Pendant un siècle et demi, on n’a décrit que quelques pierres dressées dans une lande du Morbihan. En 1976, la sécheresse provoque des incendies, la végétation brûle, et l’existence d’autres pierres apparaît. Les fouilles en compteront quatre cent vingt, couchées, et certaines enterrées.
L’alignement des Pierres Droites, à Monteneuf, compte aujourd’hui 42 menhirs répartis sur un hectare et environ 420 monolithes répartis sur 7,5 hectares. Tous les blocs sont en schiste pourpre d’origine locale, et aucun ne porte de signe gravé.
Trois pierres connues, quatre cents cachées
La première description du site est due au chanoine Mahé, en 1825 : sur une lande de ce territoire, écrit-il, sept ou huit peulvans d’environ douze pieds de haut frappent de loin les yeux des voyageurs. Les auteurs du XIXe siècle qui suivent se contentent de reprendre sa description, Cayot-Delandre en 1847, Rozenzweig en 1863.
Le toponyme, lui, avait gardé la mémoire. La route qui longe le site, l’actuelle départementale 776, est mentionnée sous le nom de route des Pierres Droites sur le cadastre napoléonien. Un nom au pluriel pour trois pierres visibles.
Il a fallu un accident climatique pour trancher. Les incendies provoqués par la sécheresse de 1976 révèlent l’existence des autres pierres, et de 1989 à 1996 Yannick Lecerf mène une campagne de fouilles programmées sous l’égide de la direction régionale des affaires culturelles. Des prospections archéologiques ont lieu chaque année depuis 2014.
Le caractère généralisé et simultané des destructions implique le recours à une main-d’œuvre importante.
Une destruction organisée, pas un effondrement
C’est le point qui fait de ce site autre chose qu’un alignement de plus. Les pierres ne sont pas tombées, elles ont été abattues. Selon les cas, elles ont été renversées dans des tranchées creusées au préalable, ou débitées sur place.
Le détail qui signe l’intention est le creusement préalable. On ne creuse pas une tranchée devant un menhir par accident : il faut avoir décidé de le faire disparaître avant de le pousser. Des traces visibles sur certains fragments indiquent par ailleurs l’utilisation d’outils métalliques.
Et l’opération a été menée partout en même temps. Le caractère généralisé et simultané des destructions implique le recours à une main-d’œuvre importante, et traduit une intention délibérée de destruction complète. Autrement dit, quelqu’un a organisé un chantier pour effacer ce site.
Reste que tout est resté sur place. Tous les blocs détruits ou cachés sont demeurés là où ils sont tombés. Celui qui a conduit l’opération ne voulait pas de la pierre, matériau pourtant recherché : il voulait que les pierres ne soient plus debout.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Menhirs redressés | 42, sur 1 hectare | ce que l’on voit aujourd’hui |
| Monolithes au sol | environ 420, sur 7,5 hectares | l’ampleur réelle de l’ensemble |
| Connus avant 1976 | trois | la lande cachait tout le reste |
| Matériau | schiste pourpre local | carrières retrouvées en périphérie |
| Construction | Néolithique moyen à final | datations de 4 540 et 4 340 BP |
| Destruction possible | entre le VIIe et le XIIe siècle | datations de 1 310, 1 210 et 980 BP |
| Protection | inscrit le 16 juin 1997 | réserve naturelle régionale depuis 2013 |
Qui a pu vouloir cela, et pourquoi
Les datations ne donnent pas un coupable, elles donnent une fenêtre possible : entre le VIIe et le XIIe siècle. C’est long, et c’est la période pendant laquelle la Bretagne intérieure se christianise puis s’encadre, avec des paroisses, des seigneuries et des défrichements.
Les archéologues se gardent d’attribuer la destruction à une volonté précise, parce que rien dans le sol ne la documente. Ce que les fouilles établissent, c’est le mode opératoire et son ampleur, pas l’intention. Toute explication qui irait plus loin, chasse aux superstitions ou récupération de terres, serait une hypothèse et doit se présenter comme telle.
Un fait reste troublant et il suffit à l’article. Celui qui a mené ce chantier n’a rien emporté. Il n’a pas réemployé les blocs dans un mur, une église ou un chemin. Il a creusé, poussé, recouvert, et il est parti.
Comment on dresse une pierre au Néolithique
Les fouilles ont rendu lisible toute la chaîne opératoire, ce qui est rare. Les carrières d’extraction ont été retrouvées en périphérie du site : des cuvettes ont été creusées à la surface des affleurements naturels, en utilisant les diaclases, ces fissures naturelles qui découpent le schiste en dalles.
Le transport a laissé sa marque dans le sol. Des traces linéaires retrouvées en lien avec les fosses de calage ont été identifiées comme celles laissées lors du convoyage des blocs depuis leur site d’extraction jusqu’au lieu de leur érection. Des aires damées pourraient correspondre à des zones de manutention, où étaient utilisés des chevalets de dressage.
Le calage, enfin, varie d’une pierre à l’autre : couronnes de pierres bloquant le pied d’un menhir à base plane, fosses de calage simples, ou structures plus complexes. Certains blocs ont été dressés sur des tumulus de forme oblongue.
Le redressement actuel est un choix de restauration, et il mérite d’être dit. Dès la fin de la campagne de fouilles, le site a été restauré en redressant les menhirs, et un espace de reconstitution a été créé pour la valorisation, avec un sentier d’interprétation. Ce que l’on voit debout aujourd’hui a donc été relevé par des archéologues, pas laissé en l’état.
Une régularité domine pourtant. Dans leur grande majorité, à deux exceptions près, les grandes faces des menhirs sont orientées au nord et au sud. Et les écarts observés par rapport à l’axe général de certaines lignes, toujours au nord de la ligne de référence, ne dépassent jamais un mètre.
Le site livre enfin peu d’objets, et c’est cohérent. N’ayant eu ni fonction funéraire ni fonction d’habitat, il s’est révélé pauvre en matériel archéologique : des tessons de poteries et du matériel lithique, éclats et nucleus de silex, percuteurs en grès, attestent une fréquentation dès le Néolithique. Une poterie de l’âge du bronze a été exhumée dans une petite fosse, et une hache à talon en bronze découverte dans une carrière.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’ensemble n’a pas la régularité de Carnac. Les menhirs sont tantôt répartis en lignes pas toujours parallèles, tantôt regroupés sans organisation apparente, et les formes sont très diverses : quadrangulaires, fusiformes ou complètement informes.
La vue d’ensemble révèle en revanche l’orientation générale, est-ouest, qui répond aux impératifs géologiques et topographiques du plateau. Là où la fracturation du schiste laissait une certaine liberté aux carriers, l’alternance se voit autant dans les volumes que dans les formes.
Elle fait surtout comprendre ce qui a été perdu. Quarante-deux pierres debout sur un hectare, et quatre cent vingt couchées sur sept hectares et demi : ce que l’on visite est une petite partie d’un ensemble dont l’étendue ne se devine qu’en regardant le sol, pas le ciel.
À voir autour
- Les alignements de Carnac : trois mille menhirs et ce que l’on en sait
- Le menhir du Champ-Dolent : 9,30 mètres et 50 tonnes
- La Roche aux Fées : 40 tonnes alignées sur le solstice
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notice de l’alignement des Pierres Droites, Wikipédia en français.

