Le village réputé le plus haut des Alpes françaises comptait 160 habitants au dernier recensement, soit 32,2 % de moins qu’en 2017. Sur la même période, le département, lui, gagnait des habitants.
Saint-Véran se trouve dans les Hautes-Alpes, entièrement dans le parc naturel régional du Queyras. Le centre du village, à l’église, est à 2 042 mètres d’altitude.
Le plus haut, mais pas tout à fait
La formule consacrée fait de Saint-Véran la plus haute commune d’Europe. Elle demande à être nuancée. Le hameau de Juf, en Suisse, point habité le plus haut de la commune d’Avers, se situe vers 2 126 mètres, et Trepalle, en Italie, précède également le village français.
Le cas de Tignes, en Savoie, est plus retors : la commune a deux centres, le bourg d’origine en fond de vallée et la station de ski construite à partir des années 1950, où siège la mairie, au-dessus de 2 000 mètres. Selon ce qu’on mesure, le classement change.
La devise locale est d’ailleurs plus précise que le slogan touristique. Elle est inscrite en dialecte sur le cadran solaire de l’église, « Lou plus aouto coumunoutas inte se mangeu lou pan de Diou » : la plus haute commune où l’on mange le pain de Dieu, celui que l’on fait avec les céréales cultivées sur place. Le moulin, lui, a disparu, ses canalisations ayant été emportées par les inondations de 1957.
| Élément | Valeur | Ce que cela change |
|---|---|---|
| altitude du centre | 2 042 mètres | à l’église |
| altitude minimale | 1 756 mètres | maximale 3 175 mètres |
| population | 160 habitants en 2023 | moins 32,2 % depuis 2017 |
| évolution du département | plus 1,55 % | sur la même période |
| murs du rez-de-chaussée | 50 à 70 centimètres | surmontés d’une fuste en troncs |
| cadrans solaires | une vingtaine | dont un de Zarbula, 1840 |
| observatoire | créé en 1974 | à 2 936 mètres d’altitude |
Un tiers de la population en six ans
Le chiffre de 2023 est brutal : 160 habitants, en recul de 32,2 % par rapport à 2017. Sur la même période, les Hautes-Alpes gagnaient 1,55 % et la France 2,36 %.
Un tel écart, dans une commune de cette taille, se joue sur quelques dizaines de personnes, et il faut se garder d’en faire une loi générale. Mais la direction est claire, et elle est l’inverse de celle du département.
La question que pose ce chiffre est celle de la différence entre un village habité et un village visité. Saint-Véran reçoit des touristes et des astronomes amateurs ; ce n’est pas la même chose qu’y vivre à l’année, à 2 042 mètres, avec l’hiver que cela suppose.
Le rez-de-chaussée est en pierre, la partie haute en troncs empilés et croisés aux angles.
La fuste, une maison en deux matériaux
Les maisons traditionnelles de Saint-Véran ont un plan adapté à la montagne. Le rez-de-chaussée est bâti en murs de pierre de 50 à 70 centimètres d’épaisseur ; la partie supérieure, appelée fuste, est faite de troncs d’arbres empilés et croisés aux angles, sous un toit de bois.
Cette superposition va avec une répartition des usages. La maison compte quatre types de pièces : la cuisine, la fougagno, la cave, la carotto, la pièce voûtée de l’âtre, le peil, et l’étable que les hommes et les bêtes partageaient. Le toit est couvert de bardeaux de mélèze.
Le musée Le Soum occupe la plus ancienne maison du village, construite en 1641 et restaurée à l’identique. Elle présente la vie paysanne du XIXe au XXe siècle, à travers les outils et les objets du quotidien qui y sont conservés.
