Dalle de Digne-les-Bains : les 1 550 fossiles viennent d’un comptage de 1994 publié en 2011

La dalle à ammonites de Digne-les-Bains, paroi calcaire redressée au bord de la route
La dalle à ammonites de Digne-les-Bains, redressée au bord de la route. Les silhouettes au pied donnent l'échelle des quelque 320 mètres carrés. Photo : Pmau, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La dalle à ammonites de Digne-les-Bains porte un chiffre que tout le monde reprend, 1 550. Il provient d’un comptage mené en 1994 et publié dix-sept ans plus tard.

Nous avons lu cette publication à la source. Elle paraît en 2011 dans la Revue de Paléobiologie, éditée par le Muséum d’histoire naturelle de Genève.

Elle est signée Jean-Louis Dommergues, du laboratoire Biogéosciences de l’université de Bourgogne. Sa coautrice, Myette Guiomar, appartient à la réserve naturelle géologique de Haute-Provence.

Un chiffre repris partout sur la dalle de Digne, sans recomptage extérieur connu.

Ce que dit la phrase d’origine

La page 269 de cette étude est la seule du corpus que nous avons consulté qui date le comptage. Elle écrit que la faune comprend quelques nautiles et plusieurs centaines d’ammonites.

Elle ajoute entre parenthèses la mention qui a fait le tour des publications. Environ 1 550 exemplaires ont été dénombrés en 1994.

Ce dénombrement a eu lieu pendant le second chantier de fouille sur la dalle. Le premier, en 1979, avait dégagé environ 600 ammonites sur 160 mètres carrés. Celui de 1994 a doublé la surface comme le nombre d’ammonites, écrivent les auteurs.

Le protocole retenu, lui, n’est pas décrit par l’étude. Nous avons cherché les mots dénombrement, recensement, effectif et comptage dans les quatre-vingt-seize mille caractères de l’étude. Aucun ne décrit la méthode.

Pourquoi les sources nombreuses n’en font pas plusieurs

Le nombre de la dalle à ammonites circule dans au moins cinq publications. Elles ne constituent pourtant pas cinq vérifications, et c’est le point important.

Myette Guiomar cosigne l’étude de 2011 et la fiche internationale qui a retenu le site. Didier Bert, auteur d’un article de 2021, appartient à la même réserve naturelle.

Le département des Alpes-de-Haute-Provence, qui publie le chiffre dans son dossier de presse, gère cette réserve. Un communiqué touristique de janvier 2023 traduit mot pour mot la fiche internationale.

Autrement dit, les mêmes auteurs alimentent presque tous ces canaux. Nous n’avons trouvé aucun recomptage mené par une équipe extérieure, et nous le signalons plutôt que de compter les reprises. La fiche internationale rattache d’ailleurs sa phrase sur les 1 550 céphalopodes à une publication de 1990. Elle est antérieure au comptage, et nous n’avons pas pu la consulter.

Ce que la dalle à ammonites compte vraiment

Le référent du nombre change à l’intérieur d’une même publication. Le résumé de l’étude de 2011 annonce plus de 1 550 céphalopodes, ammonites et nautiles confondus.

Son corps de texte, lui, rattache le nombre aux ammonites. Un article paru en 2021 dans Geoconservation Research écrit encore autre chose.

Il parle de plus de 1 550 ammonites et nautiles, entiers ou fragmentaires. Les fragments entrent donc parfois dans le compte, parfois non.

La surface de la dalle, elle, ne varie pas. Toutes les sources lues donnent environ 320 mètres carrés, le dossier du département précisant 17 mètres sur 19. Rapporté à cette surface, le chiffre donne près de cinq fossiles par mètre carré. Ce rapport est notre calcul, aucune source ne le publie.

L’âge des couches fait l’objet du même flottement. L’étude de 2011 écrit environ 190 millions d’années. L’article de 2021 et le dossier du département avancent 198 millions, sans que l’écart soit discuté.

Reste une question que les spécialistes posent eux-mêmes. Dans leur article de 2021, Didier Bert et Jean-Simon Pagès posent une limite nette. La densité des fossiles et la domination d’une seule espèce restent inexpliquées, écrivent-ils, et appellent de nouvelles études.

Sources : Jean-Louis Dommergues et Myette Guiomar, Revue de Paléobiologie, volume 30, numéro 1, 2011, pages 261 à 293, téléchargée et lue en entier par nos soins sur l’archive ouverte HAL, pour la phrase de la page 269 datant le dénombrement de 1994, pour le résumé comptant des céphalopodes, et pour l’absence de tout protocole de comptage dans ses 96 451 caractères ; Didier Bert et Jean-Simon Pagès, Geoconservation Research, volume 4, numéro 2, 2021, pour le décompte incluant les fragments et les nautiles, et pour la densité et la dominance d’espèce qualifiées d’inexpliquées ; dossier de presse du département des Alpes-de-Haute-Provence, qui gère la réserve naturelle géologique de Haute-Provence et n’est donc pas une source indépendante des deux précédentes. Ne sont pas établis : le protocole du dénombrement de 1994 ; l’existence d’un recomptage par une équipe extérieure, que nous n’avons pas trouvée sans pouvoir conclure qu’elle n’existe pas ; l’âge exact des couches, deux valeurs circulant sans arbitrage ; et la surface exacte de la dalle, donnée comme approximative par ses propres auteurs. Le rapport de quatre fossiles par mètre carré est notre calcul.

Questions fréquentes

D'où vient le chiffre de 1 550 ammonites ?

D'une étude parue en 2011 dans la Revue de Paléobiologie, signée Jean-Louis Dommergues et Myette Guiomar. Nous l'avons lue à la source. Sa page 269 écrit que la faune comprend quelques nautiles et plusieurs centaines d'ammonites, avec environ 1 550 exemplaires dénombrés en 1994. C'est la seule phrase du corpus que nous avons consulté qui date ce comptage.

Ce chiffre a-t-il été vérifié depuis ?

Nous n'avons trouvé aucun recomptage indépendant. Les publications qui reprennent le nombre sont toutes signées ou cosignées par des personnes liées à la réserve naturelle ou au département qui la gère. Elles ne constituent donc pas des contrôles séparés, mais des reprises du même travail.

Que compte exactement ce nombre ?

Cela dépend de l'endroit où on lit. Le résumé de l'étude de 2011 parle de 1 550 céphalopodes, ammonites et nautiles confondus. Son corps de texte attribue le nombre aux ammonites. Une publication de 2021 écrit de son côté plus de 1 550 ammonites et nautiles, entiers ou fragmentaires.
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