La salle de la Verna, 245 mètres de large sous la montagne, abrite une centrale depuis 2008

L'entrée du gouffre Lépineux, à la Pierre Saint-Martin, dans les Pyrénées-Atlantiques
L'entrée du gouffre Lépineux, à la Pierre Saint-Martin. Photo : Jolipixel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Deux cent quarante-cinq mètres de large, cent quatre-vingt-quatorze de hauteur : la salle de la Verna est assez vaste pour que l’office de tourisme y empile six cathédrales Notre-Dame, et une centrale hydroélectrique y fonctionne depuis 2008.

Le gouffre de la Pierre Saint-Martin, aussi appelé gouffre Lépineux, est l’entrée historique d’une cavité majeure du massif de la Pierre Saint-Martin, à proximité immédiate de la frontière franco-espagnole, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Un oiseau et un courant d’air

La découverte tient à une observation de terrain. Le 1er août 1950, Georges Lépineux, qui cherche des gouffres dans la région, voit un oiseau, chocard ou choucas selon les récits, sortir d’un trou, et remarque qu’un souffle d’air en provient : signe qu’une cavité respire en dessous.

Il décide avec ses camarades de dégager l’orifice, et trouve l’entrée du gouffre. Le massif n’était pourtant pas inconnu : prospecté par des naturalistes locaux à la fin du XIXe siècle, il reçoit Eugène Fournier en 1903 et 1906, puis Édouard-Alfred Martel, le fondateur de la spéléologie française, en 1908 et 1909.

En 1951, la verticale est descendue par une équipe comprenant notamment Jacques Labeyrie, Georges Lépineux, Marcel Loubens et Haroun Tazieff, au cours d’une expédition menée par le physicien Max Cosyns. C’est alors la plus grande verticale connue au monde, 308 mètres selon l’ARSIP, 320 selon l’exploitant du site, ce qui vaut au gouffre le surnom d’Everest des profondeurs, deux ans avant l’ascension de la montagne elle-même.

RepèreValeurCe que cela change
verticale d’entrée308 à 320 mètresla plus grande connue au monde en 1951
salle de la Vernaenviron 245 mètres de large194 mètres de hauteur
volume de la Verna3 600 000 m³l’une des plus grandes salles souterraines
massif et karst241 km², dont 165 de karstà cheval sur la frontière
galeries recensées501,870 km en novembre 2025plus de 2 000 cavités recensées
centrale souterraine4 mégawatts, 2 avril 2008une usine au fond d’une salle
La Pierre Saint-Martin en repères.

Le drame de 1952

L’année suivante, une expédition de grande ampleur tourne au drame. L’attache du câble cède alors que Marcel Loubens s’est élevé d’une vingtaine de mètres au cours de sa remontée, et il chute au fond du puits.

Il meurt trente-six heures après sa chute, au fond du gouffre. Son corps est enterré sur place et n’est remonté qu’en 1954. L’épitaphe est gravée au burin, au fond, par Jacques Labeyrie, membre de l’équipe qui avait tout tenté pour le sauver.

L’accident est relayé par la presse internationale, et Haroun Tazieff en fait le récit détaillé dans un livre publié dès 1953. Le record de profondeur, lui, viendra plus tard : c’est la découverte de la salle de la Verna, en août 1953, qui porte le fond du réseau à 728 mètres.

Une plaque, gravée au burin sur place, commémore la mort de Marcel Loubens au fond du gouffre.

Une salle où tiendraient plusieurs cathédrales

Le 13 août 1953, une équipe conduite par Georges Lépineux découvre l’immense salle de la Verna. Elle mesure environ 245 mètres de large pour 194 mètres de hauteur, et son volume est estimé à 3 600 000 mètres cubes : l’office de tourisme y fait tenir six cathédrales Notre-Dame de Paris empilées, d’autres présentations vont jusqu’à dix.

La progression du réseau suit ensuite le rythme des jonctions. Le point bas est atteint en 1965 à 1 006 mètres de profondeur, au fond des puits Aziza et Parment. En 1975, le raccordement des réseaux du gouffre Moreau porte la profondeur à 1 321 mètres, et la rivière du Pourtet est reliée au réseau en 1982.

L’association pour la recherche spéléologique internationale à la Pierre Saint-Martin, créée en 1966 pour coordonner les travaux, tient les comptes. En novembre 2025, elle recense 501,870 kilomètres de galeries sur l’ensemble du massif, dont 396,624 pour les seules trente-quatre cavités de plus d’un kilomètre de développement.

Un tunnel d’EDF, puis une centrale

L’histoire industrielle commence en 1955, quand EDF entreprend le percement d’un tunnel de 660 mètres pour atteindre la salle de la Verna et y réaliser un captage hydraulique. La galerie débouche dans la salle à la fin de 1960, mais EDF abandonne son projet d’usine en 1967. Le tunnel, lui, reste.

Elle a changé la spéléologie locale : en 1961, une escalade menée dans la salle depuis ce tunnel, par trois spéléologues espagnols, permet de découvrir la galerie Aranzadi, ancien parcours de la rivière, et une suite vers l’aval.

Le projet hydroélectrique est repris par la Société hydroélectrique du Midi, et le chantier s’ouvre en 2006. Une prise d’eau est construite en amont de la salle, les canalisations longent sa paroi en encorbellement, puis empruntent la galerie d’accès avant d’alimenter une usine installée plus bas, au bord du gave de Sainte-Engrâce. La centrale, d’une puissance de 4 mégawatts, est mise en service le 2 avril 2008.

