« Il est vrai que votre syndicat est né d’un feu » : Yannick Forno, guetteur, et la Sainte-Victoire

La montagne Sainte-Victoire et la garrigue de son piémont, dans les Bouches-du-Rhône
La montagne Sainte-Victoire, dans les Bouches-du-Rhône. Après l'incendie de 1989, le massif n'a pas été replanté, et le gestionnaire écrit que la nature accomplit son œuvre. Photo : Holger Uwe Schmitt, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le Grand Site Sainte-Victoire est né d’un incendie. La phrase est de Yannick Forno, guetteur, dans la lettre que ce syndicat publie lui-même.

Il est vrai que votre syndicat est né d’un feu, écrit-il en juin 2014. Il s’adresse au Grand Site, dont il n’est pas un agent.

Yannick Forno relève du service départemental d’incendie et de secours. Il était alors guetteur au Grand Puech, à Mimet, et non sur la Sainte-Victoire.

Le feu dont il parle est celui du 28 août 1989. Mes grands-parents habitaient Beaurecueil dans l’une des premières maisons qui ont brûlé, raconte-t-il.

Un syndicat de gestion né d’un incendie, et un massif qu’on n’a pas replanté.

Ce que le feu de 1989 a brûlé à la Sainte-Victoire

La surface brûlée n’a pas de valeur unique. Le gestionnaire du massif porte lui-même deux chiffres incompatibles sur deux de ses pages.

L’une annonce 4 500 hectares pour la montagne et le plateau du Cengle. L’autre écrit plus de 5 000 hectares.

Le plan de gestion de la réserve naturelle retient de son côté 4 965 hectares. Il est publié par la direction régionale de l’environnement.

Nous rapportons ces trois valeurs sans en choisir aucune. Les périmètres annoncés diffèrent.

La Sainte-Victoire n’a pas été reboisée, et c’est écrit

Après l’incendie, le massif de la Sainte-Victoire n’a pas été replanté. Le gestionnaire l’écrit sur sa page consacrée au traitement des zones incendiées.

En forêt méditerranéenne, à de rares exceptions près, le reboisement n’est pas réalisé. Cela demanderait des moyens humains et financiers considérables, poursuit la page.

La nature accomplit son œuvre, écrit-elle encore. La renaissance des paysages après l’incendie de 1989 en témoigne.

La méthode employée est tout autre. L’intervention a lieu plusieurs mois après le feu, pour observer la reprise naturelle.

Les arbres calcinés sont alors coupés en conservant les repousses. Les bois sont rassemblés en fascines contre l’érosion, ou vendus.

Les seules surfaces restaurées que nous ayons trouvées totalisent 197 hectares, et cette addition est la nôtre. Ces chantiers sont datés de 1993 et de 2008, et la page ne les rattache pas au feu de 1989.

  • Le massif géographique, 6 525 hectares, culminant au pic des Mouches à 1 011 mètres.
  • Le site classé de la montagne Sainte-Victoire, créé par décret du 15 septembre 1983, 6 664 hectares selon le gestionnaire.
  • Le site classé du massif du Concors, 16 812 hectares, créé trente ans plus tard.
  • Le site inscrit du versant sud, 1 520,75 hectares, du 1er mars 1963.
  • La zone de protection au titre de la loi de 1930, 1 104 hectares, du 5 avril 1966.

Des périmètres qui ne se superposent pas

Le massif, les sites classés, le label et la réserve naturelle ne couvrent pas la même chose. Les confondre fait dire n’importe quoi aux chiffres.

La surface du site classé de 1983 varie déjà selon la source. Le gestionnaire et le réseau national des Grands Sites écrivent 6 664 hectares.

Le tableau du plan de gestion de la direction régionale de l’environnement écrit 6 000. Nous n’arbitrons pas, même si l’arrondi reste l’hypothèse la plus simple.

Le territoire géré avant extension porte quatre valeurs distinctes. Elles vont de 34 500 à 35 700 hectares selon le document consulté.

La zone Natura 2000 elle-même porte deux surfaces chez le même émetteur. 15 493 hectares dans le texte du plan de gestion, 15 460 dans la fiche.

