L’étoile de Moustiers pend à une chaîne de 135 mètres, et elle est tombée ou a été décrochée onze fois

Moustiers-Sainte-Marie au pied de l'entaille rocheuse que franchit la chaîne de l'étoile
Moustiers-Sainte-Marie, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Photo : dronepicr, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Une étoile dorée est suspendue dans le vide, entre les deux parois rocheuses qui encadrent le village. Elle est tombée ou a été décrochée au moins onze fois, et personne ne sait avec certitude qui l’a mise là.

Moustiers-Sainte-Marie se trouve dans les Alpes-de-Haute-Provence, en aval du canyon du Verdon, à environ 630 mètres d’altitude. Le village est blotti contre un escarpement rocheux, dans une entaille que surplombent deux hauteurs.

Cent trente-cinq mètres de chaîne au-dessus du vide

C’est entre ces deux hauteurs que la chaîne est tendue. Elle mesure aujourd’hui 135 mètres et pèse environ 150 kilos, et l’étoile qu’elle porte, à cinq branches, fait 115 centimètres de diamètre.

Ces chiffres ont changé. L’étoile posée sur la chaîne le 6 septembre 1882, jour de la fête de Notre-Dame, était l’œuvre de Jules Martin : 80 centimètres de diamètre, dix rais, en métal doré sur nickel. Les seize rais, eux, sont ceux du blason de la famille de Blacas, celui que la légende met à l’origine de l’étoile, et non ceux d’une étoile réellement accrochée au-dessus du village.

Car l’ensemble n’est pas stable. Jacques Lecugy, qui a dépouillé les archives de Moustiers, a calculé que l’étoile a dû tomber ou être décrochée au moins onze fois depuis sa première mention, en 1636 : chutes en 1685 et 1782, retrait par les révolutionnaires en 1793, chute retrouvée au fond du vallon en 1881, chaînon scié en 1967, chute en 1995. Celle que l’on admire aujourd’hui n’est pas l’originale : elle a été posée le 18 août 1957, après le décrochage de l’étoile de 1882.

ÉlémentValeurCe que cela change
longueur de la chaîne135 mètrestendue entre deux parois
poids de la chaîneenviron 150 kiloschiffre de l’office de tourisme
diamètre de l’étoile115 centimètres80 centimètres en 1882
branchescinqdix rais sur la version de 1882
chutes ou décrochagesau moins onzedécompte de Jacques Lecugy, dernière chute en 1995
étoile actuellereproduite en 1957après une chute
versions sur l’originedix-septaucune n’est établie
L’étoile de Moustiers en chiffres.

Dix-sept récits, aucune preuve

La version la plus répandue a été fixée par Frédéric Mistral, dans un poème publié en 1885, la Cadeno de Moustié. Le chevalier de Blacas, fait prisonnier en croisade par les Mamelouks à Damiette en 1249, aurait promis de consacrer un monument à la Vierge s’il revenait un jour dans son fief. Revenu sain et sauf, il aurait fait suspendre une étoile à seize branches, emblème de sa famille. Des Blacas ont bien pris part aux croisades, mais aucun document ne montre que l’un d’eux a été fait prisonnier à Damiette.

Une autre légende raconte que deux amoureux du village, issus de familles ennemies qui leur interdisaient de s’aimer, se sont suicidés à cet endroit, et que les deux familles ont ensuite fait tendre la chaîne. Une troisième l’attribue à un chevalier de Rhodes.

Jacques Lecugy a compté dix-sept versions expliquant l’origine de l’étoile, et aucune n’est établie. C’est un objet sans archive : on sait seulement qu’il est là, qu’il est tombé souvent, et qu’il a été remis en place à chaque fois.

En 1995, l’étoile a été retrouvée au fond du ravin, et les habitants se sont cotisés pour la redorer.

Un village qui tient à son étoile

L’épisode de 1995 dit l’attachement du village à cet objet. L’étoile s’est décrochée et a été retrouvée au fond du ravin ; les habitants se sont cotisés, et un mois plus tard elle était redorée et remise en place.

Remettre une chaîne de 150 kilos en travers d’un ravin n’est pas une opération symbolique. Il faut atteindre les deux ancrages, tendre la chaîne depuis une paroi jusqu’à l’autre, et régler sa flèche pour que l’étoile pende au bon endroit, au milieu.

L’entretien de l’ensemble est une affaire municipale : les services de la commune contrôlent régulièrement la chaîne et remplacent l’étoile usée, une ou deux fois par siècle.

La faïence, et ce qui en reste

Le bourg doit sa renommée des XVIIe et XVIIIe siècles à sa faïence. Selon la tradition, un religieux venu de Faenza aurait transmis à un potier du village le secret de l’émail blanc laiteux qui, associé au bleu dit de Moustiers, a fait la réputation des pièces locales.

Au XVIIIe siècle, jusqu’à douze faïenceries ont fonctionné en même temps dans le village. Le musée de Moustiers, fondé en 1929, présente des pièces des différentes époques, dont des faïences décorées des XVIIe et XVIIIe siècles, œuvres des maîtres Clérissy, Olérys et Ferrat. Il a été rénové en 2014 et ses collections enrichies par la donation du collectionneur Pierre Jourdan-Barry.

L’autre ressource du lieu est l’olivier. La commune compte plus de 20 000 oliviers, pour l’essentiel sur les restanques en pierre sèche de la colline du Claux, dont 2 000 ont été réhabilités et sont exploités aujourd’hui, et l’huile produite relève de l’appellation Huile d’olive de Haute-Provence.