Une salle ouverte au public depuis 2010 : le chantier de la centrale a permis d’aménager la salle de la Verna pour la visite, sous la conduite du comité départemental de spéléologie des Pyrénées-Atlantiques. Les visites sont possibles depuis juillet 2010, sur réservation, par le tunnel d’EDF : on entre de plain-pied dans une salle que les premiers explorateurs n’atteignaient qu’après des centaines de mètres de descente. Les trois communes propriétaires, Arette, Aramits et Sainte-Engrâce, en ont confié l’exploitation à une société créée pour cela en 2010.

Un karst à cheval sur une frontière

Le gouffre n’est qu’une porte. Le réseau auquel il appartient se développe dans un massif de 241 kilomètres carrés, dont 165 de karst, à cheval sur la frontière entre la France et l’Espagne.

Ce karst est drainé par quatre grands systèmes hydrologiques, et plus de 2 000 cavités y ont été recensées. L’ARSIP y compte 91 puits de plus de cent mètres de profondeur, et précise que, faute de relevés, seuls les volumes de la Verna et de la salle Chevalier ont pu être déterminés avec précision.

Les jonctions continuent. En 2008, le gouffre des Partages est relié au réseau, formant un complexe de 83 kilomètres. De nouvelles entrées en 2014, puis des jonctions en 2021 et 2022, ont porté le développement à plus de 87 kilomètres pour 1 410 mètres de dénivelé, avec quatorze entrées naturelles et une artificielle.

Ce que la vue d’ensemble montre

En surface, il n’y a presque rien à voir, et c’est ce qui frappe. Le massif présente un lapiaz, ce paysage de calcaire nu rayé de fissures, où les entrées de gouffres se signalent par de simples dépressions.

La vue d’ensemble montre surtout une disproportion. Un massif de 241 kilomètres carrés, en apparence stérile, recouvre plus de cinq cents kilomètres de galeries et une salle de près de 250 mètres de large.

Elle rappelle enfin que la frontière passe par là. Le réseau est franco-espagnol et les équipes le sont aussi : ce sont trois spéléologues espagnols qui ont ouvert la galerie Aranzadi en 1961, et les eaux tombées sur le versant sud ressortent côté français, à Sainte-Engrâce.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel et le dossier Pyrénées-Atlantiques.

Sources : ARSIP, association pour la recherche spéléologique internationale à la Pierre Saint-Martin, pages Histoire des explorations, Spéléométries et Le karst ; site de l’exploitant de la salle de la Verna ; office de tourisme du Béarn Pays basque ; Haroun Tazieff, Le gouffre de la Pierre Saint-Martin, 1953 ; Jacques Labeyrie, Les découvreurs du gouffre de la Pierre Saint-Martin, 2005 ; notice du gouffre de la Pierre Saint-Martin, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Comment le gouffre a-t-il été découvert ?

Par un oiseau. Le 1er août 1950, Georges Lépineux, à la recherche de gouffres dans la région, voit un oiseau, chocard ou choucas selon les récits, sortir d'un trou, et remarque qu'un souffle d'air en provient. Avec ses camarades, il dégage l'orifice et trouve l'entrée du gouffre.

Pourquoi parlait-on d'Everest des profondeurs ?

Parce que la verticale d'entrée, descendue en 1951, était alors la plus grande connue au monde. Sa hauteur diffère selon les sources : 308 mètres pour l'ARSIP, 320 pour l'exploitant du site. La descente a eu lieu deux ans avant la première ascension de l'Everest.

Que s'est-il passé en 1952 ?

Un accident mortel. Au cours de la remontée, l'attache du câble cède alors que Marcel Loubens s'est élevé d'une vingtaine de mètres. Il meurt au fond du gouffre trente-six heures après sa chute. Son corps y est enterré sur place et n'est remonté qu'en 1954. Une plaque, dont l'épitaphe a été gravée au burin sur place par Jacques Labeyrie, commémore le drame.

Quelles sont les dimensions de la salle de la Verna ?

Environ 245 mètres de large pour 194 mètres de hauteur, les sources allant de 240 à 255 mètres selon la mesure retenue : la salle n'est pas circulaire. Elle a été découverte le 13 août 1953 par une équipe conduite par Georges Lépineux.

Comment accède-t-on à cette salle ?

Par un tunnel de 660 mètres, creusé par EDF à partir de 1955 et qui perce la paroi de la salle à la fin de 1960, en vue d'un captage hydraulique. EDF abandonne son projet d'usine en 1967, mais le tunnel reste : c'est lui qui permet aujourd'hui d'entrer dans la salle de plain-pied, sans descendre le gouffre.

Qu'est-ce que la centrale de la Verna ?

Un aménagement hydroélectrique souterrain d'une puissance de 4 mégawatts, mis en service le 2 avril 2008 par la Société hydroélectrique du Midi. Une prise d'eau a été construite en amont de la salle, les canalisations longent sa paroi en encorbellement, puis empruntent la galerie d'accès avant d'alimenter une usine au bord du gave de Sainte-Engrâce.

Quelle est l'ampleur du réseau ?

L'ARSIP, qui tient les comptes, donne un massif de 241 kilomètres carrés dont 165 de karst, à cheval sur la frontière franco-espagnole, plus de 2 000 cavités recensées, et un développement cumulé de 501,870 kilomètres en novembre 2025. Elle compte par ailleurs 91 puits de plus de cent mètres de profondeur.
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