Ce que le guetteur décrit de son métier

Yannick Forno centralisait les informations de vingt-sept vigies du département. Il passait quatre-vingt-dix jours de risque majeur sur son poste.

Il y vivait avec sa femme, qui l’aidait à surveiller, et leurs trois enfants. En été, 80 à 85 pour cent des feux détectés le sont par les vigistes, dit-il.

Le reste de l’année, il préparait la saison à risque. Il parcourait le département pour inventorier les pistes, les barrières, les citernes et la signalétique.

Son rôle s’arrête à la description. Nous devons donner une information très précise de l’endroit exact, explique-t-il, ni diagnostic ni préconisations.

Sources : Tout Naturellement, la lettre du Grand Site Sainte-Victoire, numéro 23, juin 2014, page 8, article Vigiste par conviction, ISSN 1770-006X, pour tous les propos de Yannick Forno, sa fonction, les vingt-sept vigies, les quatre-vingt-dix jours et les 80 à 85 pour cent de feux détectés ; Grand Site Concors Sainte-Victoire, page sur le classement de 1983, pour le décret du 15 septembre 1983 et les 6 664 hectares, page Que faire face au feu pour les 4 500 hectares, page Traiter les zones incendiées, du 1er mai 2021, pour l’absence de reboisement, la méthode de coupe et les quatre chantiers de restauration, et page France 3 revient sur l’incendie de Sainte-Victoire, du 19 septembre 2019, pour la date du 28 août 1989 et les plus de 5 000 hectares brûlés ; Réseau des Grands Sites de France, page du 11 mars 2021, pour les 6 664 hectares et les 16 812 hectares du Concors, et page Biodiversité pour les plus de 5 000 hectares brûlés ; plan de gestion de la Réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire, publié par la direction régionale de l’environnement, pour les 6 525 hectares du massif, le pic des Mouches à 1 011 mètres, les 4 965 hectares brûlés, les 6 000 hectares du site classé, le site inscrit du versant sud, la zone de protection de 1966, les 15 493 hectares Natura 2000 et les 34 500 hectares gérés ; fiche ZPS Montagne Sainte-Victoire FR9310067, publiée par la même direction régionale, pour les 15 460 hectares, et fiche du Réseau des Grands Sites de France des Rencontres 2016 pour les 35 700 hectares. Ne sont pas établis : la surface brûlée en 1989, trois valeurs officielles circulant sans arbitrage ; la surface du site classé, le gestionnaire étant par ailleurs membre du réseau qui le confirme ; le fait que des maisons de Beaurecueil aient brûlé parmi les premières, qui repose sur le seul témoignage de Yannick Forno ; et la cause du départ de feu.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que le Grand Site Sainte-Victoire est né d'un feu ?

Parce que sa création a suivi l'incendie du 28 août 1989. La phrase citée est de Yannick Forno, guetteur, dans le numéro 23 de la lettre Tout Naturellement, publiée par le Grand Site en juin 2014. Yannick Forno n'est pas un agent de ce syndicat, il relève du service départemental d'incendie et de secours et était alors en poste au Grand Puech, à Mimet.

Quelle surface a brûlé en 1989 ?

Les sources officielles ne donnent pas la même valeur, et c'est le point notable. Le gestionnaire du massif porte lui-même deux chiffres incompatibles sur deux de ses pages, 4 500 hectares d'un côté, plus de 5 000 de l'autre. Le plan de gestion de la réserve naturelle, publié par la direction régionale de l'environnement, retient 4 965 hectares, pour un incendie qu'il qualifie de catastrophe.

Le massif a-t-il été reboisé après l'incendie ?

Non, et c'est un choix assumé. La page du gestionnaire consacrée au traitement des zones incendiées écrit qu'en forêt méditerranéenne, à de rares exceptions près, le reboisement n'est pas réalisé, parce qu'il demanderait des moyens humains et financiers considérables. Les arbres calcinés sont coupés plusieurs mois après le feu, en conservant les repousses.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut