Avant qu’elles ne deviennent l’un des sites naturels les plus visités de Nouvelle-Aquitaine, un meunier de Lestelle-Bétharram y descendait les Anglais venus hiverner à Pau. C’était en 1880, et personne ne savait encore que le réseau mesurait sept kilomètres.
Les grottes de Bétharram s’étendent sous la limite des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées, au pied du flanc nord du Cébéri, à onze kilomètres à l’ouest de Lourdes et trente kilomètres au sud-est de Pau. Leur emprise concerne trois communes : Asson, Lestelle-Bétharram et Saint-Pé-de-Bigorre.
Trois étages creusés par la même rivière
Le système est karstique, c’est-à-dire creusé par dissolution dans le calcaire, et il est creusé en étagement. Ce mot technique recouvre une histoire simple : la rivière souterraine a occupé successivement plusieurs niveaux, en s’enfonçant à mesure que la vallée extérieure se creusait. Chaque niveau abandonné est resté sec.
On lit donc le passé de la rivière en descendant. La partie supérieure, la plus vaste, est formée de grandes salles communiquant largement entre elles, remarquables par leurs plafonds spongieux, parfois de grande portée. L’ancien lit, que l’on parcourt ensuite, est une fissure étroite et profonde où se remarquent d’intéressants phénomènes d’érosion. L’étage inférieur correspond au niveau actuel de la rivière.
Les chiffres disent l’ampleur. La grotte de Bétharram présente un dénivelé de 115 mètres pour un développement connu de 7 121 mètres, et un développement estimé qui avoisine les 8 250 mètres. Autrement dit, plus d’un kilomètre de galeries reste à relever.
Le développement connu atteint 7 121 mètres, le développement estimé avoisine 8 250 mètres.
Une eau qui disparaît à Asson et reparaît à Saint-Pé-de-Bigorre
L’entrée principale n’est pas celle de la visite. C’est la perte de la Mousquère, sur la commune d’Asson, à 700 mètres à l’ouest de l’entrée touristique : c’est là que la rivière de surface s’enfonce sous terre.
Elle s’écoule ensuite vers l’est pour ressortir à l’air libre près du hameau de Mélat, sur Saint-Pé-de-Bigorre, en rive gauche du gave de Pau. L’exutoire n’est pas un trou unique mais une série de résurgences, que l’on appelle localement les Aygues de Mélat.
Le réseau est double, et c’est ce qui a mis le plus longtemps à se comprendre. Deux grottes séparées, Bétharram et Mélat, convergent vers un même lieu de sortie. Or le réseau du Mélat n’a été découvert qu’en 1971, par le groupe spéléologique des explorations des sources du Mélat, animé par Jacques Bauer.
Cent soixante et un ans séparent donc la découverte de la première grotte, en 1810, de celle de sa voisine. Pendant tout ce temps, des visiteurs ont parcouru un système dont ils ne voyaient qu’une moitié.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Grotte de Bétharram | 7 121 m connus, 115 m de dénivelé | développement estimé à 8 250 mètres |
| Grotte de Mélat | 1 060 m connus, 54 m de dénivelé | découverte seulement en 1971 |
| Entrée de l’eau | perte de la Mousquère, à Asson | 700 m à l’ouest de l’entrée des visites |
| Sortie de l’eau | les Aygues de Mélat | multiples exsurgences près du gave de Pau |
| Découverte | 1810 | l’une des premières grottes ouvertes au public |
| Ouverture au public | 1903, par Léon Ross | électrifiées dès l’ouverture |
| Parcours de visite | 2,8 km sur trois étages | sortie par un tunnel de 400 mètres |
Ce que le calcaire fabrique, et en combien de temps
Une grotte de ce type n’est pas un vide creusé mécaniquement, c’est un volume dissous. L’eau de pluie, chargée du gaz carbonique du sol, devient légèrement acide et attaque le calcaire le long des fissures. Chaque fissure élargie draine davantage d’eau, et le phénomène s’emballe : c’est ce qu’on appelle la karstification.
Le creusement se fait par paliers. Il faut que le niveau de sortie des eaux s’abaisse pour que la rivière souterraine abandonne un niveau et en creuse un plus bas. Les trois étages de Bétharram sont donc trois niveaux occupés successivement par la même rivière souterraine, le plus bas étant celui qu’elle emprunte aujourd’hui.
Les concrétions, elles, poussent dans le sens inverse. L’eau qui a dissous le calcaire en amont le redépose en aval, goutte après goutte. Un volume vide et un volume plein, fabriqués par la même eau.
Un peintre, un meunier et l’électricité
La fréquentation précède l’aménagement. Dès 1880, les Anglais résidant à Pau venaient s’y aventurer grâce à l’aide du meunier Lasbats, de Lestelle-Bétharram. Pau était alors une station d’hivernage britannique, et la curiosité pour le monde souterrain commençait à peine.
L’ouverture véritable est l’œuvre de Léon Ross, artiste peintre et l’un des premiers photographes des Pyrénées, qui ouvre le site au public en 1903 après quelques années de travaux. Un photographe de montagne qui aménage une grotte, ce n’est pas un hasard : il s’agit dans les deux cas de rendre visible ce qui ne l’est pas.
Le détail qui date l’époque est l’électricité. Ross électrifie les grottes dès l’ouverture, et fait profiter la population des alentours de ce nouveau confort. Dans une vallée des Pyrénées en 1903, c’est la grotte qui apporte la lumière au village, et non l’inverse.
La visite elle-même est un raccourci de cette histoire. Le parcours souterrain de 2,8 kilomètres traverse les trois étages dans l’ordre chronologique inverse, du plus ancien et du plus haut vers le plus récent et le plus bas, et se termine en barque sur la rivière actuelle. Un tunnel long de 400 mètres, percé pour les visiteurs, ramène à l’air libre sans qu’il faille remonter.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, on ne voit rien, et c’est tout le sujet. Entre la perte de la Mousquère et les résurgences de Mélat, les galeries relevées cumulent plus de sept kilomètres sous un massif calcaire dont la surface ne laisse rien deviner. La seule lecture possible en surface est hydrologique : une rivière qui disparaît d’un côté du Cébéri et reparaît de l’autre.
La vue d’ensemble explique aussi la position. Le massif de Saint-Pé-de-Bigorre est celui qui compte le plus de cavités de tous les massifs des Hautes-Pyrénées, plus de mille recensées en 2019, et le gave de Pau coule en contrebas, en aval de Lourdes. Bétharram n’est qu’un réseau parmi beaucoup d’autres dans un calcaire entièrement percé.
Elle rappelle enfin la proximité de Lourdes, à onze kilomètres. Le succès touristique du site, quatrième site naturel de Nouvelle-Aquitaine par la fréquentation en 2018 avec 150 000 visiteurs, doit beaucoup à cette voisine qui draine des millions de personnes chaque année.
À voir autour
- Le gouffre de Padirac : 103 mètres et une rivière souterraine
- L’aven Armand : une stalagmite de 30 mètres
- La grotte de Rouffignac : huit kilomètres de galeries
Pour aller plus loin : Le dossier Pyrénées-Atlantiques et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice des grottes de Bétharram, Wikipédia en français.