Une armoire à huit serrures : l’armoire qui servait d’archives à l’Escarton du Queyras est datée de 1773 et attribuée à Joseph Sibille, ébéniste de Saint-Véran. Elle est en pin cembro et se trouve aujourd’hui dans la maison communale de Ville-Vieille, sur la commune voisine de Château-Ville-Vieille. Les sept communes du Queyras avaient chacune leur clé, la huitième serrure étant celle du Grand Consul : il fallait être au complet pour ouvrir.
Vingt cadrans solaires et un observatoire
Le village et ses hameaux comptent plus d’une vingtaine de cadrans solaires muraux, peints pour l’essentiel au XIXe siècle, beaucoup par le Piémontais Giovanni Francesco Zarbula, d’autres restaurés ou créés depuis par Rémi Potey. L’un d’eux, attribué à Zarbula et daté des environs de 1840, sur une maison du quartier des Forannes, est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 2 août 1996.
L’altitude et la qualité du ciel ont aussi attiré les astronomes. Un bâtiment d’observation solaire a été construit en 1974 au pic de Châteaurenard, à 2 936 mètres ; le site est mis à disposition des astronomes amateurs depuis 1990, et ouvert au public à la visite depuis août 2015. Bâti par la commune et équipé par l’Observatoire de Paris, il est fait fonctionner par les associations Astroqueyras et Saint-Véran Culture Développement.
L’église paroissiale Saint-Véran, inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 8 mai 1973, se tient au centre du village. À l’extérieur, des lions sculptés, dont l’un tient un enfant entre ses pattes. À l’intérieur, des statues de bois sculptées par les habitants.
Un escarton, et une autonomie ancienne
Le Queyras a longtemps vécu sous un régime particulier. Les escartons étaient des groupements de communautés alpines qui réglaient entre elles la répartition de l’impôt et une partie de leurs affaires, sans passer par un seigneur résident.
L’armoire de 1773 et ses huit serrures sont la trace matérielle de ce fonctionnement. Les archives communes ne s’ouvraient qu’en présence de tous les détenteurs de clé : une règle de procédure transformée en objet de menuiserie.
Cette autonomie explique en partie la qualité du bâti et du mobilier dans des villages pourtant pauvres et isolés. Une communauté qui gère son impôt dispose de moyens collectifs, et elle les emploie à ce qui se voit : l’église, les cadrans solaires, les meubles.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le village apparaît étiré le long du versant, en plusieurs groupes de maisons séparés. Le feu était un risque réel dans un bâti dont la moitié supérieure est en bois : un grand incendie a touché la commune en 1901, dont l’église Sainte-Agathe de la Chalp est sortie peu endommagée.
La vue montre aussi l’ampleur du territoire communal, qui s’étage de 1 756 à 3 175 mètres. L’essentiel n’est ni habité ni cultivable : ce sont des alpages, des pierriers et des crêtes.
Elle rend lisible, enfin, la place du bois dans ce paysage. Les mélèzes montent haut sur les versants, et c’est cette ressource, autant que la pierre, qui a déterminé la forme des maisons et le mobilier des maisons fortunées.
Elle fait enfin comprendre l’isolement. Aucune agglomération n’est proche, la vallée ne mène nulle part au-delà, et la route qui monte est la seule. C’est le contexte dans lequel il faut lire la perte d’un tiers des habitants en six ans.
À voir autour
- Le désert de Platé : un lapiaz à 2 480 mètres
- La mer de Glace : cent cinquante mètres d’épaisseur
- Le four solaire de Mont-Louis : la lumière concentrée dix mille fois
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : Insee, dossier complet de la commune de Saint-Véran (05157) et du département des Hautes-Alpes pour la population ; base POP du ministère de la Culture, notices PA00080620 pour l’église, PA05000004 pour le cadran solaire des Forannes et IA00124963 pour l’incendie de 1901 ; Observatoire de Paris et association Astroqueyras pour l’observatoire du pic de Châteaurenard ; service patrimoine du département des Hautes-Alpes pour les cadrans solaires ; office de tourisme du Guillestrois et du Queyras.

