Tous les quatre ou cinq ans, on vide un étang de la Dombes, on y pêche les carpes, puis on sème de l’avoine ou du maïs dans le fond asséché avant de le remettre en eau. Ce pays de mille étangs, au nord-est de Lyon, est entièrement sorti de la main des hommes.
La Dombes est une région naturelle et historique de l’Ain, caractérisée par ses plus de mille étangs parsemant un plateau d’origine morainique. Son centre géographique est Villars-les-Dombes, sa principale localité Trévoux, sur la Saône, et sa superficie atteint environ 1 500 kilomètres carrés, entre Saône, Rhône et Jura.
Ce que les glaciers ont laissé
La région constitue la terminaison sud de la dépression bressane, un fossé d’effondrement initié au Cénozoïque lors des phases majeures de l’orogenèse alpine. Par contrecoup, cette orogenèse a disloqué le socle hercynien du Massif central, devenu une pénéplaine granitique, et formé un demi-graben qui s’est rempli de sédiments, essentiellement à l’Oligocène.
Puis les glaciers sont venus. Lors des glaciations de Riss et de Würm, les glaciers alpins ont poussé des langues terminales en larges glaciers de piémont, formant un front qui alimentait la dépression dombo-bressane.
Une succession d’avancées et de retraits a accumulé là des dizaines de mètres d’épaisseur de produits morainiques : blocs, galets, graviers, sables, limons et argiles. Ces dépôts subsistent sous forme de collines boisées, et les étangs occupent les dépressions qui les séparent.
Ce sont les argiles de ces moraines qui ont rendu l’affaire possible. Imperméables, elles retiennent l’eau, et c’est en mettant à profit ces dépôts que les moines ont creusé, principalement à partir du XIIe siècle, les plus de mille étangs qui occupent aujourd’hui environ 11 000 hectares.
Les étangs, très nombreux, plus de mille, qui occupent environ 11 000 hectares, sont d’origine humaine.
Un fond d’étang se sème
Le profil de ces étangs n’a rien d’arbitraire : il est maîtrisé et déterminé par le type de pêche. À la différence des étangs du Forez, au fond plat, ceux de la Dombes présentent une très légère pente, qui permet à l’eau de s’écouler lentement et régulièrement vers l’émissaire, le thou, lors de la vidange.
La vidange a lieu au printemps, tous les quatre à cinq ans, à l’occasion de la pêche. L’étang est ensuite laissé à sec en général un été, pour être cultivé en avoine ou en maïs, avant d’être remis en eau. Cette alternance porte un nom local, l’assec et l’évolage.
C’est une particularité à la fois culturelle et culturale, où culture céréalière et élevage du poisson sont intimement associés : la même parcelle produit du grain une année et du poisson les suivantes, et l’assèchement périodique restaure la fertilité du fond.
La production, elle, est ancienne et considérable. Les étangs permettent depuis des siècles une pisciculture importante de carpes et de brochets, qui alimentait les populations, en particulier celle de Lyon, lors des nombreux jours maigres du calendrier religieux. La Dombes est la première région piscicole en eau douce de France, et la grenouille verte y est une spécialité culinaire locale.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Superficie du pays | environ 1 500 km2 | un plateau entre Saône, Rhône et Jura |
| Nombre d’étangs | plus de mille | environ 11 000 hectares en eau |
| Origine | creusés à partir du XIIe siècle | dans les argiles morainiques, par les moines |
| Cycle de vidange | tous les 4 à 5 ans | un été d’assec, cultivé en avoine ou en maïs |
| Oiseaux nicheurs | 131 espèces | zone humide d’importance internationale |
| Label Ramsar | 22 mars 2023 | après l’inscription à Natura 2000 en 2008 |
Une principauté qui battait monnaie
Le pays doit son nom à une principauté. À partir du mariage d’Humbert de Beaujeu et de Marguerite de Baugé, l’ensemble des territoires de la maison de Beaujeu situés sur la rive gauche de la Saône forme une souveraineté dont les princes exercent les droits régaliens, et notamment battent monnaie, sans dépendre du roi de France.
Sa capitale est Trévoux, et son territoire est discontinu. Douze châtellenies le composent : celles de Trévoux, Thoissey, Saint-Trivier, Ambérieux, Beauregard, Villeneuve, Montmerle, Baneins et Ligneux forment la basse Dombes, à l’ouest, les trois autres, Chalamont, Lent et Le Châtelard, la haute Dombes, à l’est. Entre les deux s’étend ce que l’on appelle le couloir bressan.
Les mains se succèdent ensuite. Partie du Saint-Empire, la Dombes échoit vers 1400 à la maison française de Bourbon, est occupée par l’armée française de 1523 à 1560 pendant les guerres d’Italie, à la suite de la trahison du connétable de Bourbon, puis rendue en 1560 par François II à la branche Montpensier, qui en fait une sorte de principauté souveraine à la frontière entre la France et l’Empire.
En 1693, elle passe au duc du Maine, fils légitimé de Louis XIV, dont un descendant la cède à Louis XV en 1762 en échange de différents fiefs français. Elle devient alors un pays de France, compris dans le gouvernement général de Bourgogne, et reste aujourd’hui l’un des pays de l’Ain, avec la Bresse, le Bugey, le Revermont et le pays de Gex.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la Dombes est une mosaïque : des centaines de plans d’eau de formes géométriques, séparés par des collines boisées et des digues, sur un relief assez plat dont le réseau hydrographique, la Veyle et la Chalaronne, est orienté vers le sud-ouest. Rien dans ce dessin n’est naturel, et c’est ce que la vue aérienne rend immédiatement lisible.
Elle montre aussi un paysage qui change d’une année sur l’autre. Les étangs n’étant pas vidangés en même temps, certains apparaissent en eau et d’autres en terre labourée, si bien que la même mosaïque ne se présente jamais deux fois à l’identique. La limite nord du pays se lit de la même manière : on passe progressivement de la Dombes à la Bresse à mesure que les étangs se font moins nombreux.
Elle explique enfin l’intérêt ornithologique du lieu. Mille plans d’eau peu profonds, aux berges en pente douce, offrent aux oiseaux migrateurs une surface de halte sans équivalent, d’où les 131 espèces nicheuses et la présence d’espèces emblématiques comme le grèbe à cou noir, la nette rousse et la guifette moustac, aux côtés de la rainette verte et de la marsilée à quatre feuilles.
À voir autour
- Le Marais poitevin : d’autres moines, d’autres canaux
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Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice de la Dombes, Wikipédia en français.
