La Dent de Crolles culmine à 2 062 mètres au-dessus de cinquante-sept kilomètres de galeries connues

La Dent de Crolles au coucher du soleil, vue depuis le Charmant Som, la chaîne de Belledonne au fond
La Dent de Crolles au coucher du soleil, depuis le Charmant Som, avec la chaîne de Belledonne derrière. Les galeries dont parle l'article courent sous ce sommet et ne se voient pas. Photo : Remontees, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le réseau souterrain de la Dent de Crolles mesurait 17 000 mètres le 4 mai 1947. Il en comptait 55 250 au 1er décembre 1996, selon la Fédération française de spéléologie.

Le sommet, lui, n’a pas bougé. Il culmine à 2 062 mètres. Notre relevé et le plan de gestion de la réserve portent cette altitude.

La première est notre propre relevé sur le service altimétrique de l’IGN. Nous avons interrogé 625 points sur l’emprise du sommet.

La valeur maximale rendue atteint 2 062,02 mètres. Le plan de gestion écrit de son côté que le territoire s’étage jusqu’à 2 062 mètres.

Un réseau multiplié par plus de trois en cinquante ans, sous un sommet inchangé.

Ce que mesure le développement de la Dent de Crolles

La série datée du réseau de la Dent de Crolles vient de Thierry Marchand, dans Karstologia en 1985. Il place 9 100 mètres en août 1941 et 14 230 mètres en septembre 1943.

Les 17 000 mètres sont atteints le 4 mai 1947. La même chronologie donne 25 700 mètres en 1965, puis 33 700 mètres en 1975.

La Fédération française de spéléologie publie 55 250 mètres au 1er décembre 1996. Son tableau classe alors le réseau troisième cavité la plus longue de France.

En décembre 2009, la même fédération annonce le franchissement des 57 000 mètres. Elle ajoute d’elle-même que ce chiffre sera précisé plus tard.

Nous n’avons trouvé aucune mise à jour postérieure. Nous avons lu pour cela les numéros de Spelunca et le plan de gestion. Les valeurs de soixante et de soixante-dix kilomètres viennent de sites de guides.

Quatre valeurs de dénivelé qui ne se recoupent pas

Le dénivelé de la Dent de Crolles n’a pas de valeur stable. Quatre chiffres ont été publiés en soixante-trois ans.

  • 658 mètres en 1948, chez le géographe Georges Chabot, qui rend compte du livre de Pierre Chevalier.
  • 603 mètres au 1er décembre 1996, dans le tableau des grandes cavités françaises de la Fédération française de spéléologie.
  • 694 mètres en mars 2010, dans la revue Spelunca, pour une traversée que la revue qualifie de quasi ultime.
  • Plus de 700 mètres en 2011, chez Philippe Audra et Arthur Palmer. La version anglaise du même texte écrit presque 700.

Le chiffre de 1948 dépasse celui de 1996 de cinquante-cinq mètres. La progression des explorations n’explique pas un tel recul.

La valeur de 2010 ne porte pas sur la même grandeur. Elle mesure une traversée, pas la dénivellation totale du réseau.

Un plan de gestion qui s’appuie sur une page collaborative

La réserve naturelle nationale des Hauts de Chartreuse a été créée par décret du 1er octobre 1997. Son plan de gestion 2017-2027 est publié en plusieurs parties, dont la première compte 183 pages.

La page 27 de cette première partie classe le réseau de la Dent de Crolles au quarantième rang mondial. Elle lui attribue 50 101 mètres de développement.

Ce chiffre est inférieur aux 55 250 mètres publiés par la fédération en 1996. Il l’est aussi aux plus de 57 000 mètres de 2009. Le document indique pourtant lui-même d’où vient son tableau.

Les données proviennent d’une page encyclopédique collaborative, mise à jour par la communauté spéléologique. Le plan précise même qui a actualisé la ligne, et en quelle année.

