Construire une ville fortifiée à mille mètres d’altitude suppose d’accepter une contrainte que les plans ne montrent pas : une saison de travaux écourtée. À Mont-Dauphin, le chantier s’arrêtait chaque année dès octobre.
Mont-Dauphin est une place forte des Hautes-Alpes, fondée en 1693 par Vauban. Elle est avant tout destinée à verrouiller les accès des vallées de la haute Durance et du Guil.
Un plateau qui change de nom
Le lieu n’a pas toujours porté ce nom. C’est lors de la construction de la place forte, en mars 1693, que le plateau devient Mont-Dauphin, en référence au Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV, la place forte se trouvant en Dauphiné.
Le changement a mis du temps à s’imposer. Sur certaines cartes anciennes, le lieu est encore nommé Saint-Antoine du Bouchet jusqu’en 1700.
Ce détail dit la nature de l’opération. Mont-Dauphin n’est pas une ville ancienne que l’on fortifie, c’est une fortification à laquelle on adjoint une ville, sur un site choisi pour sa position et non pour son peuplement.
Les travaux sont interrompus chaque année dès octobre.
Un chantier à la saison courte
La réalité du chantier, à mille mètres d’altitude, est un défi à la montagne, et elle n’est pas conforme aux plans prévus. Les travaux sont interrompus chaque année dès octobre, et le poudingue du plateau se révèle plus dur à creuser et moins stable que Vauban ne le pensait, au point qu’il faut maçonner les fossés pour les empêcher de s’effondrer.
Lors de la seconde visite de Vauban, en 1700, le front d’Eygliers est presque achevé. Doté de trois bastions, il barre le plateau. Les casernes, l’arsenal, le magasin à poudre et vingt-cinq maisons civiles sont déjà construits.
Le reste vient ensuite, pièce par pièce. Une deuxième caserne est bâtie en 1707, une citerne terminée en 1729. Les casemates datent de 1765. La rampe d’accès est construite à partir de 1772 : elle était attendue depuis longtemps, car elle permet d’ouvrir une seconde porte dans l’enceinte, la porte d’Embrun, qui date de 1784, et évite aux commerçants le long détour par Eygliers. Une élégante fontaine entre deux escaliers courbes est élevée en 1785 contre la caserne Rochambeau, qui renforce elle aussi le front d’Embrun.
| Élément | Date |
|---|---|
| fondation de la place forte | 1693 |
| seconde visite de Vauban | 1700 |
| deuxième caserne | 1707 |
| citerne | 1729 |
| casemates | 1765 |
| rampe d’accès puis porte d’Embrun | 1772 puis 1784 |
| lunette à la d’Arçon | 1791 à 1803 |
Un plateau au confluent de trois vallées
Le site n’a pas été choisi au hasard. Mont-Dauphin occupe un plateau rocheux qui surplombe le confluent de la Durance, du Guil et du torrent de la Chagne, lesquels drainent les vallées menant aux cols Agnel, du Montgenèvre et de Vars.
Le plateau commande ainsi les vallées qui mènent à ces trois cols. La commune se trouve à 5,7 kilomètres de Guillestre et à 18,2 kilomètres au nord-est d’Embrun, et elle présente une particularité administrative rare : elle n’est limitrophe que d’une seule commune, puisqu’elle est enclavée dans celle d’Eygliers.
La terrasse rocheuse est elle-même coupée en deux par le Guil. Elle forme aujourd’hui deux plateaux, celui de Mont-Dauphin en rive droite, où se trouve la commune, et celui de la Chalp en rive gauche, sur la commune de Guillestre. Au pied, les formations d’érosion les plus spectaculaires ont reçu un nom local, la Main du Titan, et font l’objet d’un classement par arrêté du 31 mai 1937.
La seconde réserve d’eau, d’un volume de 1 840 mètres cubes, est creusée entre 1727 et 1730 en deux salles de trente mètres sur six, hautes de cinq à six mètres, entre les casernes.
Tenir soixante jours
Une place forte se juge à sa capacité d’endurer. À Mont-Dauphin, les deux ensembles de réserves permettaient à une garnison de 3 000 hommes et à la population civile de tenir soixante jours, à condition qu’aucun incendie ne survienne.
Cette réserve expliquait la place prise par les citernes et les magasins dans l’enceinte. L’eau est restée un sujet longtemps après : un nouveau captage à la source de Gros est réalisé en 1955 et 1957, et un nouveau réservoir construit en 1980.
Les ouvrages ont continué d’évoluer au gré des doctrines. Des retranchements de terre sont aménagés dès 1715 en avant des bastions, les redoutes préconisées par Vauban étant repoussées. Avec les guerres de la Révolution, une lunette à la d’Arçon est construite en avant du front d’Eygliers pour mieux le couvrir, entre 1791 et 1803. Mont-Dauphin en conserve une, à réduit et casemates à feux de revers, selon le modèle conçu par Le Michaud d’Arçon.
Un magasin que l’on enterre deux fois : le magasin à poudre est d’abord recouvert d’un mètre de terre en 1820, puis à nouveau dans le programme de travaux des années 1880, qui accompagne la construction de batteries d’artillerie lourde à longue portée et à ciel ouvert. Ces batteries ont été construites à partir de 1873 avec les pierres de la nef inachevée de l’église Saint-Louis.
Une commune réduite à son fort
Mont-Dauphin est aujourd’hui une commune des Hautes-Alpes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, essentiellement constituée du fort lui-même. Elle est membre du Réseau des sites majeurs de Vauban, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, et fait partie depuis 2025 de l’association Les Plus Beaux Villages de France.
La desserte reste celle d’un verrou de vallée. La commune se trouve à proximité du carrefour de la route nationale 94, qui relie Gap à Montgenèvre et à l’Italie par Briançon, et de la route départementale 902, qui rejoint le Queyras au nord-est et la vallée de l’Ubaye au sud-est par le col de Vars. Elle est desservie par le réseau régional de transports Zou et par la ligne ferroviaire de Gap à Briançon, à la gare de Montdauphin-Guillestre.
Le fait qu’un fort militaire soit devenu une commune entière, puis un village labellisé, est une trajectoire peu banale. Vauban n’a pas seulement construit des remparts : il a conçu un projet de ville royale complète, avec des rues droites et larges, des maisons bâties sur un plan préétabli, des fontaines et des lavoirs, et des terrains gratuits pour qui voulait construire. La place forte a été déclassée en décembre 1965, et c’est cette ville qui est restée.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la logique du site saute aux yeux. Le plateau se détache des vallées qui l’entourent, et la place, carrée et calée sur le profil du promontoire, domine de cent mètres de haut le confluent du Guil et de la Durance.
La vue montre aussi le front d’Eygliers, seul côté par lequel le plateau est abordable de plain-pied, et sur lequel se concentre l’essentiel des ouvrages. Les autres faces sont tenues par le relief.
Elle rend enfin visible la trame urbaine régulière à l’intérieur de l’enceinte, qui distingue une ville neuve d’un bourg fortifié après coup.
À voir autour
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Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine et le dossier Hautes-Alpes.
Sources : notice de Mont-Dauphin, Wikipédia en français ; notice Mérimée PA00080589 ; site officiel du village fortifié de Mont-Dauphin ; ministère de la Culture pour l’inscription UNESCO.

