Un village a été bâti au IXe siècle sur l’éperon rocheux cerné par la rivière, accessible par le sud seulement. Son église romane du XIIe siècle y est toujours, au centre d’un cirque de près de quatre cents mètres de diamètre.
Le trou de Bozouls est une gorge en forme de fer à cheval, parcourue par le Dourdou, sur la commune de Bozouls, dans l’Aveyron. Le bourg occupe les deux rives du méandre.
Un méandre encaissé dans le calcaire
La formation est le résultat d’un travail d’eau sur une roche tendre. Le méandre a été creusé par l’action érosive des eaux courantes du Dourdou dans les calcaires secondaires du Lias du Causse Comtal.
Les géologues emploient deux mots pour le décrire, et ils ne disent pas la même chose. C’est un canyon, c’est-à-dire une entaille profonde à parois verticales. C’est aussi une reculée karstique, une échancrure qui s’enfonce dans le massif calcaire, en recul par rapport à la ligne de la falaise, et que l’érosion chimique de l’eau continue de creuser.
Les dimensions donnent l’échelle : le cirque fait près de 400 mètres de diamètre et près de 100 mètres de profondeur. Autrement dit, un amphithéâtre naturel dont les gradins seraient des falaises.
Le cirque fait près de 400 mètres de diamètre et près de 100 mètres de profondeur.
Un site défensif avant d’être un paysage
La forme a d’abord servi. Vers le IXe siècle, un premier village et son château, qui appartint aux comtes de Rodez, ont été érigés sur l’éperon rocheux au centre du méandre, accessible par le sud. C’est la définition même d’un site défensif : protégé sur trois côtés par le vide, abordable sur un seul.
Le développement suivant s’est fait par étapes, et il raconte une sortie progressive du refuge. Les siècles suivants, des maisons sont construites vers la rive droite du Dourdou, à proximité de deux tours, puis en haut et en bordure de la falaise qui constitue le canyon. On quitte l’éperon pour les bords, puis pour le plateau.
La forteresse a disparu. Mais l’usage a conservé le mot : on appelle toujours le château le site du vieux village qui subsiste au centre du méandre, avec son église romane Sainte-Fauste du XIIe siècle. Un toponyme peut survivre des siècles au bâtiment qui l’a produit.
| Élément | Datation ou mesure |
|---|---|
| creusement du méandre | érosion du Dourdou dans les calcaires du Lias |
| diamètre du cirque | près de 400 mètres |
| profondeur | près de 100 mètres |
| premier village et château | vers le IXe siècle |
| église Sainte-Fauste | XIIe siècle |
| superficie de la commune | environ 7 000 hectares |
Une commune de causse
Bozouls se trouve au centre-nord de l’Aveyron, dans la petite région agricole des Grands Causses, et appartient dans son ensemble au causse situé au nord de Rodez. On l’appelle parfois la porte du Haut Rouergue. Sa superficie avoisine les 7 000 hectares, ce qui en fait une commune vaste.
Le bourg a la particularité de s’être construit autour d’un canyon naturel qui fait penser à un site naturel fortifié. L’habitat s’est développé au bord des parois vertigineuses, ce qui donne au village sa silhouette caractéristique : des maisons alignées sur une lèvre de falaise, au-dessus d’un vide de cent mètres.
Le canyon a été autrefois inscrit parmi les sept merveilles du Rouergue, et le site est aujourd’hui protégé en tant qu’espace naturel sensible. La commune a obtenu deux fleurs au label Villes et villages fleuris en 2018.
Un oppidum, un gué et quatre monuments protégés
L’occupation du promontoire est plus ancienne que le village du IXe siècle. Bozouls est un ancien oppidum, et les restes d’un mur fait de blocs cyclopéens montrent que l’éperon sur lequel s’élève l’église Sainte-Fauste était barré. Le principe est le même qu’au Moyen Âge, appliqué des siècles plus tôt : fermer le seul côté par lequel on peut entrer.
Le site devait aussi son importance à un passage. L’échancrure naturelle était un accès obligé et commode pour descendre au niveau du Dourdou et le franchir sur un pont situé légèrement en amont. Deux tours se dressent de part et d’autre du goulet d’étranglement par lequel le ravin de l’Alrance débouche dans les gorges, et il est probable qu’elles appartenaient à un ensemble surveillant ce passage.
La rivière n’est pas un ruisseau local. Le Dourdou de Conques mesure 83,7 kilomètres, prend sa source à Lassouts et se jette dans le Lot à Conques-en-Rouergue après avoir arrosé douze communes. Sur le territoire de Bozouls, la fontaine d’Alrance est une exsurgence pérenne qui a alimenté le village en eau potable jusqu’au milieu du XXe siècle, et compte parmi les grandes sources des causses aveyronnais après celles de Sorgues et de Salles-la-Source.
Quatre immeubles de la commune sont protégés au titre des monuments historiques : l’église Sainte-Fauste, classée en 1920, l’église d’Aboul, inscrite en 1987, le dolmen de la Fontaine-aux-Chiens, inscrit en 1994, et la grange monastique de Séveyrac, inscrite en 2003. La commune comptait 3 001 habitants en 2023.
Un théâtre naturel, au sens propre
La forme du lieu a appelé les spectacles. Le funambule Henry’s en a fait le théâtre de certains de ses exploits, en 1980, durant l’été 1982, puis en 1995. Une notice touristique locale précise que la traversée de 1982 a emprunté le plus grand diamètre du canyon, quatre cents mètres, avec près de cent mètres sous les pieds.
Depuis 2010, le Comité des Jeunes de Bozouls organise la Festa del Traouc, un festival de musiques actuelles au sommet du site géologique. Le centre d’interprétation Terra Memoria, consacré à la géomorphologie et au site, complète le dispositif de visite.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le fer à cheval est d’une netteté presque dessinée. Le Dourdou décrit une boucle quasi fermée, et l’éperon qu’elle enserre apparaît comme une presqu’île rocheuse reliée au plateau par un seul isthme, au sud.
La vue explique le choix du IXe siècle mieux qu’un long discours. Un village posé là n’a qu’un accès à défendre, et il voit venir de partout. C’est la logique de l’éperon barré, dont Bozouls porte justement les vestiges avec son mur de blocs cyclopéens.
Elle montre enfin la disposition actuelle, qui inverse la première. Le vieux village et son église occupent le centre du vide, tandis que le bourg moderne borde la falaise tout autour. Le cœur historique est devenu un belvédère pour la ville qui l’a quitté.
À voir autour
- Le cirque de Navacelles : un méandre abandonné il y a six mille ans
- Le cirque de Troumouse : quatre kilomètres de diamètre
- Le gouffre de Padirac : cent trois mètres et une rivière souterraine
Pour aller plus loin : Le dossier Aveyron et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notices du trou de Bozouls et de la commune de Bozouls, Wikipédia en français.