Nous ne reprenons donc pas les 50 101 mètres comme une mesure. Un document de gestion soumis au conseil scientifique régional du patrimoine naturel cite ici une encyclopédie en ligne.

Ce que la Dent de Crolles détient vraiment

Plusieurs textes de spéléologie attribuent au réseau un record mondial de profondeur. Aucun de ceux que nous avons lus n’en donne les années exactes.

La formulation la plus prudente est aussi la plus ancienne. Claude Chabert et Paul Courbon l’écrivent dans Karstologia, en 1983.

Le réseau est pour eux le premier au monde à atteindre 500 mètres de dénivellation, en 1947. Les deux auteurs ne parlent pas de record mondial.

Philippe Audra écrit en 1991 que Pierre Chevalier en a fait le réseau le plus profond du monde. Une page du comité départemental de spéléologie de l’Isère présente en 2006 un livre sur le réseau. Elle situe ce record au début des années 1950 et le dit perdu depuis.

Le plan de gestion de la réserve ouvre sa section karstique par une phrase qui tient tout le sujet. Invisibles pour le randonneur, ces réseaux présentent un grand intérêt scientifique et spéléologique.

Les 57 kilomètres de galeries tiennent sous moins de 1,5 kilomètre carré, selon Audra et Palmer. Cela fait plus de 38 kilomètres de galeries par kilomètre carré, et ce rapport est notre calcul.

Sources : Thierry Marchand, Karstologia numéro 5, 1985, page 9, pour la chronologie du développement de 1939 à 1975 ; Spelunca numéro 64, décembre 1996, page 9, pour les 55 250 mètres, le troisième rang et les 603 mètres ; Spelunca numéro 116, décembre 2009, page 3, pour les 57 000 mètres franchis et la dixième entrée ; Spelunca numéro 117, mars 2010, page 6, pour les 694 mètres ; Georges Chabot, 1948, page 208, pour les 658 mètres ; Philippe Audra et Arthur Palmer, Géomorphologie, 2011, pour les 57 kilomètres, les plus de 700 mètres et les moins de 1,5 kilomètre carré ; Claude Chabert et Paul Courbon, Karstologia numéro 1, 1983, page 5, pour les 500 mètres de 1947 ; Philippe Audra, Karstologia numéro 18, 1991, pour la mention du réseau le plus profond du monde ; plan de gestion de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse 2017-2027, première partie, pages 8, 26 et 27, pour l’altitude, les réseaux invisibles, les 50 101 mètres et la note de source du tableau ; notre relevé de 625 points sur le service altimétrique de l’IGN. Ne sont pas établis : le développement et le nombre d’entrées à ce jour ; l’écart entre les 48 kilomètres de Karstologia en 1997 et les 55 250 mètres de la fédération ; les années exactes d’un éventuel record mondial. Aucune information d’accès au réseau n’est publiée ici.

Questions fréquentes

Quelle est la longueur du réseau de la Dent de Crolles ?

Le dernier chiffre fédéral que nous avons lu est celui de Spelunca, en décembre 2009, qui annonce le franchissement des 57 000 mètres et ajoute que la valeur sera précisée. Philippe Audra et Arthur Palmer retiennent 57 kilomètres en 2011. Nous n'avons trouvé aucune mise à jour institutionnelle postérieure dans le corpus que nous avons interrogé.

Le réseau a-t-il été le plus profond du monde ?

Plusieurs textes de spéléologie l'écrivent, sans en donner les années exactes. La formulation la plus prudente est celle de Claude Chabert et Paul Courbon, dans Karstologia en 1983. Ils écrivent que le réseau est le premier au monde à atteindre 500 mètres de dénivellation, en 1947, et ils ne parlent pas de record mondial.

Combien le réseau compte-t-il d'entrées ?

Dix au dernier décompte publié par la Fédération française de spéléologie, en mars 2010. Les valeurs plus élevées que nous avons rencontrées figurent sur des sites de guides et de randonnée, pas dans une publication. Nous ne les reprenons pas, et nous ne publions aucune localisation d'entrée.
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