La coulée de lave coulait au fond de la vallée. Aujourd’hui elle domine la ville et la vallée, dressée en muraille de quatre-vingts mètres de haut. Le paysage s’est retourné autour d’elle.
Les orgues de Bort sont un site géologique situé sur la commune de Bort-les-Orgues, en Corrèze, à la limite du Cantal, sur la face orientale du puy de Bort. Elles sont constituées de phonolite et doivent leur forme à des coulées volcaniques refroidies.
Des colonnes nées du refroidissement, pas de l’érosion
Le mot orgues décrit bien la silhouette, mais il masque le mécanisme. Ces colonnes polygonales ne sont pas sculptées par l’eau ni par le vent : elles se forment au moment où la lave se fige. En refroidissant, la roche se rétracte, et cette contraction se résout en fractures régulières qui découpent la masse en prismes. C’est ce que les géologues appellent communément des orgues volcaniques.
La roche est ici une phonolite, qui contient des cristaux de haüyne bleus à noirâtres. Le nom de phonolite vient de ce que les dalles sonnent quand on les frappe. La roche se débite en dalles minces, ce qui lui a valu d’être employée en couverture dans plusieurs régions volcaniques.
La coulée du haut de Bort-les-Orgues appartiendrait à l’un des épisodes laviques du stratovolcan cantalien et date du Miocène. Elle s’est épanchée sur une courte distance, 1 500 mètres, en s’épaississant jusqu’à une hauteur de 80 mètres.
Deux jeux de mesures : la notice consacrée aux orgues donne une coulée longue de 1 500 mètres à environ 750 mètres d’altitude, celle de la commune 2 kilomètres de longueur à 860 mètres d’altitude. Les deux s’accordent sur une hauteur de 80 mètres. Cette page retient donc la hauteur comme acquise et signale l’écart sur le reste.
Un paysage qui s’est retourné
Le fait le plus remarquable du site n’est pas sa forme mais sa position. La coulée occupait autrefois le fond de la vallée, là où la lave s’écoule naturellement. Elle se trouve aujourd’hui en hauteur, dominant la ville et la vallée de la Dordogne.
Le mécanisme porte un nom, l’inversion de relief, et il tient à une différence de dureté. La lave refroidie résiste beaucoup mieux à l’érosion que les roches encaissantes. L’érosion déblaie les secondes et épargne la première : le fond de vallée devient crête, et le relief se lit à l’envers de ce qu’il était.
La coulée, autrefois en fond de vallée, a été mise en relief par l’action de l’érosion.
C’est une leçon de lecture de paysage qui vaut au-delà de Bort. Devant une table basaltique isolée au-dessus d’une plaine, le premier réflexe est d’y voir un sommet ; il s’agit parfois d’un ancien bas-fond, conservé parce qu’il était le plus dur.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| roche | phonolite à cristaux de haüyne |
| origine | épisode lavique du stratovolcan cantalien |
| époque | Miocène |
| longueur de la coulée | 1 500 mètres selon la notice du site |
| hauteur | 80 mètres |
| voies d’escalade | vingt-neuf, cotées du 3c au 6b |
Une ville, un barrage, une vallée transformée
Bort-les-Orgues se place sur un sillon houiller datant de l’ère primaire, dans un paysage typique de l’Auvergne. La commune est limitrophe de six communes, dont cinq dans le Cantal, et touche donc à la fois à la Nouvelle-Aquitaine et à l’Auvergne-Rhône-Alpes.
La Dordogne traverse la commune, et c’est le barrage établi sur elle qui a changé le plus récemment la physionomie des lieux. Le barrage de Bort-les-Orgues a fortement modifié la commune et sa région lors du remplissage de sa retenue, les vannes du barrage ayant été fermées le 1er mars 1951. Plusieurs villages ont été engloutis à cette occasion, dont Port-Dieu.
L’ouvrage est un barrage poids-voûte en béton de 120 mètres de haut, 390 mètres de développement en crête et 80 mètres d’épaisseur à la base. Sa retenue contient 477 millions de mètres cubes et s’étire sur 21 kilomètres de longueur.
La mise en eau a aussi créé une situation de propriété singulière. Le château de Val émerge sur une rive de la retenue, sur la commune de Lanobre dans le Cantal, mais appartient à Bort-les-Orgues depuis la construction du barrage. La commune possède donc un monument situé dans un autre département et une autre région.
Le site géologique et le barrage racontent donc deux échelles de temps superposées. Le premier résulte d’une coulée du Miocène remodelée pendant des millions d’années ; le second d’une décision d’aménagement appliquée en quelques années. Les deux ont produit un relief que les habitants ont dû apprendre.
Autour du site
Les orgues ne sont pas isolées dans un paysage vide. La ville à leur pied se tient à 430 mètres d’altitude, et le puy de Bort culmine à 860 mètres, où passe un point trigonométrique du parcours de la Méridienne. Les orgues elles-mêmes se tiennent entre ces deux altitudes, la coulée étant donnée à environ 750 mètres.
Le bassin de la Dordogne est classé réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 2012. Le saut de la Saule ouvre des canyons sur la Rhue, en amont du pont de chemin de fer qui enjambe la rivière. Côté bâti, l’église Saint-Germain date du XIIe siècle et la halle au blé de la place de la mairie, construite au XIXe siècle, est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 25 mars 1965. Le musée de la Tannerie et du Cuir, installé sur les anciennes tanneries, a été fondé en 1996 par une association de bénévoles, pour la plupart d’anciens tanneurs du site.
Du haut des orgues, le point de vue porte à la fois sur l’Auvergne et sur le Limousin. C’est une position de limite, à proximité immédiate d’une frontière départementale et régionale, et le panorama la rend lisible mieux qu’une carte.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, les orgues forment une barre nette sur la face orientale du puy de Bort, une muraille de colonnes verticales qui tranche sur les pentes boisées. La régularité du prisme se voit mieux de loin que de près.
La vue rend aussi l’inversion lisible. La coulée se suit comme un ruban continu, et l’on comprend qu’elle a épousé un creux avant que le creux ne disparaisse. Autour, le regard embrasse le massif du Sancy, la masse du Cantal, le plateau de l’Artense, et des vallées glaciaires au fond large et plat aux versants abrupts.
Elle montre enfin l’usage contemporain du site. Le parcours d’escalade occupe la partie gauche, vingt-neuf voies cotées du 3c au 6b, praticables une bonne partie de l’année : une falaise née d’un refroidissement sert aujourd’hui de terrain de sport.
À voir autour
- Les orgues d’Ille-sur-Têt : des cheminées de fée, et non des colonnes volcaniques
- La chaîne des Puys : quatre-vingts volcans inscrits en 2018
- Le temple de Mercure : bâti en trachyte au sommet du puy de Dôme
Pour aller plus loin : Le dossier Corrèze et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notices des orgues de Bort et de Bort-les-Orgues, Wikipédia en français.

