur publié en 2024 par la direction régionale de l’environnement ; fiche du comité français des barrages et réservoirs ; presse régionale (France 3 Bourgogne-Franche-Comté, dont des propos d’EDF Hydro de 2020 et de 2023) pour les niveaux et cotes de 2018, 2020 et 2023 ; archives départementales du Jura pour l’iconographie d’avant la mise en eau. Le site de l’exploitant a refusé l’accès à sa page sur le rang de la retenue, dont le critère n’a donc pas pu être lu et ne lui est pas prêté.