Une oliveraie reconstituée comme pare-feu : après l’incendie du quartier Tréguier, en 1994, la décision a été prise de replanter l’oliveraie pour lui faire jouer ce rôle. Les emplacements ont été choisis dans une perspective paysagère face au village.

Deux églises, deux époques

L’église paroissiale Notre-Dame-de-l’Assomption est classée au titre des monuments historiques. Son chœur a été entrepris en 1336 par le prieur Pierre de Pratis, et forme un angle prononcé avec la nef, qui est romane : cinq travées voûtées en berceau brisé, deux bas-côtés, des chapiteaux ornés de feuilles de chêne.

Le clocher est de style lombard, ajouré d’arcades romanes soutenues par de fines colonnettes. Cette juxtaposition d’un chœur gothique et d’une nef romane désaxée est le signe d’un chantier interrompu : on a commencé à remplacer l’édifice roman, et on s’est arrêté au chœur.

Plus haut se trouve la chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir, dite aussi d’Entremont ou de la Roche, au porche roman surmonté d’un petit clocher. Ses deux premières travées sont romanes et remontent au XIIe siècle, les deux autres et l’abside sont gothiques. Un chemin de croix y conduit : les sept oratoires qui bordaient le sentier ont cédé la place, en 1860, aux quatorze stations actuelles, au long d’un escalier de 262 marches.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la configuration du site saute aux yeux : le village occupe une entaille, et les deux parois qui le serrent sont assez rapprochées pour qu’une chaîne puisse les relier. Sans cette géométrie, pas d’étoile.

La vue situe aussi la chapelle de Beauvoir, perchée au-dessus des toits, d’où l’on domine la vallée de la Maire et le plateau de Valensole. Le chemin de croix qui y monte dessine une ligne de stations sur le versant, le long d’un escalier de 262 marches.

Elle montre enfin le lac de Sainte-Croix en contrebas, un plan d’eau de plus de 1 000 hectares qui vaut à la commune d’être soumise à la loi littoral, alors qu’elle se trouve à plus de 600 mètres d’altitude dans les Alpes.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Mystères et légendes.

Sources : office de tourisme de Moustiers-Sainte-Marie, moustiers.fr, pour la chaîne et l’étoile actuelles et pour les armes de Blacas ; relevé d’archives de Jacques Lecugy pour les chutes de l’étoile, ses dimensions successives et les versions de son origine ; base POP du ministère de la Culture, arrêté du 18 mars 1913, pour le classement de l’église ; Frédéric Mistral, la Cadeno de Moustié, 1885, pour la légende du chevalier de Blacas ; dossier de presse de la commune pour la faïence.

Questions fréquentes

Qui a accroché cette étoile ?

Personne ne le sait. Jacques Lecugy, qui a travaillé sur les archives du village, a recensé dix-sept versions sur son origine ; l'office de tourisme en compte onze. La plus connue, rapportée par Frédéric Mistral, en fait un ex-voto du chevalier de Blacas, fait prisonnier en croisade par les Mamelouks à Damiette en 1249, qui aurait promis de consacrer un monument à la Vierge s'il revenait dans son fief.

Quelles sont les autres versions ?

L'une raconte que deux amoureux du village, issus de familles ennemies qui leur interdisaient de s'aimer, se sont suicidés là, et que les deux familles ont ensuite fait suspendre la chaîne. Une autre l'attribue à un chevalier de Rhodes.

Quelles sont ses dimensions ?

La chaîne actuelle est longue de 135 mètres et pèse environ 150 kilos. L'étoile mesure 115 centimètres de diamètre et compte cinq branches. Celle qui avait été posée le 6 septembre 1882, due à Jules Martin, mesurait 80 centimètres de diamètre et comptait dix rais.

Combien de fois est-elle tombée ?

Au moins onze fois, en comptant les décrochages volontaires : c'est le relevé d'archives de Jacques Lecugy, qui part de la première mention de l'étoile, en 1636. Celle que l'on voit n'est pas l'originale : elle a été posée le 18 août 1957, après le décrochage de la précédente. En 1995, l'étoile s'est décrochée et a été retrouvée au fond du ravin ; les habitants se sont cotisés et elle a été redorée et remise en place un mois plus tard.

Qu'est-ce que la faïence de Moustiers ?

La production qui a fait la renommée du bourg aux XVIIe et XVIIIe siècles. Selon la tradition, un religieux venu de Faenza aurait appris à un potier du village le secret de l'émail blanc laiteux qui, avec le bleu dit de Moustiers, a fait la réputation des pièces locales. Au XVIIIe siècle, jusqu'à douze faïenceries ont fonctionné en même temps dans le village.

Que voir dans le village ?

L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, classée au titre des monuments historiques, dont le chœur a été entrepris en 1336 par le prieur Pierre de Pratis et dont le clocher lombard est ajouré d'arcades romanes. Plus haut, la chapelle Notre-Dame-de-Beauvoir, au porche roman, qu'un chemin de croix de quatorze stations permet d'atteindre. Le musée de la faïence, fondé en 1929, a été rénové en 2014.

Où se trouve le village ?

Aux Alpes-de-Haute-Provence, en aval du canyon du Verdon, au point de rencontre des grandes routes touristiques de la région, et en bordure du lac de Sainte-Croix. La commune fait partie du parc naturel régional du Verdon et porte le label Villages et cités de caractère.
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